08/08/2026
" Mais le sommeil ne vint pas. J’avais fermé les yeux plusieurs fois, cherché une position, tiré le drap sur moi, puis l’avais repoussé comme si tout, soudain, m’était devenu inconfortable. La chambre avait retrouvé son silence, ce silence particulier des lieux après le départ de quelqu’un.
Je finis par me redresser et ramenai mes jambes contre moi. Mes bras entourèrent mes genoux et j’y posai ma tête, le visage à moitié enfoui contre ma peau encore tiède. Je restai ainsi longtemps, repliée sur moi-même, à regarder la lumière pâle de l’aube. C’était étrange comme mon corps, lui, n’avait rien oublié. Il suffisait que je ferme les yeux pour que le souvenir revienne par fragments.
Ton visage tout près du mien, ton souffle, la chaleur de ta peau, nos silences, cette proximité qui avait rendu le reste du monde si lointain... Je revoyais surtout certains gestes...
Je respirai profondément, comme si je pouvais encore retrouver dans l’air quelque chose de toi. Mes doigts se refermèrent autour de mes jambes et je sentis monter en moi cette douceur douloureuse que laissent certains instants lorsqu’ils viennent de finir. Je n’étais pas triste, pas encore. J’étais ailleurs. Encore un peu dans cette nuit, encore un peu contre toi, tandis que le jour, lui, avançait sans se soucier de ce que je voulais retenir. J’aurais aimé rester là, dans cet espace fragile entre ce qui venait d’être vécu et ce qui devenait déjà un souvenir. Car il y avait quelque chose de vertigineux à comprendre que quelques heures pouvaient laisser autant de traces.
Mon corps semblait connaître ton absence avant même que mon cœur accepte de la nommer. Alors je gardai la tête posée sur mes genoux et laissai revenir tout ce que je pouvais de nous. Dehors, l’aube blanchissait lentement le ciel. Et dans cette chambre devenue trop grande, je compris que tu étais parti, mais que la nuit, elle, n’avait pas encore quitté ma peau 🖤
"Lettres Charnelles"