11/08/2026
ÉDITORIAL: Monseigneur Kpodzro : L’Épée de l'Esprit face au Sceptre de Sang.
Il est des hommes dont la soutane pèse plus lourd que les blindés d'un régime dictatorial des Gnassingbé.
Monseigneur Philippe Fanoko Kpodzro, rappelé à Dieu en exil en janvier 2024, incarnait cette force brute de la conscience face à l'arbitraire et au despotisme obscur des Gnassingbé.
Pendant plus de trois décennies, cet homme d’Église ne s’est pas contenté de prier juste pour la délivrance du Togo ; il est descendu dans l’arène politique pour défier, les yeux dans les yeux, la plus vieille dynastie dictatoriale d’Afrique.
De Gnassingbé père Eyadema au fils Faure Gnassingbé, le système RPT-UNIR a érigé la ruse, la violence d'État , le meurtre et le crime politique en mode de gouvernance.
Face à cette machine à broyer les aspirations démocratiques, Mgr Kpodzro s’est dressé en rempart infatigable.
En 1991, propulsé à la tête de la Conférence Nationale Souveraine (CNS), il déclarait Cette formule puissante de Mirabeau lors de la Révolution française, le 23 juin 1789. Face à l'émissaire du roi Louis XVI qui ordonnait la dispersion des députés, Mirabeau s'est écrié : « Allez dire à votre maître que nous sommes ici par la volonté du peuple et qu'on ne nous en arrachera que par la puissance des baïonnettes ».
il a tenté d'arracher le pays des griffes du dictateur Eyadema pour l'orienter vers le multipartisme.
Payer de sa personne n’était pas un vain mot pour lui : séquestré par les militaires en 1992, menacé, humilié, et aussi échappé à plusieurs reprises à des tentatives d’empoisonnement, il n'a jamais courbé l’échine devant les armes.
Là où d'autres hommes de Dieu se sont tus ou ont été achetés par les ors de la République, le prélat émérite a choisi la radicalité de la vérité.
Sa retraite ecclésiastique en 2007 n’a pas été le début du repos, mais le signal d’un ultime sursaut de résistance.
En 2020, alors nonagénaire, il portait à bout de bras la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK) pour contester le énième hold-up électoral de Faure Gnassingbé.
Ce dernier combat lui vaudra l'exil forcé en Suède, loin de sa terre natale, où il s'est éteint sans voir la terre promise de l'alternance.
Le régime pensait l'effacer en le poussant hors des frontières. C'est tout le contraire : en mourant en exil pour ses idées, Mgr Kpodzro est entré vivant dans le panthéon des martyrs de la liberté togolaise.
Son héritage rappelle à chaque citoyen que la complaisance face au clan Gnassingbé est une trahison.
Le vieil évêque a déposé sa crosse, mais son combat, lui, attend toujours ses continuateurs.
La dictature peut confisquer le pouvoir par les urnes truquées et les révisions constitutionnelles factices, mais elle n'aura jamais le dernier mot sur l'esprit de résistance qu'il a semé.
Repose en paix patriarche.
Raoul K DAGBA
Président de l’observatoire panafricain pour la démocratie et le développement.