12/08/2026
𝕃𝔸 ℂ𝔸𝔽𝔼𝕋𝔼ℝ𝕀𝔸
Texte de Inti, Atelier 𝙀𝘾𝙍𝙄𝙍𝙀 𝙇𝘼 𝙑𝙄𝙇𝙇𝙀, Neuchâtel 2026
𝘌𝘹𝘦𝘳𝘤𝘪𝘤𝘦 𝘳𝘦́𝘢𝘭𝘪𝘴𝘦́ 𝘦𝘯 𝟤 𝘵𝘦𝘮𝘱𝘴 𝘥𝘢𝘯𝘴 𝘶𝘯 𝘭𝘪𝘦𝘶 𝘣𝘢𝘯𝘢𝘭 : 𝘭𝘢 𝘤𝘢𝘧𝘦́𝘵𝘦́𝘳𝘪𝘢 𝘥𝘶 𝘤𝘦𝘯𝘵𝘳𝘦 𝘥𝘦 𝘧𝘰𝘳𝘮𝘢𝘵𝘪𝘰𝘯 𝘰𝘶̀ 𝘴𝘦 𝘥𝘦́𝘳𝘰𝘶𝘭𝘦 𝘭’𝘢𝘵𝘦𝘭𝘪𝘦𝘳 𝘥’𝘦́𝘤𝘳𝘪𝘵𝘶𝘳𝘦. 𝘗𝘳𝘪𝘮𝘰 : 𝘥𝘦́𝘤𝘳𝘪𝘳𝘦 𝘭𝘦 𝘭𝘪𝘦𝘶 𝘢̀ 𝘶𝘯 𝘢𝘷𝘦𝘶𝘨𝘭𝘦, 𝘭𝘦 𝘭𝘶𝘪 𝘧𝘢𝘪𝘳𝘦 𝘱𝘦𝘳𝘤𝘦𝘷𝘰𝘪𝘳. 𝘋𝘢𝘯𝘴 𝘶𝘯 𝘥𝘦𝘶𝘹𝘪𝘦̀𝘮𝘦 𝘵𝘦𝘮𝘱𝘴 : 𝘪𝘮𝘢𝘨𝘪𝘯𝘦𝘳 𝘭𝘦 𝘮𝘦̂𝘮𝘦 𝘭𝘪𝘦𝘶 𝟣𝟢𝟢 𝘢𝘯𝘴 𝘱𝘭𝘶𝘴 𝘵𝘢𝘳𝘥…
𝗗𝗘𝗦𝗖𝗥𝗜𝗣𝗧𝗜𝗢𝗡
Tu le sens, le sol dur sous tes pieds? Il est rouge. Mais pas comme la pomme empoisonnée que mange Blanche-Neige dans le conte ou comme les fraises que l'on commence à voir apparaître sur les stands du marché, non. Il est plutôt terne à cause du trop de passage des gens dans la journée. Ce n'est pas à défaut de le nettoyer, pourtant – j'en tiens pour preuve: je viens de voir passer l'homme de ménage avec son chariot.
Au centre de la pièce, des rangées de tables immaculées entourées de chaises. Et de part et d'autre des grandes fenêtres, d’où l'on voit parfaitement l'extérieur: l'arrêt de bus d'un côté et un sapin tout rachitique de l'autre.
Nulle part un store fermé qui prouverait qu'en journée on puisse acheter quoi que ce soit à de vraies personnes! A la place, une espèce de distributeur de boissons bleu et une rangée de micro-ondes gris métallisé qui doivent chauffer n'importe comment comme tout micro-ondes qui se respecte ! Et si je te dis qu'il y a un frigo « anti-gaspi », tu y crois, toi!?
Il est complètement vide, à l’exception d'une rangée de boissons, mais plus rien sur les étages des « desserts » et des « repas ». Probablement qu'il est rempli avec les restes que La Toque en Herbe a sur les bras, un peu comme un Too Good To Go – et quand y a pas de restes à mettre, et bien, le frigo reste vide ! Est-ce que tu crois qu'il faut payer, avant de se servir ? Si oui, tu crois qu'il y a tout de même une tirelire – au moins la journée – ou, comme partout dans notre société ultra connectée, ça se passe obligatoirement par Twint?
En face de là où l'on s'est assises, il y a un robinet et ce que je suppose être un distributeur de savon. Le papier pour s'essuyer les mains a été installé sur une colonne, trois mètres plus loin: c'est d'une logique sans nom ! Et comme on n’est pas des cochons jusqu'au bout – et même si c'est super insultant pour les cochons qui sont très propres – il y a, un peu partout dans la pièce, diverses poubelles pour le PET, l'alu et les déchets autres.
𝗙𝗜𝗖𝗧𝗜𝗢𝗡
Mai 2016: C'est à peu près à cette date-là que j'ai mis les pieds au CPLN pour la dernière fois. C'était pour mes examens de fin d'apprentissage. Je me souviens du stress, du mois d'attente entre les examens pratiques et théoriques. Moi en tenue de cuisine. Moi en tenue de service. Moi en tenue de ménage. Moi en tenue de lingerie. Et le stress qui s'en va une fois que j'entre dans la salle pour mon premier examen pratique.
Mai 2026: C'est la première fois que je remets les pieds dans le bâtiment où j'avais les cours depuis que j'ai obtenu mon AFP, il y a dix ans. Le bâtiment n'a pas l'air d'avoir trop changé. La Toque en Herbe est toujours là et j'imagine que les apprentis cuisiniers et spécialistes en restauration y suivent toujours les cours pratiques. Les têtes à coiffer sont également toujours là pour que les coiffeuses puissent s’entraîner. A l’exception des micro-ondes et des poubelles PET/Alu/Déchets qui ont poppé un peu partout dans les étages, le bâtiment n'a pas trop changé. On croise même encore des gens, à cette heure-là, c'est fou!
Mai 2126: Le CPLN et ses divers bâtiments sont toujours là. Bâtiments gris ayant l'air un peu arrondi toujours vivant, toujours debout comme chantait Renaud dans ses derniers soubresauts – paix à son âme ! Les restaurants et cafétérias ont fermé. Ne reste que leur nom sur les longues fenêtres, quoi qu'un peu effacés. Seul le bâtiment abritant l'école technique est encore en activité. Les différents métiers liés aux nouvelles technologies sont les seuls encore enseignés. Les professionnels de la bouche et du commerce ont tous été remplacés par des machines. Ce sont des Selectas super sophistiqués où l'on peut désormais acheter différents types de plats que l'on avait à l'époque uniquement dans les restos. Pour se refaire une couleur ou un dégradé, on fait désormais appel à des robots humanoïdes qui ne craignent pas l'eau. Même Chantal de la compta a été remplacée par un ordi!
Si il y a cinquante ans, le CPLN était une école désuète où l'on formait une jeunesse qui n'avait déjà plus d'avenir, aujourd’hui, la grande majorité du site est désaffectée.