21/04/2022
: 365 jours viennent de s'écouler sur la transition. Le PCMT a fait son bilan qu'il qualifie globalement d'une réussite.
Votre Journal a demandé l'avis de quelques leaders sur leurs appréciations.
Première intervention :
Max KEMKOYE, Président National de l’Union des Démocrates pour le Développement et le Progrès (UDP) et Coordonnateur, Porte-parole des Forces Alternatives pour le Changement et l’Egalité (FACE) 👇👇👇
《Très franchement merci à Salam Info, qui depuis sa création fait un travail titanesque en termes d’analyse sans concession et d’information pointue qui participe activement à la lutte pour le renforcement de la démocratie dans ce pays qui y peine depuis plus de trois décennies. Ceci étant dit, pour répondre à votre question, invariablement je dirai qu’il fallait qu’un travail soit effectué dans le bon sens et sur la base de l’éthique de gouvernance pour s’essayer à faire son bilan, qu’il soit comptablement ou politiquement. Mais pour le cas du CMT, il n’est aucunement dans l’un des deux tableaux puisqu’il n’a ni bon sens ni éthique. Néanmoins, je vais sans être exhaustif, évoquer quelques malfaisances fâcheuses, strictement en me basant sur leur charte et sur la feuille de route pour laquelle ils s’y sont engagés, ce pour éviter tout jugement subjectif. Bien, d’emblée, il n’y a rien à mettre à l’actif du CMT si ce n’est qu’un passif lourd. C’est dire qu’aujourd'hui 12 mois, la direction du pays chancelle au point où l'unité juridique dans la production des actes administratifs a perdu sa verticalité pour rentrer dans la transversalité où la présidence de la République est devenue un coup de billard à plusieurs bandes avec plusieurs centres de décisions dont les ministres ne savent à qui se référer, au Président du Conseil Militaire de Transition, à son Secrétaire Particulier ou à son Vice-président qui pourtant de par la charte, en cas d’empêchement ou d’absence temporairement, c’est celui-ci qui en assume l’intérim.
Aujourd’hui12 mois, ce n’est que du surplace excellemment brillantissime, tant sur les principaux impératifs de la transition dont l’organisation de la réconciliation, du dialogue et les élections qui constituent la conclusion logique de cette transition. Mais rien, si ce n’est le bricolage et l’amateurisme, sinon le refus délibéré de cet aréopage des gens qui ne veulent pas que cette transition se conclue en 18 mois, ce, à l’effet de les permettre de se servir à satiété sur le cadavre du Tchad autour duquel ils se sont massés. Ils vont vous citer la mise en place d’un gouvernement et du CNT comme réalisation tout en oubliant que ce ne sont des organes institutionnels de rigueur qui ne peuvent entrer dans l’actif politique de cette transition boiteuse. Une autre illustration nous vient du cirque qu’il organise depuis quelques semaines à Doha.
Ce surplace est en effet couturé d’un passif lourd en matière des droits de l’homme marqué par l’assassinat d’une dizaine jeunes manifestants à main nue dès la première semaine de prise du pouvoir du CMT suivie de celui du mois de mai sous commandement direct avec l’ordre de tirer pour tuer. S’en sont suivies les disparitions et arrestations extra judiciaires dans la foulée des mois d’avril et mai dans le Kanem qui sont restées jusqu’à là non élucidées. Comme pour clôturer son exercice bilanciel, par les mêmes militaires, des civils sont pris pour cibles à b***e réelle à Faya puis l’indicible s’est achevée à Abéché avec des dizaines de morts par b***e. En ce qui concerne les conflits de type nouveau, ceux-ci sont montés en puissance avec un mode opérateur amplifié où l’extermination est devenue une licence donnée à ceux qui ont les moyens militaires d’écraser ceux qui n’en ont pas. C’est l’effroyable crime de Sandanan. Pourtant, leur charte stipule que le CMT est un organe de définition et d’orientation des questions de stabilité, de sécurité nationale et de paix. A l’opposé de ces charges, en seulement une année, c’est un bilan macabre avec de centaines de morts qui sont documentés et qui commande à la mise en place d’un Tribunal Pénal Spécial puisqu’à ce jour, aucune information judiciaire n’a été ouverte dans l’un quelconque des cas supra évoqués. Et je pense que cette situation sera l’une des principales exigences en termes de résolution du prochain dialogue national inclusif s’il y en a. Ensuite, l’on nous a aussi servi que ce CMT est garant de l’unité nationale et de l’indépendance de la magistrature. Mais à l’arrivée, c’est un tigre de papier, qui a fait voler en éclat l’unité nationale déjà précaire avec un développement inquiétant du communautarisme déviant où à cause de l’injustice hier larvée aujourd’hui devenue en douze mois sous CMT manifeste avec de l’exclusion dans les nominations à tout va pour élargir sa clientèle. Cette gouvernance hasardeuse avec ses actes ont compromis dangereusement le vivre ensemble harmonieux et laisse place à une république cloisonnée en plusieurs sous chapelles identitaires qui menacent la république. Le comble, ce qui y a de plus cher à la justice, c’est-à-dire l’immunité physique des magistrats qui fonde le respect intrinsèque de la justice leur est enlevée pour les laisser à la merci de n’importe quel quidam. Je voudrais dire que les magistrats sont devenus des jouets auxquels l’on peut administrer toutes maltraitances sans être inquiété. Voilà, le bilan sommaire sans même trop pixéliser pour prendre en compte le l’aspect normatif, économique et financier qui frise la délinquance et la risée.
Au total, c’est une transition pour rien. On aurait, après la forfaiture immonde, dû laisser le plan de continuité constitutionnel du pouvoir se dérouler. Et l’on aurait gagné en temps, en une unité républicaine, en exercice démocratique et en argent, etc.》.