Goudomp ' Etudes c'est toujours avec un immense plaisir que je franchis avec vous, chers parents d'élèves, enseigna
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18/08/2025
Les cours de vacances ont débuté ce lundi 18 Août 2025.
LES LIVRES LES PLUS CENSURÉS DE TOUS LES TEMPS : PLONGEZ DANS LES PAGES INTERDITES
La censure littéraire a été pratiquée à travers les époques, visant à restreindre la diffusion de certains ouvrages considérés comme controversés, subversifs ou allant à l'encontre des normes sociales établies. Dans cet article, nous allons explorer les livres les plus censurés de tous les temps, et découvrir les raisons pour lesquelles ils ont été interdits. Préparez-vous à une plongée fascinante dans les pages interdites de l’histoire de la littérature.
➤ « 1984 » de George Orwell : Publié en 1949, « 1984 » est un roman dystopique qui dépeint une société autoritaire où la liberté individuelle est réprimée. Le livre a été critiqué pour sa critique acerbe des régimes totalitaires et des pratiques de surveillance de masse. Il a été interdit dans plusieurs pays en raison de sa critique politique et de ses thèmes de surveillance et de manipulation gouvernementales.
➤ « Fahrenheit 451 » de Ray Bradbury : Ce roman visionnaire, publié en 1953, présente une société où les livres sont brûlés afin de maintenir le conformisme et la docilité des citoyens. « Fahrenheit 451 » a été censuré pour sa remise en question de l’autorité et de la liberté d’expression.
➤ « Lo**ta » de Vladimir Nabokov : « Lo**ta », publié en 1955, raconte l’histoire d’une relation inappropriée entre un homme adulte et une jeune fille. En raison de sa thématique controversée et de son contenu sexuel, le livre a été censuré dans plusieurs pays et suscite encore aujourd’hui des débats sur la morale et l’éthique littéraire.
➤ « Le Procès » de Franz Kafka : « Le Procès », publié en 1925, a été interdite par les régimes totalitaires, car elle remettait en question l’autorité et mettait en lumière les abus de pouvoir. L’absurdité du système judiciaire dépeinte dans le livre a été perçue comme une menace pour l’ordre établi.
➤ « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » de Harper Lee : Publié en 1960, ce roman classique aborde des problèmes de racisme et d’injustice à travers les yeux d’une jeune fille. « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » a été confronté à la censure en raison de sa représentation franche des réalités raciales et sociales de l’époque.
➤ « Harry Potter » de J.K. Rowling : La série « Harry Potter », publiée à partir de 1997, a connu des controverses et des tentatives de censure dans certains milieux conservateurs. Certains critiques religieux ont accusé les livres de promouvoir la sorcellerie et de corrompre la jeunesse. Malgré cela, la saga a connu un immense succès mondial et a été largement appréciée pour sa promotion de l’imagination et des valeurs positives.
Les livres mentionnés ci-dessus ne sont qu’un échantillon des œuvres littéraires qui ont été censurées à travers l’histoire. Malgré les controverses et les tentatives de restriction, ces livres ont réussi à transcender les barrières et à devenir des classiques de la littérature. Ils nous rappellent l’importance de la liberté d’expression et de la diversité des idées. En tant que lecteurs, nous avons le pouvoir de défendre la liberté littéraire et de célébrer ces livres qui ont osé défier les normes et les tabous.
Bonjour cher-e-s ami-e-s Recevez La Matinale sur l'étude inédite des Soleils des Indépendances d’Ahmadou Kourouma
Retrouvez en bas toutes les citations qui y sont liées relativement. Pour plus d'information, retrouvezl'adresse au -dessous.
M. BADJI FR Lycée El Hadji Ibrahima Diop de Yeumbeul Asecna (Dakar)
Etude intégrale de Les Soleils des indépendances d’Ahmadou Kourouma (1968).
Introduction
L’objectif de cette étude est de permettre aux élèves de comprendre à partir d’une analyse intégrale d’une œuvre les messages formulés par le romancier mais aussi et surtout de voir la manière dont l’écriture prend en charge ces informations entrelacées dans une trame narrative. Cela veut dire tout simplement que comprendre une œuvre revient aussi à comprendre le contexte dans lequel l’œuvre est inscrite (économique, politique, social, culturel, artistique et littéraire), à méditer sur la vie de l’auteur et de ses écrits, mais aussi et surtout, à étudier la structure de cette œuvre notamment la structure des parties, des personnages, du temps, de l’espace, l’intrigue etc.
I-Biographie et Bibliographie
1- La biographie
Né en 1927 aux frontières du nord de la Guinée et de la Côte-d’Ivoire, de nationalité ivoirienne, (selon le personnage de son roman Quand on refuse on dit non (2004), La République de Côte-d’Ivoire est un état de la côte Occidentale de l’Afrique. Elle est comme toutes les républiques foutues de cette zone, démocratique dans quelques domaines mais pourrie jusqu’aux os par la corruption dans tous les autres), Ahmadou Kourouma effectue ses études primaires à Boundiali ensuite ses études secondaires à Bamako, dans ce qui était alors le Soudan français. Renvoyé en raison de ses activités politiques, il est enrôlé de force dans l’armée et envoyé en Indochine. Libéré, il suit des études supérieures de droit à Lyon et se spécialise dans les affaires d’assurance. Il travaille dans ce domaine en Côte d’Ivoire, mais, en 1963, il est soupçonné d’actions subversives et s’exile un temps en Algérie, au Cameroun et au Togo. Il a aussi travaillé à Yaoundé où il était comme membre de l’équipe administrative de l’Ecole internationale des assurances de Yaoundé. Il est mort le 11 décembre 2003 à Lyon en France.
2- Bibliographie
Parler de de la bibliographie de Kourouma revient à faire l’inventaire de ses écrits. Ainsi, lorsqu’Ahmadou Kourouma propose son premier roman à des éditeurs français, il se voit opposer un refus poli : on lui reproche de ne pas écrire « en français ». Son pari, traduire en français des expressions, des images et des modes de pensée malinkés, n’est pas compris. Déjà le titre de son premier roman est révélateur. C’est donc un éditeur québécois qui publie le premier, en 1968, Les Soleils des indépendances---satire des premières années postcoloniales---avant qu’un éditeur français ne le reprenne en 1970. Vingt ans après (1990) parait en France Monné, outrages et défis, écrit dans la langue aussi savoureuse, qui prend cette fois comme cible la période coloniale. Ensuite suivent d’autres romans comme En attendant le vote des bêtes sauvages (1998), Allah n’est pas obligé (2000), Quand on refuse on dit non (2004). Toutes ces œuvres citées font la satire des Etats africains modernes livrés à leurs démons (amour de la gloriole, corruption, culte du parti unique, etc.), mais aussi un réquisitoire à la fois drôle et violent contre ces conformismes qui, partout dans le vaste du monde, mènent parfois aux pires compromissions
III- Le résumé structurel de l’œuvre
L’œuvre est relativement divisée en trois grandes parties. La première partie compte (4) quatre tableaux, la deuxième partie, beaucoup plus dense, compte (5) cinq tableaux, et la dernière ne compte que (2) deux tableaux. Chaque séquence est scandée par un titre résumé sous forme de dicton que nous essayerons d’illustrer dans les lignes qui suivent. Nous allons résumer chapitre par chapitre pour donner plus de clarté et plus de consistance permettant aux élèves de mieux comprendre.
1- Première partie
a- Premier dicton : « Le molosse et sa déhonté façon de s’asseoir » (p.9)
▪ Résumé : A l’ occasion de la cérémonie funéraire d’Ibrahima Koné, Fama s’est fait molester par le griot Bamba et la foule qui lui rappellent la fin de son règne. Déhonté, honni, Fama a quitté la cérémonie pour ce non-respect de sa posture du dernier descendant des Doumbouya.
b- Deuxième dicton : « Sans la senteur de goyave verte…. » (p.20)
▪ Résumé : Dans ses déplacements sans succès, Fama finira par rejoindre une mosquée du quartier noir pour prier Allah. Après une forte pluie, Fama implore le Bon Dieu de préserver son mariage avec Salimata. Il pensait toujours à cette femme stérile qui voulait à tout prix devenir féconde pour lui donner un héritier.
c- Troisième dicton : « Le cou chargé de carcans hérissés de sortilèges comme le sont de piquants acérés, les colliers du chien chasseur de cynocéphales… » (p.32)
▪ Résumé : Cette partie s’intéresse largement à la figure de Salimata. Cette brave dame est présentée sous diverses facettes qui régissent ses conditions de femme africaine. Hantée par le viol et l’excision qui étaient intervenus dans sa tendre jeunesse, Salimata n’a pas connu de bonheur même après son mariage avec l’homme de son choix Fama Doumbouya. Elle rêve d’un enfant qui n’est jamais venu.
d- Quatrième dicton : « Où a-t-on vu Allah s’apitoyer sur un malheur ? » (p.58)
▪ Résumé : Victime d’une double agression au marché par les mendiants et le marabout pervers répondant au nom d’Abdoulaye, Salimata est animée par un sentiment de désespoir. Ce fardeau de sa vie est couronné par l’annonce terrible dudit marabout qui l’apprend la mauvaise nouvelle : la stérilité de Fama.
2- Deuxième partie
a- Premier dicton : « Mis à l’attache par le sexe, la mort s’approchait et gagnait ; heureusement la lune perça et le sauva… » (p.81)
▪ Résumé : Cette partie renvoie au voyage de Fama pour Houroudougou capitale de Nikinai. Il fait la connaissance avec Diakité son voisin, Konaté, Ouédrago (chauffeur) et Seny (apprenti) le volubiles. Il hésita après les conseils de Salimata qui lui dissuade de renoncer ce voyage sinon il se verra héritier le trône avec tout ce qui va avec y compris les femmes comme Mariam la jeune dame.
b- Deuxième dicton : « Marcher à pas compter dans la nuit du cœur et dans l’ombre des yeux » (p.92)
▪ Résumé : Ce deuxième tableau de la deuxième partie s’inscrit toujours dans le voyage de Fama pour Horodougou à l’occasion des funérailles de son cousin Lacina. Ce voyage est une occasion pour lui de renouer avec ses traditions, ses croyances et ses ancêtres. Fama a pu constater, tout au long de son voyage, la métamorphose des villages sous l’effet de la modernité. Il revoie son royaume d’enfance par le biais de la petite camionnette qui traversait les villes et les villages jusqu’à son accueil chaleureux par les siens.
c- Troisième dicton : « Les meutes de margouillats et de vautours touèrent ses cotes ; il survécut grâce au savant Balla… » (p.105)
▪ Résumé : Après un son voyage, Fama est arrivé à Togobala fief de ses aïeux. Il a été accueilli avec les honneurs aux cotés de la famille Doumbouya à la présence des traditionnalistes comme l’ancien griot Diamourou et l’aveugle Balla le sorcier-féticheur. Ils ont ensemble honoré la mémoire du défunt et des parents de Fama. Toutefois, Fama était parfois gêné par certains mystères du village.
d- Quatrième dicton : « Les soleils sonnent l’harmattan et Fama, avec les nuits hérissées de punaises et de Mariam, furent tous pris au piège ; mais la bâtardise ne gagna pas… » (p.120)
▪ Résumé : Avec des nuits longues scandées par des fantasmes pour Mariam et des punaises, Fama reçoit les visites de Balla le sorcier er de Diamourou le griot. Ils entretiennent pendant des jours des palabres pour restaurer la fraternité avec le président du comité Babou qui intègre Fama dans la gestion des affaires.
e- Cinquième dicton : « Après les funérailles exaucées éclata le maléfique voyage… »(p.138)
▪ Résumé : Le dernier tableau est consacré aux festins des funérailles du cousin Lucina et du départ de Fama pour la capitale malgré les prophéties de Balla le sorcier.
3- Troisième partie
a- Premier dicton : « Les choses qui ne peuvent pas être dites ne méritent pas de noms… » (151)
▪ Résumé : Dès son retour de Togobala (Horodougou), Fama a connu d’une part une vie conjugale mouvementée à cause de ses deux épouses Salimata et Mariam, et d’autre part il était victime d’un kidnapping par les autorités politiques qui le soupçonnaient de complot contre Nakou (un diplômé qui a fait ses humanités en France). Il est condamné 20ans de réclusion et est devenu désormais la risée du monde. Sa situation est à la limite pathétique.
b- Deuxième dicton : « Ce furent les oiseaux sauvages qui, les premiers, comprirent la portée historique de l’évènement… »(170)
▪ Résumé : Au sortir de la prison après une grâce présidentielle, Fama a compris maintenant que sa place n’est pas dans la capitale mais plutôt auprès des siens à Togobala. Il tente une dernière fois de rentrer chez lui définitivement mais il tombe encore dans le piège de la mal gouvernance incarnée par les forces de l’ordre en l’occurrence le douanier Vassoko. Malgré la fermeture des frontières Fama persiste pour traverser mais il a été attaqué par un caïman sacré dépêché par les mânes après son saut dans la rivière. Kourouma nous dit : « Fama avait fini, était fini ».
III- Etude des personnages
Faire une analyse et une interprétation sur la trame narrative de Les Soleils des indépendances nous oblige parfois à faire un détour sur la structure des personnages composée de personnages secondaires et de personnages principaux.
1. Les personnages principaux
Un personnage principal est un personnage qui marque l’œuvre de par ses traits distinctifs, ses attitudes, ses aptitudes, ses fréquences etc. Parfois il se signale par une destinée remarquable (heureuse ou malheureuse). On parlera alors de héros. Ainsi, une telle approche peut s’appliquer d’abord au personnage de Fama ou d’autres personnages.
a- Fama
Fama est un légitime héritier des Doumbouya, le dernier prince des malinkés qui a vu le jour dans un village de la République de Nikinaï qu’on appelle Horodougou. Ainsi, en ce qui concerne son âge exact, le narrateur essaie de nous donner une date précise comme on peut le voir ici : « Il était bien Fama Doumbouya né vers 1905 à Togobala (Horodougou) ». Vingt ans après, c’est toujours un bel homme. Ces traits imposants ne sont que de la poudre aux yeux d’autant plus que Fama n’a connu que malheur et persécution. Il était d’abord un prince déchu à tel point que même sa première femme lui traite de stérilité « Le stérile, le cassé, l’impuissant, c’est toi » (p.29). Cette impuissance va le conduire en prison où il essaie tant bien que mal de faire un retour sur soi pour comprendre les événements malheureux qui lui arrivent. Mais ses efforts sont vains et Fama n’avait qu’une idée en tête se remettre à la volonté divine, car « il s’est engagé, il a voulu terrasser les soleils des indépendances, il a été vaincu […] il ne lui restait plus à attendre que de la volonté d’Allah, que de la volonté de la mort » (P. 175-176), et d’autre part cette idée va lui pousser à emprunter le chemin du retour sur Togobala pour y mourir. En témoigne cette assertion « Etait-ce dire que Fama allait à Togobala pour se refaire une vie ? Non et non ! Aussi paradoxal que cela puisse paraitre, Fama partait dans le Horodougou pour y mourir le plutôt possible » (193). Le prince a eu une mort grandiose, car il avait été déchiqueté par un caïman sacré et non abattu par un vulgaire garde-frontière comme le dit Kourouma : « Fama avait fini, était fini » (194).
b- Salimata
Elle est la première épouse de Fama. Mais avant de consommer ce mariage, celle-ci a connu des drames qui ont marqué sa vie : l’excision d’abord premier échec de sa vie, suivie du viol par le féticheur Tiécoura et les deux mariages avec les deux frères Baffi et Tiémoko, aussi laids, aussi sales que Tiécoura. Ces évènements douloureux témoignent de sa condition de femme d’autant plus qu’elle était incapable de procréer à cause de sa stérilité. Par ailleurs, il faut reconnaître que Salimata reste cette femme africaine soumise, respectueuse, obséquieuse, et surtout d’une beauté qui ne laisse pas aux hommes indifférents. C’est ainsi que Fama l’évoque, mais Abdoulaye n’est pas en reste : « Salimata était née belle. Des fesses rondes, descendantes et élastiques, des dents alignées et blanches comme chez un petit chiot, elle provoquait le désir de vouloir la mordiller ; et cette peau légère et infinie, le marabout ne se souvenait pas d’en avoir touché, d’en avoir pénétré de pareille » ( p.72).
c- Mariam
C’est une figure épisodique qui n’apparait que dans la seconde partie du roman (chapitre4) pour disparaître au début de la troisième partie. Elle est la plus jeune femme et la plus belle des veuves du cousin Lacina. Après la mort de ce dernier, Fama avait choisi cette jeune femme comme deuxième épouse à cause de sa beauté : « Le pagne, les mouchoirs, les joies, les propos de Mariam surgissaient à tout moment dans les pensées et rêves de la nuit. Il l’attendait ( 132). Elle symbolise la femme moderne insoumise qui cherche à tout prix la liberté, l’émancipation. Comme le souligne le discours de Balla le sorcier qui dévoile son infidélité : « Quant à l’infidélité, euh ! euh ! les femmes propres devenaient rares dans le Horodougou comme les béliers à testicule unique » (130).
2-Les personnages secondaires
a- Abdoulaye le marabout
Il est originaire de Tombouctou. Il a la réputation de réussir à « détourner les plus terribles sorts » et devient même le « marabout pour député, ministre, ambassadeur. En voulant aider à Salimata qui voulait à tout prix sauver son couple, Abdoulaye éprouvait des sensations fortes en vers cette dernière en ayant l’idée de la violer. Son attitude est symbolique d’autant plus qu’elle évoque le caractère des marabouts faux, imposteurs qui veulent toujours profiter de la crédulité des gens pour s’enrichir.
b- Le griot Diamourou
C’est un vieillard, « descendant des griots honorés de la famille des Doumbouya » ; toujours présent aux côtés de Fama. Il est présenté comme un grand opportuniste, un arriviste qui veut toujours la belle vie. Il a même vendu sa vie vierge aux blancs (Tomassini) rien que pour des redevances. Mais il est tres nostalgique du passé, c’est la raison pour laquelle il défendait toujours Fama.
c- Le sorcier Balla
Nostalgique aussi du passé, Balla est méprisé dans tout le Togobala à cause de son absence d’hygiène, car il est constamment environné d’un nuage de mouches. Il est incrédule à cause de son animisme mais il est craint et reste le sorcier, le féticheur protecteur de Fama. Après l’arrestation de ce dernier, il sait que son protégé « ne reverra plus jamais Togobala » (186).
d- Les autres figures épisodiques
Nous avons le griot sarcastique et bavard (11-15) ; Bamba qui a osé invectiver Fama en le criant fort « Assois tes fesses et ferme ta bouche ! Nos oreilles sont fatiguées d’entendre tes paroles » (p.14) ; Bakary, l’ami opportuniste de Fama qui a aussi connu la prison ; Diakité (85-87), il est originaire d’Horodougou ; Konaté (87-88), c’est le voisin gauche de Diakité dans le camion ; Séry (88-91), c’est l’apprenti-chauffeur d’Ouédrago, le patron du « camion ».
IV- Etude des thèmes.
Que ce soit dans la capitale, à Bindia ou à Togobala, les soleils brillent d’un éclat bien morne. Ainsi, de cette situation, l’auteur présente des thèmes qui sont indissociables à la vie des personnages.
1- La violence
Dans cette thématique, il importe de souligner les conséquences tant sur la déchéance morale et physique que sur les écarts dans les inégalités (p.27). Cela est surtout manifeste avec l’évocation de la prison en début de la troisième partie : « Fama, un soir, marcha et arriva au domicile. A l’étage du bungalow, le jeune ministre Nakou chatouillait une femme, et les éclats de rire résonnaient jusque dans le jardin et puis la femme…Le juge d’instruction coupa net, indiqua à Fama la salle de torture où on savait faire parler » (162). L’arbitraire de la justice est décrié ici, car c’est à cause du rêve que Fama a été emprisonné : « Il inculpa Fama de participation à un complot tendant à assassiner le président et à renverser la république de la Côte des Ebènes. Quand Fama se leva pour partir, le juge lui demanda pourquoi il n’avait pas couru au réveil raconter son rêve à une personnalité importante du régime, le président ou le secrétaire général du parti unique. Fama ne répondit pas » (166)
2- La vie politique dans les soleils des indépendances
Si la situation sociale est désastreuse en ces années 60, c’est en grande partie le résultat des choix faits par ceux qui gouvernent. Ce sont eux les responsables des injustices et des échecs humains (P. 22, 24, 31,). Le narrateur adopte une tonalité satirique pour critiquer le parti unique qui vise uniquement le profit ; le détournement des fonds et la corruption comme on peut le constater : « Le président et le parti unique réprimèrent. Deux ministres, deux députés et trois conseillers furent ceinturés en pleine rue, conduits à l’aérodrome, jetés dans des avions et expulsés » (157).
3- La tradition
La tradition est mise en valeur dans la deuxième partie. Elle est représentée par Balla le sorcier-féticheur et Diamourou. Le voyage de voyage pour Togobala permet au lecteur d’être en contact avec des traditions ancestrales scandées par les croyances, les mystères et les oracles. En témoigne cette assertion évocatrice : « Les charognards furent dédaignés ; tout avait été léché, nettoyé, picoré sans eux. Aussi les charognards rappelèrent-ils aux hommes, en poussant des cris sinistres au soleil couchant, que leur oubli était un sacrilège. Cette menace troubla la fête. On s’en alla consulter Balla. Le féticheur prévint tous les mauvais sorts lancés par les charognards mécontents en adorant les fétiches » (143).
4- La condition de la femme
Elle se caractérise par le mariage, la soumission, la souffrance et surtout l’émancipation. Si Salimata était considérée comme une femme traditionnaliste, Mariam et Matali (fille de Diamourou) incarnent la modernité surtout avec son chauffeur de taxi « Papillon ». La condition de la femme c’est aussi la polygamie comme nous le souligne Salimata : « Salimata avait salué avec joie la coépouse et expliqué avec grand cœur et esprit qu’une famille avec une seule femme était comme un escabeau à un pied, ou un homme à une jambe ; ça ne tient qu’en appuyant sur un étranger. Il ne fallait pas la croire, car ces tendresse et largesse durent exactement neuf jours » (151). La condition de la femme, c’est aussi sa beauté aux formes enchanteresses comme on peut le voir ici : « « Quand Matali a bondi dans le cercle de danse, sol, tam-tam et chant, tout a frémi au rythme de ses seins et reins, et ses fesses ondulantes et charmantes de cent ceintures de perles résonnaient » (108)
5- La religion
Nous sommes en milieu musulman. Tous les personnages surtout les noirs en l’occurrence Fama, Salimata et les autres respectent à la lettre les prières (Chapitre2). Le dernier chapitre de la troisième partie revient largement sur les croyances religieuses. Par ailleurs, il faut noter la présence des croyances traditionnelles à l’instar de Balla qui est un vrai animiste. A la limite nous constatons une prédominance du syncrétisme religieux.
V- L’écriture
Ce qui frappe le lecteur d’emblée, c’est la langue. Elle émaille l’œuvre et la donne ainsi une dimension hautement réaliste qui nous fait penser à la société Malinké. Nous retrouvons ici le goût du verbe si constant dans les cultures africaines : la parole n’est pas figée, elle est mouvement, vie. Pour mieux y parvenir, l’auteur exploite les ressources du langage notamment la comparaison, les images métaphoriques, les proverbes, les dictons, les sentences qui rendent compte de la réalité des faits.
Conclusion
Cette étude nous a permis de revisiter les contours qui structurent l’œuvre. Le titre les « soleils des indépendances » traduit ainsi les périodes, les ères des indépendances. Ce roman de désenchantement nous a pour vocation de mettre à nue les violences, les souffrances et la vie politique des dirigeants africains scandées par la corruption, le népotisme, l’arrivisme, etc.
*VI- Quelques citations*
*1- Fonction engagée*
« Le juge d’instruction coupa net, indiqua à Fama la salle de torture où on savait faire parler » (p.168)
« Les Malinkés ont la duplicité par ce qu’ils ont l’intérieur plus noir que leur peau et les dires plus blancs que leurs dents » (105)
« Les indépendances ont créé la dépendance » 13.
« Sans la senteur de goyave verte… » (16). Ce chapitre, dominé par une métaphore qui revoie à la dureté de la vie de Fama, fait la satire du système colonial avec un temps et un espace complétement défavorables avec des orages, pluie, la mer et le ciel menaçant toujours.
« Les Indépendances avaient supprimé la chefferie, détrôné le cousin de Fama, constitué au village un comité avec un président » (113)
« Togobala, faut-il le redire, était plus pauvre que le cache-sexe de l’orphelin, asséché, comme la rivière Touko en plein Harmattan, assoiffé, affamé » (127)
«Avec les Indépendances, le parti unique, le comité et tous les autres, on avait vanné les Malinkés à leur coller des vertiges ». (131)
« Le sous-préfet, le secrétaire général, le gouverneur, le parti unique exultèrent (depuis des mois il n’y avait plus de réactionnaire à dépister), et dégainèrent, prêts à décapiter dans le nid l’horrible contre-révolutionnaire. Et même les brigades de vigilance se reconstituèrent, se réorganisèrent pour épier Fama. C’était une vraie inconfortable et très dangereuse situation ».
« La colonisation, les commandants, les réquisitions, les épidémies, les sécheresses, les Indépendances, le parti unique et la révolution sont exactement des enfants de la même couche, des étrangers au Horodougou, des sortes de malédictions inventées par le diable ».
« Mais maintenant avec le parti unique, l’indépendance, le manque, les famines et les épidémies, aux funérailles des plus grands enterrés on tue aux mieux un bouc » (p.138). Le gaspillage lors des funérailles ou des fêtes.
« Tous les griots furent abondants et intarissables, même les plus minables, car chacun connaissait la généalogie et les exploits des Doumbouya dans le Horodougou ». (141). Il dénonce les griots qui ne s’acquittent de leur tradition.
« Vraiment les soleils des Indépendances sont impropres aux grandes choses ; ils n’ont pas seulement dévirilisé mais aussi démystifié l’Afrique » (143-144). Le narrateur porte un jugement personnel en prouvant que les Indépendances étaient indécentes pour l’Afrique.
« Il demeurait bien connu que les dirigeants des soleils des Indépendances consultaient très souvent le marabout, le sorcier, le devin : mais pour qui le faisaient-ils et pourquoi ? Fama pouvait répondre, il le savait : ce n’était jamais pour la communauté, jamais pour le pays, ils consultaient toujours les sorciers pour eux-mêmes, pour affermir leur pouvoir, augmenter leur force, jeter un mauvais sort à leur ennemi » (157).
« Le président et le parti unique réprimèrent. Deux ministres, deux députés et trois conseillers furent ceinturés en pleine rue, conduits à l’aérodrome, jetés dans des avions et expulsés » (157).
« Tout cela constituait des cris d’alarme que Fama aurait dû entendre ; il aurait dû retirer ses mains et pieds de la politique pour s’occuper des palabres de ses femmes. La politique n’a ni yeux, ni oreilles, ni cœur ; en politique le vrai et le mensonge portent le même pagne, le juste et l’injuste marchent de pair, le bien et le mal s’achètent ou se vendent au même prix » (157).
« Dans les caves les plafonniers restaient constamment allumés et on ignorait quand venait le matin et quand commençait le soir ; on y sifflait la faim ; la mort de temps en temps y retentissait et parfois aussi les éclats de rire ivres des geôliers vidant des bouteilles d’alcool » (158). La dénonciation de la violence dans les prisons.
« Les choses qui ne peuvent pas être dites ne méritent pas de noms et ce camp ne saura jamais être dit » (159)
« Fama, un soir, marcha et arriva au domicile. A l’étage du bungalow, le jeune ministre Nakou chatouillait une femme, et les éclats de rire résonnaient jusque dans le jardin et puis la femme…Le juge d’instruction coupa net, indiqua à Fama la salle de torture où on savait faire parler » (162). L’arbitraire de la justice est décrié ici, car c’est à cause du rêve que Fama a été emprisonné.
« Il inculpa Fama de participation à un complot tendant à assassiner le président et à renverser la république de la Côte des Ebènes. Quand Fama se leva pour partir, le juge lui demanda pourquoi il n’avait pas couru au réveil raconter son rêve à une personnalité importante du régime, le président ou le secrétaire général du parti unique. Fama ne répondit pas » (166)
« Les gens de l’indépendance ne connaissent ni la vérité, ni l’honneur, ils sont capables de tout, même de fermer l’œil sur une abeille. On lui avait dit que là où les graterons percent la coque des œufs de pintade, ce n’est pas un lieu où le mouton à laine peut aller » (168)
« Le président demandait aux détenus d’oublier le passé, de le pardonner, de ne penser qu’à l’avenir » (173). Le narrateur met à nu l’hypocrisie du Président de la République des Ebènes.
« Lui, le président, était la mère de la république et tous les citoyens en étaient les enfants. La mère a le devoir d’être parfois dure avec les enfants. La mère fait connaitre la dureté de ses duretés lorsque les enfants versent par terre le plat de riz que la maman a préparé pour son amant. Et l’amant à lui, le président, était de développement économique du pays, et le complot compromettait gravement cet avenir, versait par terre cette avenir » (174).
« Mais les femmes, on ne devait pas trop s’en soucier ; tant qu’on a l’argent on peut avoir des femmes » (176).
« La frontière était fermée jusqu’à nouvel ordre, dans les deux sens ; tout passage restait suspendu. Cette mesure était en vigueur depuis un mois. Elle était due à la tension existant entre les deux pays. Un cri de réprobation salua ces explications. Le garde frontalier, sans se départir de son sourire, répliqua que la mesure était une décision politique et qu’il ne pouvait même pas indiquer quand la frontière serait ouverte à nouveau » (189). Une situation qui fait l’actualité du pays.
« Les lois, les ordres et les circulaires des soleils des Indépendances étaient aussi nombreux que les poils d’un bouc et aussi complexes et mélangés que le sexe d’un canard »(189). Cette confusion de la gestion du pays est une manière pour le narrateur de dénoncer les injustices politiques.
« Le prince n’avait même pas une carte d’identité » (189).
2- Fonction didactique
« L’humanisme et la fraternité sont dans la vie des hommes » (134)
« La vérité il faut le dire, aussi dure qu’elle soit, car elle rougit les pupilles mais ne casse pas » (p.14)
« Mânes de Moriba, fondateur de la dynastie » (14)
« Salimata, une femme sans limite dans la bonté du cœur, les douceurs des nuits et des caresses, une vraie tourterelle ; fesses rondes et basses, dos, seins, hanches, et bas-ventre lisses et enfuies sous les doigts, et toujours une senteur de goyave verte » (P 19).
« Elle avait le destin d’une femme stérile comme l’harmattan et le cendre. Malédiction ! Mal chance ! Allah seul fixe le destin d’un être » (22)
« Alors, chaque fois on devient quelque chose quelque chose de différent qui craint tout le monde… » (33)
« La grande générosité au marché apporte toujours la méchanceté, le désordre et le pillage » (38) parlant de Salimata.
« C’est la parole qui transfigure un fait en bien ou le tourne en mal. Et le malheur qui doit suivre la transgression d’une coutume intervient toujours, intervient sûrement, si par la parole le fautif avait été prévenu de l’existence de la coutume, surtout quand il s’agit de la coutume d’un village de la brousse » (106)
« Quand Matali a bondi dans le cercle de danse, sol, tam-tam et chant, tout a frémi au rythme de ses seins et reins, et ses fesses ondulantes et charmantes de cent ceintures de perles résonnaient » (108)
« Seuls témoins des grands jours des grands Doumbouya et de la décrépitude de la dynastie, de sa diminution, de sa sécheresse jusqu’à ne tenir qu’à un homme quelque peu stérile ». (p.112) parlant de Balla et de Diamourou.
« Malheureusement, Togobala, les Doumbouya et même le Horodougou ne valaient pas en Afrique un grain dans un sac de fonios » (113).
« La mort, sublime défi ! murmura le griot »
« La prière est le viatique de l’éternel voyage » (120)
« Tout enchantait Fama, car dans son cœur rem***aient les joies des bons harmattans de son enfance » (P.122).
« Les anciens convoquèrent Babou et Fama, au milieu de la nuit le mardi soir, la veille du palabre au cimetière devant les mânes des aïeux. Malheur à celui qui laissera transpirer un bout ! Le conseil secret des anciens palabra, évoqua les choses anciennes : Fama resterait le chef coutumier, Babou le président officiel. Et les choses futures aussi : les soleils des Indépendances et du parti unique passeront comme les soleils de Samory et des Toubabs, alors que les Babou, les Doumbouya resteront toujours à Togobala » (lieu de cristallisation des relations sociales le village). (136)
« Quant à l’infidélité, euh ! euh ! les femmes propres devenaient rares dans le Horodougou comme les béliers à testicule unique. Balla le jurait. Faites enjamber un cheval mourant par une femme n’ayant couché qu’avec son mari, si elle n’est pas rapide la bête la soulève en se levant» (130).
« Fama ! Il ne pesait pas plus lourd qu’un duvet d’anus de poule. Un vaurien, un margouillat, vautour, un vidé, un stérile. Un réactionnaire, un contre-révolutionnaire » (133)
« Les griots d’abord. Ils préfèrent le palabre, parlèrent de fraternité, d’humanité, d’Allah, de la recherche serrée de tous les petits grains de la vérité et pour rassurer la population en chômage saisonnier craignant d’être frustrée d’un spectacle de qualité, les griots annoncèrent que le palabre serait long, deux ou trois nuits s’il fallait, pour creuser et tirer la vérité pure et blanche comme une pépite d’or ». (134).
« Tant que le mur ne se fend pas, les cancrelats ne s’y mettent pas. Cancrelats des Indépendances, des partis uniques, de la révolution, vous ne pénétrerez pas, vous ne diviserez pas, vous ne gâterez pas Togobala ! Jamais ! Grace aux sacrifices par nos aïeux » (137). Les mots du délégué du comité.
« Le sang qui coule est une vie, un double qui s’échappe et son soupir inaudible pour nous remplit l’univers et réveille les morts » (141). La thématique de la tradition africaine avec ses réalités.
« Les charognards furent dédaignés ; tout avait été léché, nettoyé, picoré sans eux. Aussi les charognards rappelèrent-ils aux hommes, en poussant des cris sinistres au soleil couchant, que leur oubli était un sacrilège. Cette menace troubla la fête. On s’en alla consulter Balla. Le féticheur prévint tous les mauvais sorts lancés par les charognards mécontents en adorant les fétiches » (143).
« D’ailleurs, comme toujours en pareille occasion, tous les présents n’étaient pas des hommes. Des génies, des mânes, des aïeux, et même des animaux avaient profité de ce rassemblement et s’étaient ajoutés à la foule » (145). Une réalité des traditions africaines.
« Or le voyage de Fama portait un sort très maléfique. Seuls de très bons sacrifices pouvaient l’adoucir, et pour le détourner, de très durs sacrifices. Balla l’a dit et redit. Fama a durci les oreilles, il lui fallait partir. Une certaine crânerie nous conduit à notre propre perte » (146). Leçon de morale.
« La vie des hommes sous les soleils des Indépendances ne réside plus que dans le bout de l’auriculaire prête à prendre l’envol ». (147).
« Dans tous les cas, ne reste jamais loin des tombes des aïeux ; un Doumbouya descendant de Souleymane ne pousse, ne prospère, ne fleurit et ne fructifie qu’à Togobala » (147).
« Ajoutons qu’après le départ des voyageurs le soleil m***a rapidement. Mais, et cela ne s’était jamais vu en plein harmattan dans le Horodougou, des nuages assombrirent le ciel vers le milieu du jour, des tonnerres grondèrent et moururent du coté où était parti Fama. En vérité, un maléfique déplacement ! » (147).
« Salimata avait salué avec joie la coépouse et expliqué avec grand cœur et esprit qu’une famille avec une seule femme était comme un escabeau à un pied, ou un homme à une jambe ; ça ne tient qu’en appuyant sur un étranger. Il ne fallait pas la croire, car ces tendresse et largesse durent exactement neuf jours » (151). Il faut retenir deux choses : l’acceptation de la polygamie mais son rejet avec un discours hypocrite de Salimata. Dans tous deux cas, le lecteur peut tirer des enseignements. « Tout ce qui se passait entre Mariam et Salimata avait été pourtant bien prévisible ; on ne rassemble pas des oiseaux quand on craint le bruit des ailes » (153). L’usage des dictons.
« Dans l’Afrique d’avant les Indépendances, (…) Rien n’arrive sans s’annoncer : la pluie avertit par les vents, les ombres et les éclairs, la terre qu’elle va frapper ; la mort par les rêves, l’homme qui doit finir » (154).
« Fama, maintenant il n’y a plus de doute, tu es le dernier Doumbouya. C’est une vérité nette comme une lune pleine dans une nui d’harmattan. Tu es la dernière goute du grand fleuve qui se perd et sèche dans le désert. Cela a été dit et écrit des siècles avant toi. Accepte ton sort. Tu vas mourir à Mayako. Les Doumbouya finiront à Mayako et non à Togobala », murmurait-il (169). Le désenchantement de Fam a qui réalise la finitude de son royaume.
« Allah a dit que le paradis de la femme se gagnait dans la fumée de l’accomplissement du devoir de son mari » (170).
« mais rappelle-toi qu’un malheur, quel que soit l’homme atteint, ne nous est jamais étranger, jamais lointain, bien au contraire… » (163)
« Les anciens proverbes de nos aïeux restaient toujours vrais. La plus belle harmonie, ce n’est ni l’accord des trompettes, c’est l’accord des hommes » (174). Ce proverbe témoigne la volonté du vivre ensemble.
« Un seul pied ne trace pas un sentier ; et un doigt ne peut ramasser un petit gravier par terre. Seul lui, le président, ne pouvait pas construire le pays. Ça sera l’œuvre de tout le monde » (174). Ce proverbe nous enseigne que c’est l’union qui fait la force. En revanche toutes ces belles paroles du président relèvent de la mascarade.
« Tu vois qu’un malheur c’est parfois un bonheur bien emballé et quand tout s’use c’est le bonheur qui tombe » (176).
« Un caïman sacré n’attaque que lorsqu’il est dépêché par les mânes pour tuer un transgresseur des lois, des coutumes, ou un grand sorcier ou un grand chef »(194).
*3- Fonction esthétique*
A- La spécificité du langage
« Fama empocha et resta quelques temps soucieux de l’abâtardissement des Malinkés et de sa dépravation » (14)
« Le fils de chien de Bamba montrait trop de virilité »
« Rien que penser, Fama se fâchait. Il n’aimait pas le secrétaire général du parti. Bâtard de bâtardise ! Malheur des soleils des Indépendances ! »
Juge d’instruction disait violement à Fama : « Allez vite » ; « Allez vite » (162).
B- La technique narrative
Au niveau du chapitre 3, le narrateur utilise des histoires intercalaires. Cette hétérogénéité narrative offre au roman une nouvelle forme d’écriture qui exprime la réalité des faits. On peut retrouver cette même technique dans la deuxième partie, chapitre 2, avec l’histoire du fondateur de la dynastie des Doumbouya Souleymane et l’histoire de son village Togobala. Cette histoire a été racontée en deux versions provoquant ainsi une incertitude chez le lecteur.
L’usage des trois points de suspension (…) reste une technique substantielle du roman de Kourouma ; un roman dans lequel ces points de suspension expriment une réalité africaine comme aimait le répéter le narrateur : « Les choses qui ne peuvent pas être dites ne méritent pas de noms et camp ne saura jamais être dit »
Mélange de genre littéraire entre la poésie chantée et l’écriture prosaïque. Cette rencontre entre tradition et écriture moderne qui constitue l’esthétique du roman africain apporte un cachet particulier au roman Les Soleils des Indépendances d’Ahmadou Kourouma. Il faut reconnaitre que l’œuvre est émaillée de dicton, de proverbes relatifs à la tradition orale africaine.
L’implication du narrateur dans l’histoire qu’il raconte ; il apporte des jugements voire même des solutions. Par souci de technique, il démontre clairement en utilisant le pronom indéfini « on » comme « On se le rappelle » (152). Il est beaucoup plus visible dans cette phrase : « Fama aurait pu dans la journée, lorsque Salimata allait au marché, pousser Mariam dans le tara » (153).
« Tout ce qui se passait entre Mariam et Salimata avait été pourtant bien prévisible ; on ne rassemble pas des oiseaux quand on craint le bruit des ailes » (153)
Le temps de la narration et le temps de l’histoire sont différents. Le temps de l’histoire est précisée par les souvenirs : « Fama se souvenait encore de l’entrée du Révérend un vendredi de l’hivernage 1919 ».
« Fama répondit. Il était bien Fama Doumbouya né vers 1905 à Togobala (Horodougou) » (162)
La vitesse narrative est aussi manifeste : « Un Malinké était mort. Suivront les jours jusqu’au septième jour et les funérailles du septième jour, puis se succédèrent les semaines et arriva le quarantième jour et frapperont les funérailles du quarantième jour et… »
M. BADJI FR, Professeur de lettres modernes au Lycée El Hadji Ibrahima
Yeumbeul.
Doctorant en Littérature comparée et générale (UGB)
IA SAINT-LOUIS
CONTACTS : 772570417
Email : [email protected]
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