19/12/2025
Un projectile sur ma voiture…
Cette pierre lancée sur mon véhicule fut comme une claque, un réveil brutal. En vérité, elle résonnait comme l’écho du cri du cœur d’une jeunesse encore débordante de vigueur.
Une vigueur qui élabore des stratégies pour affronter les forces de l’ordre…
Une vigueur qui ramasse des pierres, constitue un arsenal dérisoire pour se battre…
Mais se battre contre qui ?
Contre eux-mêmes ?
Contre l’État ?
Ou contre ce destin dont l’étau se resserre chaque matin ?
Un destin aux grincements sourds, aux murmures insistants d’un avenir incertain.
Se battent-ils contre l’ombre de ces camarades sortis de l’université, qui errent encore dans les quartiers ?
Ces camarades brandissant, inlassablement, des piles de papiers et de diplômes à la recherche d’un emploi ou simplement de quoi assurer le pain quotidien et effacer la honte de ne pas être utile à leur maisonnée.
Se battent-ils contre ce monstre implacable qui déchire sans pitié la toile d’un rêve devenu presque inaccessible ?
La force de cette jeunesse bouillonne.
Ils se battent parce qu’ils sont forts.
Ils se battent aussi parce qu’ils sont faibles.
Ils se battent pour survivre, pour exister, pour se faire une place.
Cette jeunesse est vulnérable.
Cette jeunesse-gibier est livrée au politicien-chasseur qui, dans ses battues, la traque et la manipule sans vergogne : à coups de promesses vaines, de ravitaillements irréguliers, de loyers payés, simples éternuements lorsque la fièvre électorale se fait sentir.
Je suis triste pour cette jeunesse instrumentalisée.
Triste pour ce jeune qui, avant même d’avoir fini de grandir, a vu ses parents vieillir et réclamer son soutien.
Triste pour cette jeunesse généreuse et responsable qui hésite sur le chemin à emprunter :
faut-il arrêter les études ou enfourcher un Jakarta ?
Continuer l’université ou laver des voitures ?
Se lancer dans le petit commerce, frôler les écueils de l’entrepreneuriat pour simplement survivre ?
Un voile de tristesse assombrit mes pensées lorsque je visualise cette frange de jeunes qui ne veut plus retourner au village, consciente que l’accueil espéré se muera en regards fuyants, voire en phrases assassines :
« Je savais que tu n’allais pas réussir… »
Des mots qui déchirent des cœurs déjà lourdement meurtris.
Je pense à cette jeunesse entassée dans de petits appartements à la Médina, attendant, avec peu d’espoir, la main tendue d’un politicien-prédateur qui réclamera sa voix, son choix, son option, le jour où il faudra désigner un leader.
Ce projectile n’a pas seulement atteint mon véhicule.
Il a touché ma tête et mon cœur.
Un frisson me traverse.
Que doit ressentir ce jeune étudiant encore enfermé dans le temple du savoir, lorsqu’il observe la misérable vie de son aîné qui en est pourtant sorti avec brio ?
Que doit ressentir cette jeune bachelière à l’aube de son entrée à l’université ?
Qui brisera ce cercle vicieux ?
Qui lavera ses teintes d’opportunisme, d’égoïsme, d’inconscience et d’incompétence pour le rendre vertueux, éclatant d’excellence, de partage, de conscience et d’héritage sain ?
Chers tous, chers vous, très chers nous…
Qui sonnera le glas de l’exploitation égoïste du vote pour se pencher, enfin, sur l’avenir émotionnel et social de cette jeunesse ?
Par devoir, qui ouvrira le sentier de la réussite et de l’insertion de ce trésor ; trésor d’une nation pourtant riche de valeurs en train de s’effriter ?
Par amour, qui écrira une nouvelle page pour cette jeunesse, patrimoine vivant du Sénégal ?
J’aime cette jeunesse.
Je crois en elle.
J’ai foi en son potentiel.
Mais je crois aussi au devoir individuel et collectif de lui tendre la main ; à la mission sacrée de la relever, de restaurer sa conscience, de rallumer sa flamme et de gravir avec elle la montagne de la réussite.
Vis, belle jeunesse.
Que ta force vienne de toi-même, et non d’un système vacillant.
Que ta lumière jaillisse de l’intérieur, irradie ton être et éclaire ton entourage.
Tends vers l’excellence, exacerbe ta créativité et déploie sans réserve ton potentiel, afin que tes idées deviennent des actions concrètes.
Depuis ce campus, fais le choix d’atteindre le sommet, quoi qu’il en coûte.
Mais n’oublie jamais : fais-le d’abord pour toi.
Car demain reste à écrire.
Fais ta part.
Anna E. Diouf Sarr
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