15/08/2022
Prises de vue sur Maiao à partir du cessna 182 F- GAMX
l`ile interdite
Pour comprendre, il faut revenir quelques décennies en arrière. L’île est visitée pour la première fois par un Européen en 1767, le Britannique Samuel Wallis. Mais c’est un autre sujet de la Couronne qui laissera ensuite un très mauvais souvenir, en débarquant sur cet îlot dans les années 1920… Un certain Eric Lawford Trower, qui décide d’ouvrir une épicerie.
Les insulaires sont fascinés par les biens de consommation qui arrivent sur cette terre isolée. Matériaux de construction, machines à coudre, mais aussi et surtout alcool, notre homme fait tourner la caisse enregistreuse. Sauf que les locaux ne roulent pas sur l’or et empruntent. Sans pouvoir s’acquitter de leurs dettes. Même le souverain de l’île se fait piéger.
En échange, Trower récupère peu à peu les terres. En 1935, on estime qu’il possède 80 % de la surface de l’île !
La population, protestante, appelle un pasteur à la rescousse, Octave Moreau. Son intervention est décisive. Il convainc les habitants de dénoncer le Britannique au gouverneur.
Une enquête est diligentée et le tribunal de Papeete tranche : les terres sont saisies, une association agricole est montée avec les insulaires pour les racheter petit à petit. Exit Trower, qui se suicidera d’ailleurs peu après. Un arrêté du gouvernement des établissements français d’Océanie est édicté le 16 juillet 1936, interdisant notamment « aux Français, aux protégés ou sujets français et aux étrangers de séjourner dans l’île Maiao pendant plus de 48 heures consécutives s’ils n’en sont pas originaires », rappelle Carole Atem, maîtresse de conférences en langue et littérature françaises à l’Université de la Polynésie française dans Mai’ao, l’île interdite (publié dans le Bulletin de la Société des Études océaniennes, n° 336, Mythes, école et langues, histoire).
Autres règles établies : seuls les natifs de l’île pourront être propriétaires des hôtels-restaurants et autres types de logement, il est interdit de vendre ses terres à des personnes étrangères à l’île, etc.