01/06/2026
Grand entretien de la Ministre en charge de l’Éducation Nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues, Dr Elisabeth Shérif, sur la RTN : la genèse d’un système éducatif en pleine refondation
Invitée du grand entretien de la RTN, la Ministre de l’Éducation Nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues, Dr Elisabeth Shérif, a dressé un état des lieux du système éducatif nigérien et présenté les principales réformes engagées dans le cadre de sa refondation.
Le Ministère de l’Éducation nationale comprend 3 948 516 élèves, 24 418 établissements dont 1 575 établissements scolaires privés, ainsi que 105 869 enseignants. Parmi ces personnels, on dénombre 37 358 enseignants titulaires et 68 511 enseignants contractuels, appuyés dans leurs missions par des appelés du Service civique national, contribuant au bon fonctionnement du système éducatif.
Par ailleurs, la Ministre a indiqué que le processus de recrutement de 11 015 enseignants contractuels à la fonction publique est en cours, actuellement à la phase de sélection et de saisie, illustrant la volonté des autorités de renforcer les ressources humaines du secteur éducatif.
Au cours de cet échange, la Ministre est revenue sur les défis auxquels fait face le secteur de l’éducation, notamment l’amélioration de la qualité des enseignements, le renforcement des infrastructures scolaires, la formation des enseignants, ainsi que la promotion de l’équité et de l’inclusion dans l’accès à l’éducation.
Parmi les avancées enregistrées, Dr Elisabeth Shérif a souligné que 3 331 salles de classe ont été réceptionnées depuis 2023, soit une moyenne de plus de 1 000 classes réalisées chaque année, témoignant de l’engagement des autorités à améliorer les conditions d’apprentissage des élèves sur l’ensemble du territoire national.
Abordant la question de l’éducation dans les zones à défis sécuritaires, la Ministre a tenu à rappeler que l’État n’a jamais abandonné les écoles situées dans les zones d’insécurité. Elle a indiqué que le Forum de Tilabéri de 2023 a permis de catégoriser les établissements scolaires afin d’identifier ceux pouvant être rouverts avec un dispositif de sécurisation militaire et ceux pouvant fonctionner sans présence militaire.
Dr Elisabeth Shérif a souligné que chaque enfant ramené à l’école constitue une victoire silencieuse, traduisant les efforts constants déployés pour garantir le droit à l’éducation malgré les contraintes sécuritaires. Elle a également affirmé que l’école reste debout, y compris dans la région de Tilabéri, grâce à l’engagement des communautés, des enseignants et des autorités.
Reconnaissant que le nombre d’écoles fermées demeure important, la Ministre a précisé qu’il s’agit d’une situation largement héritée des années précédentes. Elle a toutefois rappelé que les enfants concernés ne sont pas abandonnés, puisqu’ils sont pris en charge à travers des mécanismes de regroupement dans des localités plus sûres, leur permettant ainsi de poursuivre leur scolarité.
« Lorsqu’on perd une table-banc, on peut la remplacer. Lorsqu’on perd une vie, on ne peut pas la récupérer. Nous avons le devoir de préserver la vie de nos enfants », a-t-elle déclaré, réaffirmant que la sécurité des élèves demeure une priorité absolue.
Évoquant la question de la qualité des apprentissages, Dr Elisabeth Shérif a reconnu que la baisse du niveau scolaire constitue un lourd héritage que le ministère s’emploie à corriger. Parmi les mesures fortes engagées figure la restauration du Certificat de Fin d’Études du Premier Degré (CFEPD), décidée à l’issue des observations et évaluations réalisées par les techniciens du secteur.
La Ministre a indiqué que, malgré le coût important de cette réforme, le Chef de l’État a donné son accord, convaincu de son impact positif sur la qualité de l’école nigérienne. Les premiers résultats observés auprès des élèves issus du CFEPD sont encourageants, avec un taux de promotion en hausse de 11 %, une baisse des redoublements de 6 %, et une diminution des exclusions de 4 %.
Toutefois, elle a précisé que les effets les plus significatifs de cette réforme ne seront pleinement perceptibles que dans trois à quatre ans, le temps nécessaire pour mesurer son impact sur l’ensemble du parcours scolaire des élèves.
L’entretien a aussi permis de mettre en lumière les progrès réalisés dans l’élargissement de l’offre éducative au niveau du cycle secondaire. Ainsi, 152 collèges ruraux ont été créés entre 2023 et 2025, contribuant à rapprocher l’école des communautés et à améliorer l’accès à l’enseignement pour les élèves des zones rurales.
Par ailleurs, la Ministre a annoncé la création de collèges scientifiques dans les régions de Zinder et de Tahoua, après celui de Niamey, dans le cadre de la promotion de l’excellence académique et du développement des filières scientifiques et technologiques.
La disponibilité accrue de fournitures scolaires et de manuels pédagogiques de qualité constitue également un levier essentiel de la refondation du système éducatif. En mettant à la disposition des élèves et des enseignants des outils adaptés à l’apprentissage, le ministère contribue à l’amélioration continue de la qualité de l’éducation au Niger.
Dans le même élan de bonne gouvernance, la Ministre a indiqué que la commande de fournitures scolaires a permis à l’État de réaliser une économie estimée à 1 milliard 600 millions de francs CFA, illustrant une meilleure optimisation des ressources publiques au service du secteur éducatif.
Enfin, la Ministre a annoncé que depuis décembre 2023, l’enseignement de l’Instruction Civique et Morale (ICM) a été réintroduit dans les collèges , afin de contribuer au retour à l’essentiel dans la formation des élèves, à travers l’éducation à la paix, aux valeurs sociales et à la citoyenneté.
Elle a estimé que cette réforme vise à renforcer la cohésion sociale et à accompagner la construction de citoyens responsables, ancrés dans les valeurs fondamentales de la société.
Enfin, Dr Elisabeth Shérif a estimé que le rythme, le fonctionnement et le dynamisme de l’école nigérienne ont profondément évolué depuis l’avènement du CNSP, grâce à une mobilisation accrue des ressources et à une volonté affirmée de faire de l’éducation une priorité nationale.
À travers ces différentes actions, la Ministre a réaffirmé la volonté des autorités de bâtir un système éducatif performant, inclusif et résilient, capable de répondre aux aspirations de la jeunesse nigérienne et aux besoins de développement du pays.