25/07/2020
LA CRISE MALIENNE : ‘’POUR UNE CONCILIATION DES POSITIONS’’.
Nous vivons une crise socio-politique dont la résolution doit outrepasser le droit constitutionnel du Mali. En effet, d’autant que les normes naissent de l’ambiguïté, nous devons profiter de cette ambigüité de la gouvernance pour créer une gouvernance qui requiert l’adhésion du peuple, ce qui n’est possible que par un compromis. Pour y arriver, nous pouvons bien sortir du cadre constitutionnel s’il le faut. Pour ce faire, remembrer la cour constitutionnelle, organiser les élections partielles ou même dissoudre le parlement sont bien des pistes salutaires. A deux ans de la fin du mandat du président qui a déjà entrepris des négociations en vue d’un compromis, rien ne saurait justifier une déstabilisation par la désobéissance civile qui a d’ores et déjà montré ses limites suite à des scènes de vandalisme. Faisons un bref rappel des échecs du passé. L’arrestation des Présidents Modibo Keita, Moussa Traoré, Amadou Toumani Touré a eu comme conséquence respectivement la désindustrialisation du pays, la dictature moins productive et l’avènement d’une démocratie qui permit la déliquescence actuelle du pays suite à la très mauvaise gouvernance (la perte de l’éthique et de la déontologie, la corruption comme culture, la malversation, le népotisme etc.). Vouloir encore récidiver un push contre le président serait d’improviser une aventure pour le pays d’autant que les conséquences seront très dramatiques au point de constituer d’autres cries à part entière. Pire des ennemis pourraient profiter du chaos qui serait créé. Nous devons comprendre que toute improvisation manque de prudence alors que la prudence constitue la pièce maitresse de l’action humaine surtout dans ce contexte particulier, à mon avis. Dans cette optique, la bonne gouvernance ne doit pas s’improviser, elle doit être plutôt un processus qui se conçoit objectivement, se construit méthodiquement et se réalise progressivement. Notre salut réside de notre capacité à concilier les différentes positions (celle de la partie présidentielle, celle du M5-RFP et celle du reste du peuple neutre) en vue d’un compromis qui va concerner à la fois le court, le moyen et le long terme.
En effet, à court terme, il serait nécessaire de remembrer la cour constitutionnelle, organiser les élections partielles ou dissoudre cette assemblée, mettre en place un gouvernement de mission. Ce gouvernement de mission pourra stopper la marche du système actuel de gouvernance jugé chaotique. Ledit gouvernement, également, aura pour tâche de concevoir de façon consensuelle et plus rationnellement et méthodiquement possible un adéquat système de gouvernance pour 2023-2027. Ça sera l’occasion de mieux adapter et appliquer les résolutions du M5-RFP qui consiste à mettre en place un premier ministre de plein pouvoir avec des objectifs de résultats et de redevabilité pour chaque ministre.
Ainsi, à moyen terme, à la fin du présent mandat en 2023, de façon exceptionnelle le premier ministre de plein pouvoir pourra s’installer dans l’objectif de mettre en place pendant cinq (05) ans un système de gouvernance régalienne et préparer un meilleur système électoral pour les élections du mandat présidentiel 2027-2031. Ceci étant, le quinquennat 2023-2027 sera une période transitoire où aucun parti politique ne sera au pouvoir ce qui permet au premier ministre désigné d’être au service du peuple en dehors de l’emprise d’une famille politique du président comme ce fut le cas d’une présidence sous un parti politique depuis l’avènement de la démocratie jusqu’aujourd’hui. Les partis politiques profiteront de cette période pour mieux se constituer selon des règles éditées par le gouvernement de plein pouvoir qui agira de concert avec les forces vives de la nation.
Sans doute, ce gouvernement de plein pouvoir sera buté à d’énormes problèmes d’autant que le pays colonisateur et la communauté internationale sont présents dans le pays à travers leurs intérêts. Un rapport de force pourrait évidemment exister entre les intérêts du Mali et ceux internationaux. Pour mieux réussir à concilier les divers intérêts, le gouvernement de plein pouvoir pourra être conseillé par le collège des anciens présidents que sont les ex présidents : Moussa TRAORE, Alpha Oumar KONARE, Amadou Toumani TOURE et éventuellement Ibrahim Boubacar KEITA. Ça sera une occasion pour eux et une opportunité pour le peuple du Mali pour qu’ils mettent au service de leurs concitoyens toutes leurs expertises et expériences acquis.
A moyen et long terme, précisément en 2025 c’est-à-dire à deux ans de la fin du gouvernement de plein pouvoir qui doit céder le pouvoir au candidat élu des élections présidentielles pour un mandat 2027-201, une étude prospective sera élaborée et un plan quinquennal sera conçu et mis en œuvre par le président qui sera élu en 2027. A travers un comité ad hoc mis en place, le plan quinquennal sera suivi annuellement et évalué bimensuellement afin de concevoir le prochain plan dans la cinquième année, c’est-à-dire à la dernière année de chaque mandat politique. Ce qui signifie que de façon continuelle, à chaque deux ans avant la fin d’un mandat, un plan quinquennal sera élaboré pour le prochain mandat, ainsi de suite. A la fin du pouvoir du gouvernement de plein pouvoir un comité ad hoc de suivi de l’action gouvernementale pourrait être mis sur place pour veiller sur les actions des présidents qui suivent.
Puisse Dieu combler les maliens de la sagesse afin d’un dénouement heureux de la crise. Amen !!!
Seydou SAMAKE, Planificateur.