03/02/2014
Après le beau temps... Le contexte à l’oeuvre aujourd’hui ne semble pas présager de beaux jours à l’un des secteurs clés de l’économie nationale à savoir le BTP, si ce n’est le seul durant ces dernières années, retour sur ce revirement des tendances qui a commencé à se faire sentir depuis les trois dernières années.
Après le beau temps...Le contexte à l’oeuvre aujourd’hui ne semble pas présager de beaux jours à l’un des secteurs clés de l’économie nationale à savoir le BTP, si ce n’est le seul durant ces dernières années. Certes, le mauvais temps ne se prolonge pas sans fin, mais les pronostics des professionnels eux-mêmes en lien avec la conjoncture économique mondiale très difficile portent à croire une poursuite du marasme de l’activité.
D’après la dernière enquête de Conjoncture du HCP (Haut-Commissariat au Plan), les entrepreneurs reconnaissent un fléchissement de l’activité aussi bien au niveau de l’offre que celui de la demande.
Les pronostics pour le reste de l’année en cours laissent présager une continuité du recul de l’activité. Pour bien comprendre cette perte de confiance pour ne pas dire ce pessimisme, il suffit de se rendre compte que les dépenses d’investissement au titre du projet de loi de finances 2014 s’élèvent à 49,50 milliards de dirhams contre 58,9, 59,1 et 53,8 milliards respectivement en 2013, 2012 et 2010.
Une analyse plus détaillée de ces données chiffrées fait ressortir un ratio des dépenses d’investissement du budget général par rapport au PIB de 5,20% en 2014 au lieu de 6,63 et 7,04% en 2013 et 2010 respectivement. Un constat sans appel: le secteur public qui revendique la part de 44% du marché du N°0 JANVIER-FÉVRIER 2014 31 BTP en termes d’investissements reste sur un trend baissier entamé il y a plus de deux ans. Au même titre que le secteur privé qui n’a rien à lui envier. Cela tient en fait à la perte d’engouement dans l’investissement de cette activité qui représente plus de 28% du PIB.
L’analyse des chiffres de l’Agence marocaine de développement des Investissements (Amdi) pour le premier semestre 2013 fait ressortir que le secteur industriel a réussi à drainer 59% des flux des IDE damant le pion ainsi à son rival l’immobilier, avec 14%. Cette longueur d’avance, autrement dit revirement des tendances, a commencé à se faire observer déjà à partir de fin 2011. Toujours en termes de flux nets, l’immobilier avait essuyé une perte de sèche de 18% de ses investissements étrangers.
En 2011, les recettes d’IDE du secteur immobilier se sont chiffrées à 8,1 milliards
‘‘Le mauvais temps ne se prolonge pas sans fin, mais les pronostics des professionnels eux-mêmes en lien avec la conjoncture économique mondiale très difficile portent à croire une poursuite du marasme de l’activité.’’
de dirhams, soit 32% du total, contre 6,1 milliards pour l’industrie (24%). Sur la période 2007-2011, le secteur immobilier se situe à la 1re place (23,6%), en termes de recettes d’IDE suivi des télécommunications (17,3%) et de celui du tourisme (15,8%). À noter que ce dernier était en 2007 en tête avec des recettes de l’ordre de 12,4 milliards contre 7,5 milliards pour l’immobilier et 3,3 milliards pour l’industrie. Il faudrait souligner que l’attractivité du secteur BTP et les opportunités liées à son dynamisme remontent à plus d’une décennie.
En effet, l’analyse de la croissance du marché du BTP en termes d’investissements montre que les choses évoluent d’un jour à l’autre suivant une courbe exponentielle. Entre 1986 et 1995, le taux de croissance s’établissait à 4,8%. La décennie après (1996-2004), il a gagné en vitesse pour s’élever à 6,3%. Mieux encore, entre 2005 et 2009, les investissements dans le BTP ont enregistré une avancée spectaculaire de 7,9%. Quoi qu’il en soit, il reste le principal levier qui tire la Formation brute de capital de fixe(FBCF). Il en contribue d’ailleurs à hauteur de 51% depuis 2001, selon les chiffres officiels. La FBCF BTP avait culminé à 121 milliards de dirhams en 2010 contre 113,6 milliards en 2009 et 111,6millirads en 2008.
Au troisième trimestre 2013, elle aurait enregistré, une croissance de 1,9%, en glissement annuel. Le tassement de l’investissement doublé au ‘’durcissement des conditions fiscales’’ ont fait que la valeur ajoutée créée par l’ensemble du secteur BTP se serait contractée, au troisième trimestre 2013, de 1,9% sur une année, après avoir reculé de 4,6% et 5,9%, respectivement, durant les deux premiers trimestres, toujours selon le HCP. Entre 2002 et 2009, la valeur ajoutée du secteur a marqué un bond historique de 111,13%. Elle avait atteint 49,5 milliards de dirhams en 2011 contre 45,8 milliards en 2009. Sachant que de nombreuses dérogations continuent à marquer le dispositif fiscal dédié. Le dernier rapport sur les dépenses fiscales montre la prédominance des dérogations au profit des activités immobilières. Au nombre de 46 mesures, celles évaluées totalisent 6.075 MDHS en 2013.
Elles représentent 17,8 % des dépenses fiscales évaluées en 2013. Les dépenses fiscales se rapportant à l’exonération de tous impôts et taxes au profit des programmes de logements sociaux en cours, s’élèvent à 2.741 MDHS (45,1% du total des dépenses relatives aux activités immobilières), dont 1.401 MDHS pour la T.V.A, 856 MDHS pour les D.E (droits d’enregistrement), 469 MDHS pour l’I.S, et 15 MDHS pour l’I.R’’, note-t-on. En dépit de tous ces avantages fiscaux, le nombre d’unités mises en chantier resterait en dessous de sa croissance tendancielle, affichant une baisse annuelle très significative.
Ainsi, au terme du premier semestre 2013, ce nombre avait tombé à 150.911 unités contre 212.212 un an auparavant. Sur le seul volet des unités sociales et économiques, leur nombre a baissé à 135.368 unités au lieu de 192.899, soit une chute de 29,8% du nombre d’unités sociales. Il faudrait souligner aussi que ‘’les transactions effectuées sur le marché des biens immobiliers résidentiels ont subi une régression plus importante encore, confirmant ainsi le recul significatif de la demande adressée au secteur de l’immobilier national (-2%, en rythme annuel, contre -17,3% au trimestre précédent)’’, est-il souligné. La correction négative du marché résidentiel est à attribuer au repli remarquable des flux nets des crédits immobiliers.
Ces flux se sont contractés de près de 24,6%, au deuxième trimestre de 2013, en glissement annuel, après -13,7% un trimestre auparavant. À noter que l’encours des crédits immobiliers contribue à hauteur de 27% aux concours sur l’économie, soit la contribution la plus importante de tous les secteurs. À fin octobre, l’encours des crédits immobiliers avait totalisé 229,7 milliards de dirhams contre 829,1 pour les créances sur l’économie.
Le retrait des crédits bancaires s’explique par la fragilisation de l’investissement dans le secteur des logements neufs qui s’accapare à lui seul le gros lot du marché du BTP, soit 37%.
Enclenchée au début de l’année 2012, cette perte de confiance trouve son fondement dans l’effritement de l’action du FOGARIM (Fonds de garantie pour les revenus irréguliers et modestes). Chiffres à l’appui, le nombre
‘‘le secteur industriel a réussi à drainer 59% des flux des IDE damant le pion ainsi à son rival l’immobilier, avec 14%’’
des dossiers garantis dans ce cadre s’est replié de près de 11% à 838 prêts au lieu de 941 un an plutôt. Les derniers chiffres publiés par le ministère de l’Économie et des Finances font état d’une baisse des bénéficiaires de ce programme.
Ils étaient au nombre de 10.864 à fin octobre 2012 contre 10.344 un an après. Par ailleurs, l’épreuve difficile n’a pas épargné les cimentiers, après plus de deux décennies d’euphorie. ‘’Les ventes du ciment ont fléchi, au deuxième trimestre 2013, de 4%, en rythme annuel, après avoir baissé de 20,3% un trimestre auparavant, dans le sillage du fléchissement de l’indice de production des minéraux de carrière de 4,1% en glissement annuel, contre -5,5% au trimestre précédent’’, soulève le HCP. Pour rappel, la production du ciment est passée de près de 5 millions de tonnes en 1990 à plus de 16 millions de tonnes aujourd’hui.
Ce qui n’a pas manqué d’engendrer une vive concurrence. En effet, le taux de pénétration du marché du Ciment a grimpé de 11,7% en 2000 à près de 14% en 2011. Sur un marché en surcapacité, la question de l’internationalisation se pose. Et c’est l’Afrique qui semble être déjà le débouché. Autant dire que la mauvaise passe que traverse le secteur du BTP n’est pas ans incidences sur l’emploi dans le secteur. Les actifs permanents n’ont jamais été aussi nombreux dans cette activité, et ce, depuis 26 ans. Le secteur compte plus d’un million d’employés, avec une création nette d’emploi en moyenne annuelle de 30.000 à 50.000 postes, soit la tendance la plus notable.
Malheureusement, les temps ont changé. Aujourd’hui le secteur du BTP détruit plus d’emplois qu’il n’en crée. Entre le troisième trimestre de l’année 2012 et la même période de 2013, le secteur du BTP avait perdu 54.000 postes d’emploi (-5,6% du volume de l’emploi du secteur), enregistrant ainsi, la diminution la plus importante depuis qu’il a commencé à connaitre un essoufflement il y a deux ans, selon le HCP. Ajoutant que "durant cette Période, le secteur a connu, également, des pertes d’emplois considérables, conduisant à une baisse de 3,3% des actifs occupés dans tout le secteur, après une régression de 5,5% un trimestre auparavant".
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BTP adieu les années fastes?
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