23/07/2025
I left my heart in Zambia
C’est le nom d’un groupe WhatsApp créé à la fin de la première année de mon arrivée en Zambie. Les autres sont partis, j’y suis restée.
Aujourd’hui, après quatre ans, je suis chez moi, mais le chez moi n’est plus le même parce que j’ai changé. Les lieux nous transforment et se transforment en fonction de ce qu’ils représentent pour nous. Découverte majeure pour moi qui me suis expatriée pour la première fois il y a quatre ans.
Aujourd’hui, je suis à Beyrouth, et Lusaka me parait très lointain, comme s’il n’a jamais existé. Et pourtant, il l’a. J’ai atterri il y a une dizaine de jours et tout m’est nouveau, surtout les matins. Ici, j’entends quelques oiseaux chanter au loin, je ne les vois pas. Le manque, je dois me réconcilier avec ce manque d’un tout qui me manque. Je regarde autour de moi et je me demande ce qui m’est arrivé. Et je réalise que je ne suis pas la même personne.
Avant de quitter Lusaka, j’ai dû faire mes adieux. J’ai cru que deux mois suffiront. Je me rends compte ce matin que tout le temps du monde ne peut effacer cette tristesse qui me coupe le souffle à chaque fois que je revois le rituel matinal de Lusaka, la patience des Zambiens, la beauté du vert et la cordialité de mes voisins. Et les amis ? Ils sont beaux ! Rien à ajouter!
C’est un passage, je le sais. Une étape transitoire entre une arrivée et un départ. Difficile à vivre. Un déchirement. Un déracinement.
Le flat a été dépersonnalisé presque totalement. J’ai gardé une trace de mon passage pour les futurs locataires. Les menthes de Sœur Ester pousseront en novembre, le rosier de mon anniversaire portera des bourgeons jaunes, les aloe vera s’épanouiront et qui sait, peut-être des haricots trouveront leur voie aussi. C’est en Zambie que j’ai découvert que j’ai la main verte. C’est en Zambie que j’ai réussi à prolonger ma patience. C’est en Zambie que je suis née à nouveau.
Dès mon arrivée ici, je me suis mise à me réapproprier les lieux, je reprends l’arrangement de mon appartement pour qu’il soit à mon image. Avant, il ne l’était pas. C’est en Zambie que j’ai fait une maison pour la première fois de ma vie. Elle était mienne dans tous les détails. Et ce qui compte après tout, ce sont les détails, non ?
Donc, je désencombre les lieux. Le travail ne manque pas. Dans les moments difficiles, mon mécanisme de coping est celui d’arranger, de classer, de réparer les choses et de me débarrasser de tout ce qui n’a plus de valeur pour moi. Comme à Lusaka, ici aussi, il faut vider des tiroirs, ranger des placards, ne garder que le juste nécessaire. Je pense à ma mort et je me dis que les enfants ne doivent pas s’encombrer avec des affaires qui trainent et qu’ils auront autre chose à faire. Il vaudra mieux que l’appartement soit prêt pour après. En fait, je ne pense pas mourir prochainement, mais je suis des gens qui font des plans même pour leurs propres funérailles et une liste d’invités.
Donc, je désencombre les lieux. Les chambres ont été délaissées après le départ successif des filles. Elles ont d’autres maisons maintenant. C’est triste, mais c’est la vie. Les affaires de Tala et Sarah ont été classées, celles de Chaza en cours. Celles de Salem, c’est une autre histoire.
Il reste mes anciennes affaires : c’est fou les trucs qu’on garde. Nous sommes des collectionneurs d’objets auxquels nous nous attachons pour une raison qui nous paraissait valable mais si nous ne les déterrons pas, ils resteront après notre départ pour encombrer les lieux. Je n’en ai plus besoin. Plus besoin de mes escarpins de mariage par exemple.
Bientôt, je repars.
Ce sera un autre passage, je le sais. Une étape transitoire entre une arrivée et un départ. Difficile à vivre. Un déchirement. Un déracinement. Encore une fois.
Cette fois-ci, je ne porterai pas d’objets chéris pour personnaliser ma nouvelle demeure. J’en avais plein à Lusaka. Cette fois-ci, je m’efforcerai de garder en tête que là où je vais sera mon home et il n’a pas besoin d’une touche pour l’être.
Là, j’attaque les étagères de l’armoire et les découvertes fusent en souvenirs.