Pensées matinales

Pensées matinales

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Un commencement.....un début...... Un bouquet de pensées.... une chasse.....une course éperdue...

08/11/2025

Portrait n. 2,5 / 60

Dire à la Grande de parler à la Petite, de la rassurer, de la calmer, de la prendre dans ses bras, de lui répéter que ce n’était pas de sa faute, que le passé ne définit pas qui elle est aujourd’hui, de lui exprimer son empathie et lui montrer beaucoup d’amour. Facile à dire. On se moque de qui, là ?

La Grande regarde la Petite et pleure. Les deux pleurent. Ce n’est que des pleurs. Une cascade de larmes et surtout la Peur qui les tient fermement toutes deux. Comment la Grande réussirait-elle à rassurer la Petite si elle-même a peur ?
Aujourd’hui, ce n’est que des larmes. Sans un son, sans un bruit, ça coule.

- Essaye de ne pas être dure envers toi.

Possible ?

La Petite est au coin, recroquevillée, elle tremble comme une feuille. Dans ses yeux, on ne voit rien. A côté d’elle, se trouve son amie, Anx. Deux inséparables. La Grande a réussi à les éloigner pour qu’elles ne soient pas une, mais deux. Effort au quotidien. A la Sisyphe.

Mais la Grande n’a pas le temps de s’occuper de la Petite et elle la saoule. Elle a ses propres démons, des nouveaux. L’un d’eux s’appelle Truc, il est de 2,5 cm. Qu’elle lui foute le camp ! Qu’elle retourne au passé ! Qui l’a appelée ?
Mais la Grande se trompe, ne réalise pas que ce n’est jamais fini. La Petite restera là, à la regarder, tremblante, depuis son coin.

A qui se confier ? A qui dire qu’elles ont peur si ce n’est qu’à elles-mêmes ? Les deux le savent. Cette Peur ancestrale, qui les guette, qui ne lâche jamais prise, qui les attend au tourant, les unit dans l’attente. Que du beau ! Il faudra attendre encore et encore la sentence finale. Pas envie, vraiment.

Aujourd’hui, je fête mes soixante ans (en lettres et non en chiffres).

15/10/2025

C’est l’amour qui nous motive et donne sens à notre vie. Je ne parle pas de l’amour qui coupe le souffle. Je parle de celui qui est distribué gratuitement, celui d’un regard, d’un mot de reconnaissance, d’un geste anodin ou d’un moment magique qui fait fleurir le cœur, celui qui ressuscite l’estime de soi et nous fait sourire, comme si la vie nous accueille à nouveau au moment où nous sommes las de lutter.

Photos from Pensées matinales's post 04/10/2025

Le collier de jasmin

Quand j’étais encore toute petite, je passais beaucoup de temps chez ma grand-mère maternelle. Elle habitait dans petit appartement avec jardin, au un rez-de-chaussée,. Je ne me rappelle plus où était exactement l’emplacement du jasmin mais ce dont je me souviens était cette belle odeur qui embaumait nos soirées.

Ma grand-mère était une femme patiente et douce. C’est elle qui nous a appris, à Nana et à moi, comment faire un collier de jasmins.

Aujourd’hui, je me trouve à Sousse. Là, presque toutes les résidences en ont. Il y en a partout. Comme par hasard, un grand arbuste se trouve dans la ruelle où j’habite. Et le souvenir du collier est revenu d’un coup.

C’est un projet, ce collier. Les étapes de sa confection sont restées comme gravées dans ma mémoire. Cueillir seulement les bourgeons mûrs qui écloront au coucher du soleil, les cueillir une heure avant la tombée de la nuit, préparer une aiguille et un fil, enfiler les bourgeons un à un, nouer le collier, le mettre dans un papier trempé avec un peu d’eau et attendre le soir. Déplier le papier, porter le collier et passer une soirée embaumée de jasmin.

J’en ai fait plusieurs depuis que je suis arrivée ici. Le timing de la cueillette est crucial. Tout se joue maintenant. Ce maintenant est celui d’autrefois, de nous gamines. Et le souvenir de ma grand-mère flotte dans l’air quand les fleurs s’épanouissent.

Dans le temps, dans un temps lointain, de jeunes vendeurs se trouvaient aux croisements des rues et vendaient des colliers de jasmin. Ils ont disparu. Je sais pourquoi. Personne n’a plus ni la patience ni le temps pour en faire. Aussi, des jasmins, il n’y en a plus à Beyrouth. C’est une ville de béton et de fer. Elle a changé, et nous avons vieilli.

Ce qui restera, c’est un souvenir que nous partageons et la patience de faire les choses. Tout a besoin de patience. Leçon apprise il y a longtemps, quand j’enfilais les fleurs de mon premier collier de jasmins.

03/08/2025

Portrait n. 90

La scribe, S.

Pendant l’Antiquité, les scribes copiaient des textes, ils pratiquaient l’écriture à des fins administratives. Les scribes, ceux de l’Egypte ancienne, ceux des temps des Pharaons, étaient des fonctionnaires. La nôtre, elle n’a ni vécu dans les temps anciens, ni était Egyptienne pourtant elle était Africaine.

Elle était scribe et le nom est masculin mais puisqu’elle s’identifiait comme jeune femme, il est donc important de changer le genre du mot. D’ailleurs, il me parait bizarre que des mots classés masculins et appartenant aux temps révolus restent tels quels. Ce n’est qu’une idée.

Donc, au féminin, c’était une scribe.

Notre scribe prenait son temps en écrivant, comme ses prédécesseurs. Elle tenait la plume, plutôt le stylo, du bout de ses doigts comme un peintre tient son pinceau. Ses ongles bien vernies et longues dépassaient la plume et trois doigts réunis orchestraient ses gestes. Son rythme était lent aussi. Ne parlons pas de calligraphie. Je déchiffrais ses mots. Une tâche des plus pénible pour une prof.
Elle ne terminait jamais ses écrits à temps, elle en bouclait la fin, vu que manier le stylo à la façon d’une scribe n’est pas commode du tout. C’est lent, c’est lent et silencieux.

Cependant, elle avait d’autres dons qui faisaient de sorte à ce qu’elle garde son poste. Il fallait tenir bon encore deux ans avant d’aller à l’université. Elle jouait du théâtre devant la cour du Pharaon. Elle avait ce charme captivant qui ensorcelle l’audience, un charme naturel de dire l’indescriptible. La nuit du 22 juin 2025, elle jouait Duras et ces phrases résonnaient dans le théâtre de la vie : « Il y a une conduite instinctive qu’on peut essayer d’explorer, qu’on peut rendre au silence. Rendre au silence une conduite masculine est beaucoup plus difficile, beaucoup plus faux, parce que les hommes, ce n’est pas le silence. Dans les temps anciens, dans les temps reculés, depuis des millénaires, le silence, c’est les femmes. »

Son silence s’entendait. Le silence de son écriture lente s’entendait. Il disait tout. Il disait qu’elle irait loin, qu’elle n’était pas scribe par choix, et que dans deux ans elle serait ce dont elle rêvait.

29/07/2025

Portrait n.9

Ce portrait a pris beaucoup de temps afin de germer et de s’épanouir. Certains ne sont pas faciles à écrire. FYI, ici, "pas faciles à écrire" n'est pas le synonyme de "difficile".

Il y a des personnes dans la vie que l'on rencontre, et elles restent à jamais en nous. Ce sont de vrais amis. Malgré la distance qui peut nous sépare, elles sont toujours là ; il suffit de tendre la main, de les appeler, même après des années de silence, et elles répondront comme si nous étions ensemble hier.

C'est Leila. Elle est douce, compatissante, tendre, attentionnée et authentique, unique en son genre. J'ai beaucoup vu dans ma vie, mais je n’ai rencontré qu’une seule Leila. La sérénité qu'elle porte dépasse ma faculté de compréhension.

Je ne me souviens plus de l'année où elle est arrivée à l'école, il y a de cela des années-lumière. Nous étions jeunes mais nous nous croyions pas être des héros. Quand je repense à cette époque, je la vois, elle n'a jamais changé. Elle est un peu singulière, dans le bon sens bien sûr. Tout ce qu'elle a dû endurer était et est beaucoup. Elle n'en parlait pas, jamais, mais je le savais, je le ressentais. Néanmoins, son sourire reste le même. Elle a une calme qui m'irrite parfois, mais dans le bon sens. Je n'ai jamais compris comment elle peut être elle malgré tout ce qui se passait autour d'elle. Elle possède une sorte de foi que j'envie.

J'ai quitté le pays, mais elle est toujours avec moi. A chaque fois que je plie un sac en plastique, à chaque fois que j'apprends à quelqu'un à le faire, je souris en pensant à elle. À chaque fois. Et j’en ai appris à beaucoup en racontant Leila.
Les personnes comme elle sont rares. J'ai eu de la chance que nos chemins se soient croisés. Et son sourire me manque énormément!

23/07/2025

I left my heart in Zambia

C’est le nom d’un groupe WhatsApp créé à la fin de la première année de mon arrivée en Zambie. Les autres sont partis, j’y suis restée.

Aujourd’hui, après quatre ans, je suis chez moi, mais le chez moi n’est plus le même parce que j’ai changé. Les lieux nous transforment et se transforment en fonction de ce qu’ils représentent pour nous. Découverte majeure pour moi qui me suis expatriée pour la première fois il y a quatre ans.

Aujourd’hui, je suis à Beyrouth, et Lusaka me parait très lointain, comme s’il n’a jamais existé. Et pourtant, il l’a. J’ai atterri il y a une dizaine de jours et tout m’est nouveau, surtout les matins. Ici, j’entends quelques oiseaux chanter au loin, je ne les vois pas. Le manque, je dois me réconcilier avec ce manque d’un tout qui me manque. Je regarde autour de moi et je me demande ce qui m’est arrivé. Et je réalise que je ne suis pas la même personne.

Avant de quitter Lusaka, j’ai dû faire mes adieux. J’ai cru que deux mois suffiront. Je me rends compte ce matin que tout le temps du monde ne peut effacer cette tristesse qui me coupe le souffle à chaque fois que je revois le rituel matinal de Lusaka, la patience des Zambiens, la beauté du vert et la cordialité de mes voisins. Et les amis ? Ils sont beaux ! Rien à ajouter!

C’est un passage, je le sais. Une étape transitoire entre une arrivée et un départ. Difficile à vivre. Un déchirement. Un déracinement.

Le flat a été dépersonnalisé presque totalement. J’ai gardé une trace de mon passage pour les futurs locataires. Les menthes de Sœur Ester pousseront en novembre, le rosier de mon anniversaire portera des bourgeons jaunes, les aloe vera s’épanouiront et qui sait, peut-être des haricots trouveront leur voie aussi. C’est en Zambie que j’ai découvert que j’ai la main verte. C’est en Zambie que j’ai réussi à prolonger ma patience. C’est en Zambie que je suis née à nouveau.

Dès mon arrivée ici, je me suis mise à me réapproprier les lieux, je reprends l’arrangement de mon appartement pour qu’il soit à mon image. Avant, il ne l’était pas. C’est en Zambie que j’ai fait une maison pour la première fois de ma vie. Elle était mienne dans tous les détails. Et ce qui compte après tout, ce sont les détails, non ?

Donc, je désencombre les lieux. Le travail ne manque pas. Dans les moments difficiles, mon mécanisme de coping est celui d’arranger, de classer, de réparer les choses et de me débarrasser de tout ce qui n’a plus de valeur pour moi. Comme à Lusaka, ici aussi, il faut vider des tiroirs, ranger des placards, ne garder que le juste nécessaire. Je pense à ma mort et je me dis que les enfants ne doivent pas s’encombrer avec des affaires qui trainent et qu’ils auront autre chose à faire. Il vaudra mieux que l’appartement soit prêt pour après. En fait, je ne pense pas mourir prochainement, mais je suis des gens qui font des plans même pour leurs propres funérailles et une liste d’invités.

Donc, je désencombre les lieux. Les chambres ont été délaissées après le départ successif des filles. Elles ont d’autres maisons maintenant. C’est triste, mais c’est la vie. Les affaires de Tala et Sarah ont été classées, celles de Chaza en cours. Celles de Salem, c’est une autre histoire.

Il reste mes anciennes affaires : c’est fou les trucs qu’on garde. Nous sommes des collectionneurs d’objets auxquels nous nous attachons pour une raison qui nous paraissait valable mais si nous ne les déterrons pas, ils resteront après notre départ pour encombrer les lieux. Je n’en ai plus besoin. Plus besoin de mes escarpins de mariage par exemple.

Bientôt, je repars.

Ce sera un autre passage, je le sais. Une étape transitoire entre une arrivée et un départ. Difficile à vivre. Un déchirement. Un déracinement. Encore une fois.

Cette fois-ci, je ne porterai pas d’objets chéris pour personnaliser ma nouvelle demeure. J’en avais plein à Lusaka. Cette fois-ci, je m’efforcerai de garder en tête que là où je vais sera mon home et il n’a pas besoin d’une touche pour l’être.

Là, j’attaque les étagères de l’armoire et les découvertes fusent en souvenirs.

24/11/2024

ALia est venue ce matin. Il était cinq heures du matin.
Elle souriait. Quelque chose en elle a changé. Mais son sourire est le même.
Elle tenait la main de Fadi. Lui, il me regardait.
Les lumières du jour s’estompaient. La vie remuait dehors. Mais aucun bruit humain ne dérangeait le lever du jour.
Accompagnée du silence, Alia souriait.
Elle n’a rien dit. Mais j’ai tout compris.
Noël, cette année, c’est différent.

Photos from Pensées matinales's post 16/08/2024

Ces derniers jours, je ne cesse de penser à toi, Ayoni. Dernière rencontre, il y a un an…
Et c’est tout.
Qui aurait dit que tu quitteras si tôt?
Qui aurait dit que tu mourras toute seule dans la douleur et la solitude?

Je suis abattue, je le suis depuis ton départ. La mort me vainc encore une fois!

Je parle de toi. Je dis ce que tu étais. Je le continuerai. C’est l’été, c’est la rencontre, mais tu n’y es plus…
Tu as fini par me dire: « Je t’aime aussi. » À chaque fois que je me le rappelle, je souris. Ça nous a pris des années pour arriver là…

Le dernier verre reporté n’a pas eu lieu. Le voyage à Jaffna aussi. Je ne sais plus ce que je ferai quand j’irai à Kandy.

Tu me manques, Ayoni.
Terriblement!

26/05/2024

"Il est des douleurs qui ne pleurent qu'à l'intérieur."

Il est des douleurs qu'on ne peut partager.
La douleur de l'humiliation en est une.
On la garde pour soi.
Elle est invisible, cette plaie.
On ne dit rien.
On se dit que tout ira bien.
En effet, tout ira bien sauf la séquelle et la rancune.
On est tous des êtres humains, après tout. Ou peut-être pas.

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19/05/2024

I am writing again. I thought I lost this ability but it seems that it was a phase. Draining one.
Now, I am discovering that there is a lot to say and writing is my way to see the world. Words will always be my favorite tool.
Again and again.

11/05/2024

Since you’re gone

12th of May 2018 about 00:15

You is you, beloved ones or beloved one. English is a strange language, at least for me. “You” is singular or plural. A discovery for a francophone who is writing for the first time in her life a paper in English.
“You” is a bunch of people. I choose “bunch” expressly. You are many now, and I can’t keep differentiating the pain. It’s the same pain. So, you are all together in it. And I’m getting old to keep up with dates and death’s celebration. Do we celebrate death?
You are many. But your faces and voices are within me. Forgive me for not mentioning your names. You are here within me, a part of me and that’s enough, I think. You know that I will carry you until we meet back again.
You are many now, many who left. I have separation issues, you know. I had to deal with it since I was very young. Shadows that surge in a certain moment of life. They leave and don’t come back. Separation issues. I hate goodbyes. Some are forced. These ones are the most difficult to endure.
Nevertheless, how to deal with death is momentary. How to deal with grief is another level of lowliness and pain. The grief hits us when we aren’t expecting it. At some moments when we are surrounded by people or when we are alone. Sometimes, it’s just a word, a single word, that can release tons of souvenirs that drawn us and we suffocate while still smiling. Then life continues until we get hit again.
This morning, I felt an urge to go on my WhatsApp’s archives and listen to Fadi’s voice notes. It has been almost 5 years since he died. The word “dead” is difficult to write. Euphemisms are made for such situations. But he is dead, he didn’t go anywhere. And I am typing and crying. Greif is such crap.
Fadi’s voice, some bitterness in his tone, his jokes, revealed to me another truth. He was lonely so lonely and hurted. My little brother was lonely even when he died, alone, in the ER. We had our differences and struggles. We weren’t close enough. I was the eldest, the rude one. He was a boy who grew up to be a man. We didn’t cry. We weren’t allowed to. Nobody taught us that we can cry. Today, the only solace is that I told him that I am sorry for the past and that I love him. I did that and today I am relieved as I said it.
Fadi’s chase ended at about midnight. I was in Tripoli for a seminar. Nana was with me, and as always, like it was meant to be, we faced it together, like when we were young. We had dinner with Nathalie and Fady, then it was time to go to bed. A little bit after midnight, I heard Nana talking on the phone, then she woke me up. We took Nathalie’s car, it was raining like hell. The road, the non ending road, the fear, that kind of fear that eats you inside, the gas station, the heavy rain, Nana behind the wheel, all the hope and despair at the same time…
My little brother suffered before he died. I can imagine his loneliness and I can feel his fear. We couldn’t say goodbye; he slept alone in the morgue. His chase of life ended early.

Some wounds won’t heal whatever we do. They leave scars. And we wait until a word is released, or a bit of a song, or a joke, or a smell, for the wound to reopen. Meanwhile, we live, we breathe, we carry it. And tomorrow is another day.

06/05/2024

Tentative d’écriture

"Je me suis dit que peut-être tu m’aimeras si j’étais une personne fictive, si je t’écris dans ton monde, si je t’accompagne de temps à autre. J’étais tellement désespérée… Mendier des mots… Les mots chéris qui jaillissent et m’enlacent dans ma solitude…
Je me suis dit que peut-être je serais ton rêve, et je m’en contenterais… Fiction en pleine réalité.
Dernière tentative.
Il faut tout lâcher. L’amour ne suffit pas, même celui des romans. Le silence se tait, il n’y a plus rien à dire sauf, peut-être, écrire un roman sur la solitude des femmes et celle des hommes."

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