Communiqué commun d’anciens présidents et activistes de l’USJ :
Concernant la décision du Conseil de l’Université d’annuler les élections des Amicales estudiantines, nous tenons à exprimer notre mécontentement et notre déception face à cette mesure en énonçant les points suivants :
1. Cette décision de suspendre les élections estudiantines prive les étudiants de leur droit de s’exprimer et de l
eur droit à être représenté. Ce droit de vote est la pierre angulaire de la démocratie dans nos campus depuis 1999, date à laquelle les efforts des étudiants et plus précisément des étudiants de la Faculté de Droit et des Sciences Politiques, ont permis le rétablissement des élections estudiantines après la guerre.
2. Le citoyen se retrouve depuis quelques années privé de sa liberté la plus fondamentale dans toute société démocratique : le droit de voter et de choisir ses représentants.
3. Dans ce contexte national et régional qui suscite l’incompréhension et l’indignation d’une grande majorité de la population, l’Université Saint Joseph est censée représenter une lueur timide de civilisation dans notre pays autrefois décrit comme étant un “message pour l’Humanité”. Ce foyer de jeunesse, cette école des générations à venir a depuis toujours voulu redonner à ses étudiants la foi en leur terre, en la Loi, et surtout, en un avenir plus paisible, plus juste, plus vivable.
4. Concernant les tensions au sein des campus, il convient de rapporter deux faits majeurs :
a) D’une part, les élections des Amicales ne sont pas une source de tensions au sein des campus. C’est une réponse démocratique à la haine et aux violences qui sévissent dans certaines régions du pays et parfois même dans les rues de Beyrouth. C’est habituer la jeunesse à accepter ses différences et à s’exprimer et se manifester dans les urnes au lieu de la condamner au silence ou pire à la violence. La solution devrait donc être d’encourager le dialogue et le débat organisé, autour de sujets, même politiques, au sein de l’Université, lors des élections et tout au long de l’année universitaire. Cette tâche de laquelle l’Université s’est désistée depuis plusieurs années, entrainant ainsi une frustration grandissante dans les rangs estudiantins, frustration qui s’est manifestée à travers les problèmes survenus sur les campus de l’Université. b) D’autre part, les fauteurs de trouble et d’agitation, les instigateurs de discorde et de dispute ne peuvent rester impunis et des sanctions adéquates et sévères doivent être prises à leur encontre. Il peut s’agir d’une suspension temporaire ou même définitive à travers une procédure de saisines plus rapide et plus stricte des conseils de discipline compétents. C’est cette impunité qui représente le facteur principal du renouvellement des tensions entre étudiants. Annuler les élections estudiantines, serait donc ignorer le fond du problème sans y amener une solution.
5. Nous tenons à exprimer notre surprise du fait qu’aucune causerie-débat ou table ronde n’ait été organisée afin de prendre l’avis de tous les étudiants sur la question avant de prendre une telle décision ; les étudiants étant les premiers concernés par cette décision. En conclusion, nous avons besoin aujourd’hui plus que jamais, de laisser cette jeunesse s’exprimer, à travers cette association d’élus démocratiquement que l’on appelle l’Amicale. L’étudiant a ce rôle primordial à jouer qu’est celui de lutter. Lutter contre ces querelles de clocher si communes au Liban. Lutter pour faire triompher le civisme. Lutter pour promouvoir la solidarité nationale et la démocratie. Son rôle est également de dialoguer afin de mieux penser et mieux agir. Ce rôle devient de plus en plus essentiel dans ce contexte ou l’intelligence et le savoir se font rares. Sa tâche est surtout d’être actif. Car sa passivité mènera irrémédiablement ce pays à la ruine. Cette inertie, ce fait d’accepter ce chaos, impuissants, ne fera de cette jeunesse qu’une proie parmi tant d’autres aux mains de cette oligarchie belliqueuse qui nous gouverne et nous brime. L’Université constitue, en ce sens, un bastion, un front de résistance, protégeant ses étudiants contre cette gangrène politicienne. Interdire aux étudiants de s’exprimer, de débattre et ainsi, de penser, revient en quelque sorte, à les abandonner à l’inculture, ce qui les poussera inévitablement, à poursuivre l’action politicienne inhumaine qui nous dirige. Nous demandons aux instances concernées de revenir sur la décision d’annuler les élections des Amicales estudiantines, dans laquelle nous ne voyons qu’une aggravation du problème. Nous appelons tous les étudiants et anciens à se joindre à notre pourvoi. Les signataires :
Sophie Maalouf, Khattar Torbey, Marc Macary, Nabil Abou Charaf, Albert Costanian, Michel Hajji Georgiou, Julien Courson, Jad Doumith, Amine Assouad, Elie Klimos, Fred Khair, Wassim Jabre, Marwan Maalouf, Roger Gaspard, Maroun el Hachem, Bachir Sayegh, Anis Nasr, Julien Cordahi, Sandra Noujaim, Elie Boustany, Karl Khoury, Anthony Feghali