30/06/2026
Torei, le salut au katana
La vidéo montre le tōrei formel de l’Aikiishinryu.
Dans notre école, il existe deux formes de tōrei : une forme simplifiée, effectuée debout, et une forme formelle, effectuée en position assise, que l’on peut considérer comme une forme plus ancienne.
Lorsqu’une personne entre dans notre école et commence l’étude de l’iaijutsu, le tōrei fait partie des premières choses qu’elle apprend.
Le mot tōrei signifie littéralement « salut au sabre ».
On l’accomplit avant et après la pratique de l’iaijutsu ou du kenjutsu. Cependant, il ne s’agit pas simplement de « s’incliner devant un sabre » comme d’une formalité extérieure.
Chaque geste du tōrei a un sens.
Où place-t-on le sabre ?
Avec quelle main le manipule-t-on ?
Dans quelle direction l’oriente-t-on ?
Dans quel état d’esprit commence-t-on la pratique, et dans quel état d’esprit la termine-t-on ?
Tout cela n’est pas une simple suite de gestes.
Par exemple, dans le tōrei formel, avant de porter le sabre à la ceinture, on le place devant soi. Ce geste ne consiste pas simplement à poser le sabre au sol.
Le sabre forme une limite entre son propre espace et l’espace vers lequel on va se tourner : le partenaire, le lieu de pratique, et un espace que l’on considère avec respect.
Cette idée peut aussi rappeler certains aspects de la cérémonie du thé.
Dans la cérémonie du thé, on explique parfois que le fait de poser l’éventail devant soi établit une sorte de frontière entre soi et l’autre, ce que l’on appelle parfois kekkai, une limite symbolique.
Il ne s’agit pas d’une frontière pour rejeter l’autre.
C’est une limite qui permet de créer une juste distance, une séparation respectueuse entre soi et l’autre.
Dans d’autres arts traditionnels japonais, comme le nô ou la danse japonaise, l’éventail n’est pas non plus un simple accessoire. Il peut servir à marquer un espace, à transformer l’attention, ou à modifier la relation au lieu.
Bien sûr, la cérémonie du thé, les arts de la scène et les arts martiaux ne sont pas la même chose. Mais le fait de placer devant soi un objet important, puis de prendre conscience de ce qui se trouve au-delà de cet objet — l’autre, le lieu, la situation — me semble relever d’une sensibilité commune à la culture japonaise.
Dans le tōrei, placer le sabre devant soi n’est donc pas une simple préparation matérielle. Ce geste contient la conscience de ce que l’on va faire : manipuler un sabre, entrer dans un espace de pratique, et mettre de l’ordre en soi-même.
Pour comprendre le tōrei, il faut aussi connaître un peu la place du sabre dans la culture japonaise.
Au Japon, on dit souvent que « le sabre est l’âme du samouraï ».
Bien sûr, dans la réalité du combat, le sabre n’a pas toujours été l’arme principale. Selon les époques et les situations, l’arc, la lance, la naginata ou encore les armes à feu ont joué des rôles très importants.
Si l’on parle uniquement d’efficacité sur le champ de bataille, il ne serait donc pas exact de considérer le sabre comme la seule arme importante.
Cependant, le sabre a pris une signification particulière comme symbole du guerrier.
Il n’était pas seulement une arme. Il pouvait représenter un statut, une responsabilité, une détermination, et aussi une certaine dimension spirituelle.
Le sabre japonais est également lié à une sensibilité que l’on retrouve dans le shintō.
Le fait que certains forgerons portent des vêtements blancs n’est pas seulement une question de tenue de travail. Le blanc exprime aussi une idée de pureté et de respect envers ce qui est accompli.
Dans l’ancienne sensibilité japonaise, le sacré ne se trouve pas seulement dans les sanctuaires ou les lieux religieux. Il peut aussi se manifester dans la nature, dans les objets, et dans les choses du quotidien.
On dit qu’un grain de riz lui-même peut contenir une présence divine.
C’est pourquoi il ne faut pas le traiter avec négligence.
On remercie aussi les outils.
On prend soin de ce que l’on utilise.
Bien sûr, tous les Japonais d’aujourd’hui ne vivent pas constamment avec cette conscience. Mais dans les traditions japonaises et dans les arts martiaux, cette manière de sentir les choses demeure encore présente.
Le salut au sabre n’est pas étranger à cette sensibilité.
Un sabre n’est pas une simple barre de métal.
Il ne doit pas non plus être regardé uniquement comme une arme destinée à couper ou à blesser.
Pour qu’un sabre existe, de nombreuses personnes interviennent.
Il y a le forgeron qui forge la lame.
Il y a le polisseur qui révèle la lame.
Il y a les artisans qui réalisent la poignée.
Il y a ceux qui effectuent le tsukamaki, le tressage de la poignée.
Il y a l’artisan qui fabrique le fourreau.
Il y a ceux qui créent la garde et les différentes pièces métalliques.
Derrière un seul sabre, il y a la technique, le temps, l’expérience et l’intention de nombreuses personnes.
C’est pourquoi on ne doit pas traiter le sabre avec négligence. On ne doit pas le considérer seulement comme une arme. Il faut aussi respecter les personnes, la culture, les techniques et l’histoire qui existent derrière lui.
Alors pourquoi accomplit-on le tōrei dans la pratique des arts martiaux ?
À mon sens, il y a trois grandes raisons.
La première est d’apaiser son esprit.
À l’origine, le sabre est un outil conçu pour couper, blesser et ôter la vie. Même lorsqu’il est utilisé dans le cadre de la pratique, tenir un sabre comporte toujours un danger.
C’est pourquoi il est nécessaire de calmer son esprit avant de le prendre en main.
On ne doit pas manipuler un sabre avec de la distraction, de la précipitation, de la colère ou de l’orgueil.
Le tōrei est aussi un temps pour se préparer intérieurement avant l’entraînement.
La deuxième raison est la gratitude.
Avoir un lieu où pratiquer.
Avoir un professeur qui transmet.
Avoir des partenaires avec qui s’entraîner.
Avoir quelqu’un qui accepte de recevoir la technique.
Avoir des anciens qui ont transmis cet art.
Avoir des artisans qui ont fabriqué les sabres et les outils que nous utilisons.
Rien de tout cela ne va de soi.
Le tōrei est donc un salut au sabre lui-même, mais aussi une forme de gratitude envers la possibilité même de pratiquer.
La troisième raison est le souhait de ne pas se blesser et de ne pas blesser les autres.
La pratique martiale contient toujours un danger. En particulier lorsqu’il s’agit du sabre, même si l’on ne fait que reproduire une forme, une seule erreur peut provoquer une blessure grave.
C’est pourquoi, avant la pratique, on formule intérieurement le souhait que l’entraînement se termine sans blessure.
Et après la pratique, on remercie pour le fait d’avoir pu terminer sans accident.
À mon sens, c’est un état d’esprit très important pour toute personne qui pratique un art martial.
Dans l’Aikiishinryu, il existe donc un tōrei simplifié et un tōrei formel.
La forme simplifiée est une forme adaptée aux circonstances. La forme formelle suit une manière plus ancienne et plus complète. Cela ne veut pas dire que l’une est importante et que l’autre ne l’est pas.
Selon le lieu, le temps disponible ou la situation, il est naturel d’utiliser la forme simplifiée.
Cependant, dans le tōrei formel, on voit très clairement comment notre école considère le sabre, comment elle pense le commencement de la pratique, et avec quel état d’esprit elle demande d’aborder l’art martial.
Il est facile d’imiter seulement la forme extérieure.
Mais comprendre peu à peu le sens qui se trouve derrière les gestes, ainsi que le contexte culturel qui les accompagne, fait aussi partie de l’étude des arts martiaux.
Le tōrei est le commencement de la pratique, mais c’est aussi un moment important pour remettre de l’ordre en soi-même.
Saluer le sabre ne signifie pas seulement saluer un objet.
C’est aussi faire face aux artisans qui l’ont créé, aux anciens qui ont transmis les techniques, au lieu de pratique, aux partenaires avec qui l’on apprend, et à son propre esprit au moment où l’on s’apprête à manipuler le sabre.
La vidéo a été filmée en 2019 au dojo de Suzuki-sensei.
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Aikiishinryu est une école qui s’inscrit dans la lignée de la Takeda-ryū et de la Takeda-ryū Nakamura-ha.
Elle a été fondée par Suzuki Yoshinaka-sensei, qui a longuement étudié la Takeda-ryū Nakamura-ha et y a occupé le rang de Jōden Shihan, avant de quitter cette position et de fonder sa propre école.
Le dōjō principal se trouve à Kotake-Mukaihara, à Tokyo.
On y pratique l’Aiki no Jutsu, l’Iaijutsu, le Jōjutsu, le Jūjutsu Kenpō, le Shurikenjutsu et le Sōfujutsu.
Le Sōfujutsu est un art martial utilisant un bâton en bois d’environ un shaku et demi. Il a été structuré par Suzuki Yoshinaka-sensei en intégrant les qualités du Tanbōjutsu et du Shugijutsu de la Takeda-ryū Nakamura-ha.
Le nom de l'école, « Aiki ishinryu » (相氣一進流), reflète explicitement cette philosophie. Il associe le terme d'« Aiki » (相氣), la logique et le principe fondamental hérités de la Takeda-ryū, à l'expression « ishin » (一進), qui signifie « faire un pas en avant » et « évoluer ». Cela exprime la volonté de l'école de chérir et de respecter profondément les principes anciens (riai), tout en s'engageant à progresser d'un pas pour faire évoluer l'art vers l'avenir.
Je m’appelle Yuya Kayama et je suis élève de cette école.
Je suis entré au dōjō de Suzuki-sensei en 2016, et je poursuis l’entraînement depuis cette date.
Je vis actuellement à Nice, en France.
Si vous êtes dans la région de Nice et que vous vous intéressez sérieusement aux arts martiaux japonais, à leur transmission, à leur culture et à leur logique interne, ce serait un plaisir d’échanger avec vous.
N’hésitez pas à me contacter.
Kayama