מרכז סמלים

מרכז סמלים

Share

סמלים - הינו מרכז המשלב לימודים וקורסים כגון:קורס בהבנת שפת-הגוף,קורס קריאת תווי פנים ותקשורת לא מילולית

מרכז להשכלה,ליעוץ ולטיפול פרטי ותעסוקתי.
המרכז קיים קרוב ל-20 שנה,ובמהלך תקופת הזמן הארוכה הזאת משפיע על חייהם ומלווה אנשים רבים ומגוונים.​
במרכז פועלים מומחים וקורסים בתחומי התקשורת הלא מילולית,התקשורת הבינאישית, קריאת שפת גוף, קריאת תווי פנים,פענוח הסמלים בחיי היומיום ובחלומות , יעוץ אישי, יעוץ תעסוקתי ובריאות הנפש.
בעזרת מומחים וקורסים אלו תוכלו לשפר משמעותית יכולות חברתיות ,עסקיות,תקשורתיות ו

11/06/2026

Korah 5786
Raphaël Rosner
Dathan et Abiram : De l'opposition éternelle à la révolte dans le désert
Dans la parachat de Korach, la Torah nous relate la tentative de Moïse d'apaiser Dathan et Abiram, les complices de Korach dans sa rébellion, comme il est dit :
"Moïse envoya appeler Dathan et Abiram, fils d'Éliab, mais ils dirent : 'Nous ne monterons pas !'" (Nombres 16:12)
Cet échange marque le refus catégorique de tout dialogue. En répondant par cette formule laconique, Dathan et Abiram ne rejettent pas seulement l'invitation physique de Moïse à se réunir pour faire la paix, ils contestent ouvertement sa légitimité et son autorité spirituelle. Ce refus de "monter" symbolise leur rejet de l'élévation spirituelle que Moïse tente de leur offrir.
Le Midrash réagit fermement à cette insolence :
"Moïse envoya appeler Dathan et Abiram. Eux aussi persistèrent dans leur méchanceté et ne daignèrent pas lui répondre. 'Nous ne monterons pas' : leur propre bouche a fait trébucher ces impies, car une alliance est scellée avec les lèvres ; ils moururent et descendirent dans les profondeurs de l'abîme (le Sheol) après y être descendus vivants." (Midrash Rabbah, Korach 18:10)
Le Midrash met en lumière le concept spirituel de la "force de la parole" (Brit kroutah la-sfatayim). En prononçant les mots "nous ne monterons pas", Dathan et Abiram ont scellé leur propre destin par une prophétie autoréalisatrice. Puisqu'ils ont refusé de s'élever, la justice divine les a fait s'enfoncer. Leur châtiment — être engloutis vivants par la terre — est la conséquence directe de leur incapacité verbale à s'élever vers la paix, les condamnant à la descente ultime vers le Sheol.
Moïse tenait pourtant profondément à apaiser la colère de Dathan et Abiram, bien qu'ils fussent des figures majeures de la fronde de Korach, ainsi que le présente le texte :
"Et Korach, fils de Jitsehar, fils de Kehath, fils de Lévi, prit [l'initiative], avec Dathan et Abiram, fils d'Éliab, et On, fils de Peleth, descendants de Ruben." (Nombres 16:1)
Ce verset dresse la liste des conspirateurs en associant des membres de tribus différentes. Si Korach est issu de la prestigieuse tribu de Lévi, Dathan, Abiram et On appartiennent à la tribu de Ruben. Le texte montre que la révolte n'est pas homogène : elle unit des revendications spirituelles (celles des Lévites) à des revendications politiques et territoriales (celles des Rubenites).
Pourtant, comme le souligne le Midrash en écrivant qu'"ils persistèrent dans leur méchanceté", ils refusèrent tout compromis. Dathan et Abiram n'étaient pas des dissidents de seconde zone, mais bien des personnalités influentes au sein du peuple d'Israël, comme en témoigne ce verset :
"Dathan et Abiram, les convoqués de l'assemblée..." (Nombres 26:9)
L'expression Krei Ha'Edah (les convoqués ou les notables de l'assemblée) prouve que Dathan et Abiram jouissaient d'un statut social et politique très élevé. Ils faisaient partie de l'élite dirigeante, ce qui conférait à leur rébellion un poids politique immense. Leur révolte n'était pas un simple mécontentement populaire, mais un véritable coup d'État orchestré par des leaders respectés.
Dans son commentaire sur le livre des Nombres, Rabbi Abraham Ibn Ezra explique le mobile profond de leur discorde : ils ne convoitaient pas le statut sacerdotal de Korach au sein de la tribu de Lévi. En réalité, comme le droit d'aînesse avait été retiré à leur ancêtre Ruben pour être attribué à Joseph, ils soupçonnaient Moïse de favoritisme et de népotisme pour avoir élevé Josué, issu de la tribu d'Ephraïm (descendant de Joseph).
Dathan et Abiram sont des personnages clés du récit biblique de l'Exode et de la traversée du désert. Dans la tradition juive, ils incarnent "l'opposition" systématique et éternelle à Moïse. Bien que le livre des Nombres les présente comme les fils d'Éliab de la tribu de Ruben, les Sages d'Israël (Haza"l) affirment qu'ils ont harcelé Moïse dès ses premiers pas en tant qu'hébreu en Égypte :
"'Il sortit le second jour, et voici, deux hommes hébreux se querellaient (nitsim)' (Exode 2:13) ; ce sont Dathan et Abiram. Il les appela 'querelleurs' en référence à leur fin, car ce sont eux-mêmes qui prononcèrent ces paroles." (Midrash Rabbah, Nombres 1:29)
Le Midrash identifie de manière rétroactive les deux Hébreux qui se disputaient à l'époque où Moïse était encore prince en Égypte. Le terme Nitsim (querelleurs) n'est pas un simple adjectif temporel : c'est une indication sur leur essence même. Dès le départ, avant même la sortie d'Égypte, ils incarnaient la discorde interne et l'opposition à toute forme de sauvetage ou de leadership moral.
Plus loin, le Midrash poursuit cette identification historique :
"'Va, retourne en Égypte...' Quand Moïse revint de Madian et Aaron d'Égypte, les officiers d'Israël les rencontrèrent à leur sortie de chez Pharaon... Que signifie 'debout' (nitsavim) ? Nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : Dathan et Abiram étaient avec eux, car il est écrit à leur sujet : 'Dathan et Abiram sortirent, debout...' (Nombres 16:27). Ils se mirent à outrager et insulter Moïse et Aaron." (Midrash Rabbah, Exode 5:20)
Le Midrash tisse un lien linguistique subtil entre le mot Nitsavim (debout/postés) utilisé lors de la révolte de Korach et celui utilisé en Égypte. Cette connexion textuelle montre la constance de leur attitude insolente. À chaque moment de transition crucial, ils se tenaient "debout", non pas pour soutenir le peuple, mais pour s'opposer fièrement à Moïse et Aaron, les accusant d'aggraver les souffrances du peuple face à Pharaon.
Le Midrash va jusqu'à faire d'eux les dénonciateurs qui ont forcé Moïse à fuir l'Égypte :
"'Pharaon apprit la chose' (Exode 2:15) : ce sont Dathan et Abiram qui se levèrent et le dénoncèrent. Et Pharaon chercha à faire mourir Moïse." (Exode Rabbah 5:31)
Cette citation désigne explicitement Dathan et Abiram comme des traîtres à leur propre peuple. En dénonçant Moïse à Pharaon après qu'il eut défendu un esclave hébreu en tuant un contremaître égyptien, ils se sont faits les complices du pouvoir oppresseur, privilégiant leur rancœur personnelle au détriment de la survie de leur futur libérateur.
Selon la tradition rabbinique, ils furent également à l'origine des plaintes lors de la sortie d'Égypte, désobéirent aux consignes de Moïse concernant la manne et participèrent activement à la faute des Explorateurs. Le Midrash résume la vision globale des Sages sur ces deux personnages dans le traité Tanna Debei Eliyahu (une œuvre rédigée à l'époque talmudique ou post-talmudique, vers le IXe ou Xe siècle) :
"Tu dis concernant les impies, comme les méchants Dathan et Abiram, que chacun d'eux avait l'intention de semer la discorde avec ses compagnons, abritant cent pensées de rapine, cent pensées d'impureté et cent pensées de sang, comme il est dit : 'Celui qui se sépare ne cherche que son désir...' (Proverbes 18:1). Car ils colportent la médisance (Lashon Hara) sur terre, et celle-ci monte jusqu'au Trône de Gloire, comme il est dit : 'Ils dirigent leur bouche vers le ciel, et leur langue se promène sur la terre' (Psaumes 73:9). Pourquoi ? Parce qu'ils s'en souviennent et la transgressent." (Tanna Debei Eliyahu Rabba 18)
Ce texte banni toute idée d'une révolte purement politique ou idéologique. Dathan et Abiram y sont dépeints comme des archétypes de la corruption morale globale. Leurs transgressions (vol, débauche, violence) découlent d'un défaut intérieur profond : le désir égoïste de division. Leur médisance constante (Lashon Hara) ne détruit pas seulement les relations humaines sur terre, elle constitue une rébellion cosmique qui offense directement la Présence Divine ("le Trône de Gloire").
Le Midrash conclut de manière drastique à leur sujet :
"Les 'hommes' mentionnés ici sont Dathan et Abiram. De là, nos Sages ont dit : • Attribue aux impies tout le mal dont tu les crois capables. "

'" (Tanna Debei Eliyahu)
Cette directive montre que pour les Sages, Dathan et Abiram sont devenus les symboles absolus de la malveillance. Chaque fois que le texte biblique mentionne des fauteurs de troubles anonymes dans le désert, la tradition invite à y lire la présence de Dathan et Abiram. Ils concentrent en eux toutes les facettes de l'opposition destructrice.
Pourtant, il est fascinant de constater que certains commentateurs ont cherché à nuancer ce portrait et à leur trouver des circonstances atténuantes. Le Roch (Rabbi Asher ben Jehiel) leur accorde ainsi un mérite insoupçonné :
"On peut se demander : quelle différence y a-t-il pour que tous les méchants soient morts durant les trois jours d'obscurité [en Égypte], alors que Dathan et Abiram, qui étaient totalement impies, n'en soient pas morts ? Il faut répondre : bien qu'impies, ils n'avaient pas désespéré de la délivrance." (Le Roch sur la Torah, Exode 10:10)
Le Roch soulève une question théologique majeure : sachant que la majorité des Hébreux incrédules sont morts durant la plaie des ténèbres en Égypte, comment Dathan et Abiram ont-ils survécu ? L'explication réside dans leur foi inébranlable en la rédemption future. Malgré leurs innombrables défauts et leur haine envers Moïse, ils croyaient fermement que Dieu libérerait Son peuple, ce qui leur a valu de rester en vie pour participer à l'Exode.
Dans d'autres écrits du Roch, ainsi que dans le Shaarei Teshuvah de Rabbeinu Yonah, une autre perspective est offerte sur la sévérité de leur châtiment :
"Le fait que nous trouvions Dathan, Abiram et leur assemblée engloutis vivants par la terre, bien qu’ils fussent des grands de leur génération et des princes de l'assemblée, nous enseigne que le Saint, béni soit-Il, ne fait acception de personne... C'est précisément en raison de leur grandeur qu’ils ont été punis de manière aussi spectaculaire, car plus un homme est grand, plus son penchant [au mal] est grand ; s’il trébuche, il est jugé plus sévèrement, selon ce qui est dit : 'Dans leur assemblée, que ma gloire ne s'unisse point.'" (Préface du Rosh au traité Sanhédrin)
Cette analyse renverse la perspective habituelle : leur châtiment terrible n'est pas la preuve de leur bassesse originelle, mais paradoxalement le reflet de leur immense stature spirituelle et sociale. Dieu applique une justice d'une précision absolue (Middat HaDin). Plus un individu est doté de responsabilités et de talents, plus ses erreurs ont des conséquences dévastatrices, et plus le tribunal céleste exige de lui une rigueur morale sans faille.
En d'autres termes, leur noblesse d'origine et leur grandeur d'âme initiales sont précisément ce qui a rendu leur chute si vertigineuse et leur punition si exemplaire.
Rabbi Itzhak Meir Alter, le fondateur de la dynastie hassidique de Gour et auteur du Chiddushei HaRim, pousse cette réflexion encore plus loin dans son ouvrage Ramatai Tzofim :
"Ce n'est pas sans raison qu'on les appelle 'hommes de renom' ; cela s'applique à Dathan et Abiram qui comptaient parmi les plus grands d'Israël... Nous voyons qu’ils possédaient des traits de caractère et une force d'âme prodigieuse. Si cette force de tenir tête à Moïse avait été investie par un homme intègre, elle aurait constitué un moteur extraordinaire pour le service divin. Mais elle est tombée sous l'emprise du mauvais penchant qui les a conduits à leur perte. Il s'avère qu'en fin de compte, ils possédaient une énergie spirituelle colossale ; s’ils avaient réussi à l'orienter vers le bien, ils auraient figuré parmi les plus illustres figures spirituelles." (Chiddushei HaRim, Ramatai Tzofim sur Korach)
Le Chiddushei HaRim développe une vision psychologique et spirituelle profonde de la rébellion. La force d'opposition dont Dathan et Abiram ont fait preuve face à Moïse n'était pas de la simple mesquinerie, mais le reflet d'une puissance psychologique extraordinaire. Cette audace, si elle avait été canalisée pour le bien et mise au service de Dieu, aurait fait d'eux des géants de la foi. Le drame de leur existence réside dans le gaspillage et le détournement de ce potentiel exceptionnel par leur ego (Yetzer Hara).
Le Chiddushei HaRim ajoute à ce sujet :
"Bien que nos Sages aient affirmé que Dathan et Abiram, à Dieu ne plaise de penser qu'ils étaient simplement des méchants sans scrupules, n'étaient-ils pas présents lors du don de la Torah, et n'ont-ils pas proclamé d'une seule voix 'Nous ferons et nous écouterons' ? Certes, ils firent preuve d'une insolence extrême envers Moïse notre maître, que la paix soit sur lui, mais ce n'est pas qu'ils voulaient rejeter sa gouvernance par pure méchanceté ; ils la percevaient simplement d'une manière différente." (Chiddushei HaRim)
Cette perspective hassidique tente de réhabiliter l'intention originelle des rebelles. Ayant eux aussi vécu la révélation du Sinaï et accepté l'alliance divine (Na'assé VeNishma), ils ne cherchaient pas à détruire la Torah. Leur conflit avec Moïse relevait d'une divergence de vision idéologique et de gouvernance. Ils estimaient, à tort, que le leadership de Moïse menait le peuple à sa perte et proposaient une voie alternative, bien que leur méthode ait été entachée d'orgueil et d'insolence.
Le Rabbi de Loubavitch abonde dans ce sens en soulignant leurs qualités positives, notamment leur dévouement envers le peuple d'Israël. En Égypte, ils n'avaient pas hésité à se disputer avec Pharaon pour exiger un allègement des travaux forcés. Même dans leur querelle avec Moïse, ils agissaient — selon leur propre logique — par souci du sort de la nation, craignant que le peuple ne meure inutilement dans le désert.
Certains courants de la pensée hassidique suggèrent que le simple fait que leurs noms soient préservés à jamais dans la Torah, combiné à l'idée qu'ils aient pu avoir une pensée de repentir (Hirhour Teshuvah) une fraction de seconde avant d'être engloutis, leur confère une place significative dans la réflexion sur la capacité de tout Juif à revenir vers Dieu, même dans les situations les plus désespérées.
Néanmoins, la position finale et majoritaire des Sages reste d'une fermeté absolue :
"Dathan et Abiram : ils demeurèrent dans leur impiété du début jusqu'à la fin." (Traité Megillah 11a)
Cette sentence talmudique scelle le verdict historique. Malgré les analyses subtiles et les tentatives de défense spirituelle, Dathan et Abiram sont restés imperméables au changement. Du début de leur vie en Égypte jusqu'à leur disparition tragique dans le désert, ils ont refusé d'amorcer une véritable introspection, s'enfermant définitivement dans leur posture de contestation stérile.
La psychologie moderne nous enseigne que l'esprit humain tend à simplifier la réalité en opposant de manière binaire les "bons" et les "méchants" pour mieux appréhender le monde. Dans la littérature rabbinique et la pensée juive, Dathan et Abiram dépassent le statut de simples personnages historiques pour devenir l'archétype même de la discorde (Machloket) et de l'opposition systématique au leadership constructif. Ils ne sont pas des figures plates, mais le symbole de processus psychologiques et sociaux destructeurs.
Pour déstabiliser le peuple, Dathan et Abiram utilisent une rhétorique ironique et manipulatrice d'une redoutable efficacité, qualifiant l'Égypte de terre promise :
"Est-ce trop peu que tu nous aies fait monter d'un pays découlant de lait et de miel pour nous faire mourir dans le désert, que tu veuilles encore t'ériger en dominateur sur nous ?" (Nombres 16:13)
Cette accusation constitue un sommet de cynisme et de désinformation. En qualifiant l'Égypte — la terre de leur esclavage, de l'infanticide et de la souffrance — de "pays où coule le lait et le miel", Dathan et Abiram falsifient la réalité historique pour discréditer Moïse. Ils inversent les valeurs, présentant la libération spirituelle initiée par Moïse comme un complot d'asservissement personnel.
Ils poursuivent leur réquisitoire populiste :
"Et de plus, ce n'est pas dans un pays où coule le lait et le miel que tu nous as conduit, et tu ne nous as pas donné en partage des champs et des vignes ! Crèveras-tu les yeux de ces gens ? Nous ne monterons pas !" (Nombres 16:14)
Ici, les rebelles exploitent la déception matérielle et immédiate du peuple face aux rigueurs du désert. En reprochant à Moïse l'absence de champs et de vignes, ils ramènent un projet de liberté nationale et spirituelle à des considérations purement économiques et consuméristes. L'expression "crèveras-tu les yeux de ces gens" accuse Moïse d'aveugler délibérément le peuple par de fausses promesses mystiques pour mieux asseoir sa tyrannie.
Dathan et Abiram souffrent d'une profonde aliénation vis-à-vis du peuple d'Israël. Ils analysent tous les miracles de l'Exode à travers un prisme déformant et expriment une nostalgie morbide pour la servitude égyptienne.
Toute l'histoire juive est jalonnée de telles figures de l'auto-détestation, un phénomène qualifié en psychologie sociale de "haine de soi des minorités" (Self-hatred of a minority). On peut citer des personnages historiques tels que : Nicolas Donin (XIIIe siècle), un Juif français converti au christianisme qui mena une campagne virulente contre le Talmud, aboutissant au brûlement des manuscrits talmudiques à Paris en 1242. Johannes Pfefferkorn (XVe-XVIe siècle), un Juif allemand converti en 1504 qui lança une véritable croisade littéraire et politique pour faire interdire et détruire la littérature rabbinique, jusqu'à des figures contemporaines de la scène intellectuelle et académique comme Norman Finkelstein ou Noam Chomsky, dont les positions ultra-critiques envers le peuple juif et l'État d'Israël s'inscrivent dans cette même lignée psychologique.
S'il demeure difficile de comprendre les ressorts intimes d'une telle hostilité envers sa propre communauté, la persistance de cette posture à travers les âges — depuis le sable du Sinaï avec Dathan et Abiram jusqu'à nos jours — montre qu'il s'agit d'un défi permanent auquel le peuple d'Israël doit faire face avec force et discernement.
Shabbat Shalom

11/06/2026

קרח תשפו
רפאל רוזנר
דתן ואבירם: מהאופוזיציה הנצחית ועד המרד במדבר
בפרשת קרח מסופר על ניסיונו של משה לפייס את דתן ואבירם, שותפיו של קרח למרד, כפי שנאמר:

(ספר במדבר פרק טז יב)
"וַיִּשְׁלַח משֶׁה לִקְרֹא לְדָתָן וְלַאֲבִירָם בְּנֵי אֱלִיאָב וַיֹּאמְרוּ לֹא נַעֲלֶה"

על כך מגיב המדרש:
(מדרש רבה, קרח יח י) "וַיִּשְׁלַח משֶׁה לִקְרֹא לְדָתָן וְלַאֲבִירָם (במדבר טז, יב), אַף הֵם עָמְדוּ בְּרִשְׁעָן וְלֹא נִזְקְקוּ לַהֲשִׁיבו (גם הם דבקו ברשעותם ולא היה טעם להשיב להם.)ֹ. (במדבר טז, יב): 'וַיֹּאמְרוּ לֹא נַעֲלֶה', הִכְשִׁילָם פִּיהֶם לָרְשָׁעִים, וּבְרִית כְּרוּתָה לַשְֹּׂפָתַיִם, שֶׁמֵּתוּ וְיָרְדוּ לִשְׁאוֹל תַּחְתִּית לְאַחַר שֶׁיָּרְדוּ חַיִּים שְׁאוֹלָה" (פיהם של הרשעים הפיל אותם במלכודת, שכן קיים קשר בלתי נמנע בין מילותיהם לתוצאותיהן, שמתו וירדו לשאול התחתית, לאחר שירדו חיים לשאול (עולם המתים).

משה רצה לפייס את דתן ואבירם שהיו שותפים למרד קרח כפי שכתוב:
(ספר במדבר פרק טז א) "וַיִּקַּח קֹרַח בֶּן יִצְהָר בֶּן קְהָת בֶּן לֵוִי וְדָתָן וַאֲבִירָם בְּנֵי אֱלִיאָב וְאוֹן בֶּן פֶּלֶת בְּנֵי רְאוּבֵן"
אומר המדרש " עָמְדוּ בְּרִשְׁעָן " וסירבו להתפייס. דתן ואבירם היו אנשים חשובים בין בני ישראל כי נקראו:
(ספר במדבר פרק כו ט) "וְדָתָן וַאֲבִירָם קְרִואֵי {קְרִיאֵי} הָעֵדָה".

בפירושו לבמדבר טז א' מסביר רבי אברהם אבן עזרא את המניע למחלוקת של דתן ואבירם: הם לא דרשו את המעמד של קרח בשבט לוי, אלא כיוון שהוסרה הבכורה מראובן וניתנה ליוסף, חשדו במשה שקירב את יהושע שהיה מבני אפרים (צאצא של יוסף). דתן ואבירם הם דמויות מפתח בסיפור המקראי של יציאת מצרים והמדבר, ומייצגים במסורת היהודית את ה"אופוזיציה" הנצחית למשה רבנו. הם מוזכרים בספר במדבר כבני אליאב משבט ראובן, אך חז"ל מזהים אותם כמי שליוו את משה לאורך כל דרכו:
(מדרש רבה, במדבר א כט) "'וַיֵּצֵא בַּיּוֹם הַשֵּׁנִי וְהִנֵּה שְׁנֵי אֲנָשִׁים עִבְרִים נִצִּים' (שמות ב יג), זֶה דָּתָן וַאֲבִירָם, קְרָאָם נִצִּים עַל שֵׁם סוֹפָם, הֵם הֵם שֶׁאָמְרוּ דָּבָר זֶה" (משה ראה את האיש המצרי מכה את העברי, והוא קם והכה את המצרי להרוג אותו. למחרת, ביום השני כשמשה מתכונןן לברוח בגלל הרצח של המצרי, הוא פוגש שני אנשים עבריים שנאבקים זה בזה. מדובר לפי חז"ל בדתן ואבירם.)

לאחר מכן נאמר במדרש:
(מדרש רבה, שמות ה כ) "לֵךְ שֻׁב מִצְרָיִם, בָּא משֶׁה מִמִּדְיָן וְאַהֲרֹן מִמִּצְרָיִם, וַיִּפְגְּעוּ בָּהֶן שׁוֹטְרֵי יִשְׂרָאֵל כְּשֶׁהָיוּ יוֹצְאִין מִלִּפְנֵי פַּרְעֹה... מַהוּ נִצָּבִים, אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִכְרוֹנָם לִבְרָכָה דָּתָן וַאֲבִירָם הָיוּ עִמָּהֶן, שֶׁכָּתוּב בָּהֶן (במדבר טז, כז): וְדָתָן וַאֲבִירָם יָצְאוּ נִצָּבִים, הִתְחִילוּ מְחָרְפִין וּמְגַדְּפִין כְּלַפֵּי משֶׁה וְאַהֲרֹן"

לפי המדרש, הם היו בין הנוגשים ששמרו על העברים והלשינו על משה לפני פרעה:
(שמות רבה ה לא) "'וַיִּשְׁמַע פַּרְעֹה', שֶׁעָמְדוּ דָּתָן וַאֲבִירָם וְהִלְשִׁינוּ עָלָיו. וַיְבַקֵּשׁ (פרעה) לַהֲרֹג אֶת משֶׁה".

לפי המדרש הם היו מתלוננים על עזיבתם את מצרים (שמות רבה ה כא), לא התנהגו לפי הוראות משה לגבי המן (שמות רבה א כט), והיו נוכחים בחטא המרגלים. המדרש מסכם את הסתכלות חז"ל על דתן ואבירם במדרש תנא דבי אליהו (חיבור מדרשי שנכתב בימי התלמוד או לאחר מכן במאה התשיעית או העשירית):
(תנא דבי אליהו רבא יח) "אַתָּה אוֹמֵר אֵצֶל רְשָׁעִים, כְּמוֹ דָּתָן וַאֲבִירָם הָרְשָׁעִים, שֶׁנִּתְכַּוֵּן כָּל אֶחָד וְאֶחָד מֵהֶן לַעֲשׂוֹת מְרִיבָה עִם חֲבֵרֵיהֶם, וְיֵשׁ בָּהֶם מֵאָה מַחֲשָׁבוֹת שֶׁל גֶּזֶל, וּמֵאָה שֶׁל עֲרָיוֹת, וּמֵאָה שֶׁל שְׁפִיכוּת דָּמִים, שֶׁנֶּאֱמַר (מִשְׁלֵי י"ח): 'לְתַאֲוָה יְבַקֵּשׁ נִפְרָד' וְגוֹ'. מִפְּנֵי שֶׁמְּסַפְּרִין לָשׁוֹן הָרָע בָּאָרֶץ וְעָלָה כְּנֶגֶד כִּסֵּא הַכָּבוֹד, שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים ע"ג): 'שַׁתּוּ בַשָּׁמַיִם פִּיהֶם וּלְשׁוֹנָם תְּהַלֵּךְ בָּאָרֶץ'. מִפְּנֵי מָה? מִפְּנֵי שֶׁמַּזְכִּירִין בָּהּ וְעוֹבְרִין עָלֶיהָ." כלומר אתה מייחס לרשעים, כמו דתם ואבירם הרשעים, שכל אחד ואחד מהם מתכוון לעשות מריבה עם חבריו, ויש להם מאה מחשבות של גניבה, ומאה מחשבות של רמאות, ומאה מחשבות של שפיכות דמים, כמו שנאמר (משלי י"ח): "לתאות יבקש נפרד" וכולי'...בגלל שמספרים לשון הרע בארץ ומרמים, זה מתנגד לכסא הכבוד, כמו שנאמר (תהילים ע"ג): 'שתו בשמיים פיהם ולשונם תהלך בארץ'.
ועוד נאמר עליהם שם (תנא דבי אליהו):
"אֲנָשִׁים הָאָמוּר כָּאן, דָּתָן וַאֲבִירָם. מִכָּאן אָמְרוּ: כָּל מַה שֶּׁאַתָּה יָכוֹל לִתְלוֹת בִּרְשָׁעִים, תִּלְהוּ עֲלֵיהֶם"

מעניין לראות שמפרשים מסוימים העריכו במדה מסוימת את דתן ואבירם. הרא"ש מעניק לדתן ואבירם נקודת זכות:
(הרא"ש על התורה, שמות י י) "יֵשׁ לִשְׁאוֹל: מַאי שְׁנָא (מה שונה) שֶׁמֵּתוּ כָּל הָרְשָׁעִים בְּתוֹךְ שְׁלֹשֶׁת יְמֵי אֲפֵלָה, וְדָתָן וַאֲבִירָם לֹא מֵתוּ, שֶׁהָיוּ רְשָׁעִים גְּמוּרִים? יֵשׁ לוֹמַר: אַף עַל פִּי שֶׁהָיוּ רְשָׁעִים, לֹא נִתְיָאֲשׁוּ מִן הַגְּאוּלָה".

ועוד במהדורות הרא"ש הקדמה לסנהדרין, או כפי שמובא גם ב"שערי תשובה" לרבנו יונה, שער ג', סימן נ"ו)
"ומה שמצינו שדתן ואבירם ועדתם נבלעו בארץ חיים, ואף על פי שהיו גדולי הדור ונשיאי עדה, ללמדנו כי אין הקב"ה נושא פני אדם... ומשום מעלתן וגדולתן – לכך נפרעו מהם ביותר, כי כל הגדול מחבירו יצרו גדול ממנו ואם נכשל מחייבים אותו יותר, על דרך שנאמר 'אל יקהל כבודי בקהלם'." העובדה שדתן ואבירם ועדתם נבלעו חיים באדמה, למרות שהיו מגדולי הדור ומנהיגי העדה, מלמדת אותנו שהקב"ה אינו נושא פנים לאיש. יתרה מכך – דווקא בגלל מעלתם וגדולתם, הדין איתם היה חמור יותר; שכן ככל שאדם גדול יותר, כך יצרו גדול יותר, ואם הוא נכשל – תובעים ממנו דין מחמיר יותר, כפי שנאמר: 'בסודם אל תבא נפשי, בקהלם אל יחד כבדי'.

במילים אחרות – יש להם 'זכות' בעצם היותם אנשי שם וגדולים, וזה מה שהחמיר את עונשם.

רבי יצחק מאיר אלתר, בעל "חידושי הרי"ם" כתב בספרו "רמתיים צופים" (פרשת קורח ד"ה "קריאי מועד אנשי שם":):
"ולא נאמר 'אנשי שם' אלא בדתן ואבירם והיו מן האנשים הגדולים שבישראל... ומה שמצינו שהיו בעלי מדות וכח נפשי כביר, דאלו היה כח זה שהם עומדים כנגד משה, היה באיש כשר – היה כח גדול לעבודת השם, אלא שנפל ביד היצר והוציאו לכף חובה... ונמצא שסוף סוף כח גדול היה להם, ואילו יכלו להפנותו אל הטוב היו מן הגדולים.""לא סתם נאמר עליהם 'אנשי שם', אלא מדובר בדתן ואבירם, שהיו מן האנשים החשובים והבולטים בישראל. אנו רואים שהיו להם מידות וכוחות נפש חזקים מאוד. הרי אותו כוח שבאמצעותו התנגדו למשה—אילו היה נמצא באדם ראוי—יכול היה להפוך לכוח אדיר בעבודת ה'. אלא שכוח זה נפל ליד היצר הרע והוביל אותם לכיוון שלילי. יוצא שלמעשה היה להם כוח גדול מאוד, ואם היו מצליחים להפנות אותו לטוב—היו נמנים עם גדולי ישראל.
מוסיף רבי יצחק מאיר אלתר בעל חידושי הרי"ם בספרו "רמתיים צופים":
"הגם שאמרו חז"ל שהם היו דתן ואבירם, חלילה שהיו רשעים, שהרי היו במתן תורה ואמרו נעשה ונשמע, אף שהיה להם חוצפה נגד משה רבינו ע"ה ולא נראה בעיניהם הנהגת מרע"ה אלא בדרך אחר". גם כשחז"ל אמרו שהם היו דתן ואבירם, אין לומר שהם היו רשעים, חלילה. הרי הם היו במתן תורה ואמרו 'נעשה ונשמע'. אף שיש להם חוצפה כלפי משה רבינו זכרונו לברכה, לא הייתה להם כוונה לראות את הנהגת משה בדרך רעה אלא בדרך שונה.

הרבי מליובאוויטש מצביע על כך שהיו להם גם תכונות חיוביות – הם היו בעלי מסירות לעם ישראל. הם התווכחו עם פרעה ודרשו שיקל מעליהם את העבודה בפרך. גם במחלוקתם עם משה, הם עשו זאת (לשיטתם) מתוך דאגה לגורל העם שלא ימות במדבר. ישנם רעיונות המציעים כי עצם העובדה ששמם נזכר בתורה מחדש לאחר מותם, ובשל תובנות שונות על "הרהור תשובה" שלהם רגע לפני בליעתם, יש להם מקום משמעותי במחשבה החסידית על היכולת של כל יהודי לחזור בתשובה, גם במצבי קיצון. אבל לפי עמדת חז"ל הם היו רשעים גמורים:
(מסכת מגילה יא א) "דָּתָן וַאֲבִירָם — הֵן בְּרִשְׁעָן מִתְּחִילָּתָן וְעַד סוֹפָן".

הפסיכולוגיה מעריכה שאנשים נוטים לפשט מציאות לקטגוריות "טובים/רעים" כדי להבין את העולם. דתן ואבירם הם הארכיטיפ המובהק ביותר בספרות חז"ל והמחשבה היהודית למושג ה"מחלוקת" ולהתנגדות להנהגה. הם אינם דמויות שטוחות, אלא סמל המייצג תהליכי נפש וחברה שליליים. בפסוק הבא, דתן ואבירם משתמשים בביטוי האירוני והמניפולטיבי כלפי מצרים:
(ספר במדבר פרק טז יג) "הַמְעַט כִּי הֶעֱלִיתָנוּ מֵאֶרֶץ זָבַת חָלָב וּדְבַשׁ לַהֲמִיתֵנוּ בַּמִּדְבָּר כִּי תִשְׂתָּרֵר עָלֵינוּ גַּם הִשְׂתָּרֵר:"
והם ממשיכים:
(ספר במדבר פרק טז יד) "אַף לֹא אֶל אֶרֶץ זָבַת חָלָב וּדְבַשׁ הֲבִיאֹתָנוּ וַתִּתֶּן לָנוּ נַחֲלַת שָׂדֶה וָכָרֶם הַעֵינֵי הָאֲנָשִׁים הָהֵם תְּנַקֵּר לֹא נַעֲלֶה" מבחינתם מצרים היא ארץ זבת חלב ודבש.

דתן ואבירם מנוכרים מעם ישראל. הם רואים את כל החוויות והניסים של יציאת מצרים באופן שונה מהעם ורוצים לחזור למצרים. כל ההיסטוריה היהודית מלווה ביהודים השונאים את עצמם ואת העם היהודי ("שנאת עצמית של מיעוט" - Self-hatred of a minority). אנשים כמו ניקולה דונין (Nicolas Donin) - המאה ה-13, יהודי מצרפת שהמיר את דתו לנצרות והוביל קמפיין נגד התלמוד; יוהנס פפפרקורן (Johannes Pfefferkorn) - המאה ה-15/16, יהודי מגרמניה שהמיר את דתו ב-1504 ויצא למסע צלב ספרותי נגד התלמוד והספרות הרבנית; ואפשר להצביע על אין ספור יהודים מסוג זה עד ימינו כמו נורמן פינקלשטיין (Norman Finkelstein) או נועם חומסקי (Noam Chomsky) ואחרים רבים. קשה להבין את הסיבה לכך אבל זאת עובדה ועלינו להתמודד עם אנשים כאלה.

שבת שלום

04/06/2026

Chlah Lekha 5786
Raphaël Rosner
De la terreur des habitants de la terre aux douleurs de la délivrance : l'histoire de la peur juive
La parachat « Chlah Lekha » raconte l'histoire des explorateurs envoyés pour reconnaître le pays d'Israël avant la conquête de Josué. À leur retour au camp d'Israël dans le désert, ils furent exposés à la peur, à l'anxiété et au désespoire qui se sont éveillés non seulement en eux, mais aussi au sein de tous les enfants d'Israël. La peur et l'anxiété se révèlent dans les versets du livre des Nombres, chapitre 13 : "(28) Mais le peuple qui habite ce pays est puissant, les villes sont fortifiées et très grandes, et nous y avons vu aussi des enfants d'Anak (géant). (29) Amalec habite la terre du Négev ; le Héthéen, le Jébuséen et l'Amoréen habitent la montagne ; et le Cananéen habite près de la mer et le long du Jourdain." Et plus loin dans le même chapitre : (31) "Mais les hommes qui étaient montés avec lui dirent : Nous ne pouvons pas monter contre ce peuple, car il est plus fort que nous. (32) Et ils décrièrent devant les enfants d'Israël le pays qu'ils avaient exploré, en disant : Le pays que nous avons parcouru pour l'explorer est un pays qui dévore ses habitants, et tous ceux que nous y avons vus sont des hommes d'une haute taille. (33) Et nous y avons vu les Nephilim, enfants d'Anak, de la race des Nephilim : nous étions à nos yeux comme des sauterelles, et ainsi étions-nous à leurs yeux." La réaction sévère du peuple est décrite dans le livre des Nombres, chapitre 14 : "(1) Toute l'assemblée éleva la voix et poussa des cris, et le peuple pleura pendant cette nuit-je. (2) Tous les enfants d'Israël murmurèrent contre Moïse et Aaron, et toute l'assemblée leur dit : Que ne sommes-nous morts dans le pays d'Égypte, ou que ne sommes-nous morts dans ce désert ! (3) Pourquoi l'Éternel nous fait-il aller dans ce pays, pour que nous tombions par l'épée, et que nos femmes et nos petits enfants deviennent une proie ? Ne vaut-il pas mieux pour nous retourner en Égypte ?"
Même la tentative de rassurer le peuple d'Israël témoigne de la peur et de l'anxiété, comme il est dit dans le livre des Nombres, chapitre 14 (9) : « Seulement, ne vous révoltez pas contre l'Éternel, et ne craignez point le peuple de ce pays, car ils seront notre pain, leur protection s'est retirée de dessus eux, et l'Éternel est avec nous : ne les craignez point. » Le double usage de l'impératif « ne craignez point » et « ne les craignez point » souligne à quel point la peur avait paralysé le peuple et l'avait empêché d'avoir confiance en Dieu.
Le grand péché du peuple n'était pas l'existence même de la peur, mais « l'oubli » total qui s'était emparé d'eux. Seulement un an et demi auparavant, ils avaient été témoins des dix plaies, de l'ouverture de la mer Rouge, de l'effondrement du plus puissant empire du monde antique – l'Égypte et de la réception de la Torah. Leur anxiété n'était pas justifiée car elle ignorait les « données réelles » de leur vie. Ils se considéraient comme des réfugiés sans défense, alors qu'objectivement, ils étaient entourés par les nuées de gloire, se nourrissaient de la manne et étaient guidés par une force surnaturelle. Moïse insistera sur ce point plus t**d dans le livre du Deutéronome, chapitre 1, verset 30 : « L'Éternel, votre Dieu, qui marche devant vous, combattra lui-même pour vous, selon tout ce qu'il a fait pour vous sous vos yeux en Égypte.».
Le verset le plus célèbre qui trahit l'absence de justification de cette peur est la parole des explorateurs dans le livre des Nombres, chapitre 13, verset 33 : « Nous étions à nos yeux comme des sauterelles, et ainsi étions-nous à leurs yeux. » D'un point de vue psychologique, il y a ici un processus de projection. Les explorateurs éprouvaient une faible estime de soi et un sentiment de petitesse, et ils l'ont immédiatement projeté sur l'ennemi – « ils nous voient sûrement aussi de cette façon ». Pourtant, la réalité était totalement inverse. D'après l'histoire de Rahab dans le livre de Josué, chapitre 2, verset 9, nous découvrons que les habitants du pays étaient en réalité plongés dans une terreur absolue face aux enfants d'Israël : « La terreur que vous inspirez nous a saisis, et tous les habitants du pays tremblent devant vous... Nous l'avons appris, et le cœur nous a manqué. » La peur d'Israël s'est transformée en une anxiété injustifiée parce qu'ils avaient peur de ceux qui, en fait, tremblaient devant eux. Les explorateurs ont vu des faits exacts, mais ils les ont interprétés à travers le filtre d'une peur incontrôlée, ce qui a mené à des conclusions erronées.
À l'époque des explorateurs, le peuple d'Israël se trouvait dans une ère de révélation divine. Mais au cours de l'histoire, tout a changé : de la révélation divine, on est passé à la dissimulation divine (Hester Panim), comme il est écrit dans le livre du Deutéronome, chapitre 31 : "(16) L'Éternel dit à Moïse : Voici, tu vas te coucher avec tes pères. Et ce peuple se lèvera, et se prostituera après les dieux étrangers du pays au milieu duquel il entre ; il m'abandonnera, et violera mon alliance que j'ai conclue avec lui. (17) En ce jour-là, ma colère s'enflammera contre lui. Je les abandonnerai, et je leur cacherai ma face ; ils seront dévorés, ils seront la proie d'une multitude de maux et d'afflictions, et ils diront en ce jour-là : N'est-ce pas parce que mon Dieu n'est pas au milieu de moi que ces maux m'ont atteint ? (18) Et moi, je cacherai entièrement ma face en ce jour-là, à cause de tout le mal qu'il aura fait, en se tournant vers d'autres dieux."
Dans l'histoire du peuple juif, la dissimulation divine (Le Hester Panim est l'expression de l'absence de la présence divine, celle-ci n'est plus manifeste, le système moral du monde semble défectueux, et le mal semble régner) est devenue une expression centrale de l'exil avec la destruction du premier et du second Temple, les Croisades, l'expulsion d'Espagne, les persécutions en Europe de l'Est, les différents pogroms dans les pays du Moyen-Orient, et à l'époque des n***s jusqu'au sept octobre et peut-être... jusqu'à maintenant. Dans cette situation, la peur est une réaction humaine absolument naturelle, et la Torah elle-même décrit l'état de dissimulation divine comme un état qui apporte nécessairement avec lui la peur et l'anxiété existentielle.
La peur et l'anxiété sont-elles illégitimes en période de dissimulation divine ? J'entends des gens me dire avec un grand sourire que nous sommes en route vers le Messie, que les signes de la délivrance apparaissent selon eux partout, que tout est sûr et que dans un instant le Messie sera là. Cette approche a gravement nui au peuple d'Israël à travers les générations. L'époque de la destruction du second Temple en est une preuve évidente, tout comme la foi de Rabbi Akiva en Bar Kokhba en tant que Messie, et le mouvement de Sabbataï Tsevi par la suite. Dans le traité Sanhédrin, page 98 B, il y a parmi les sages ceux qui déclarent : « Ulla a dit : Qu'il vienne (le Messie), mais que je ne le voie pas. Et ainsi a dit [Rabba] : Qu'il vienne, mais que je ne le voie pas », c'est-à-dire : que le Messie vienne mais que je ne vive pas pour le voir – je suis terrifié par toutes les souffrances qui surviendront pendant les douleurs de l'enfantement du Messie et je ne veux pas voir cette période. Une personne qui perd sa maison bombardée, qui perd des membres de sa famille, peut-elle être optimiste et penser que le Messie est à la porte ? Rappelons Rabbi Yohanan ben Zakaï qui a choisi de quitter Jérusalem assiégée par les Romains par désespoir, et a fondé le centre d'étude à Yavné. Il est écrit dans le traité Guittine (page 56, page A-B, en traduction libre) : lorsque Rabban Yohanan ben Zakaï réussit à sortir de Jérusalem et arriva au camp romain, Rabban Yohanan dit à Vespasien : « Paix sur toi, ô roi ! Paix sur toi, ô roi ! » Vespasien lui dit : « Tu es coupable de deux peines mort. Premièrement, parce que je ne suis pas roi et tu m'appelles 'roi'. Et deuxièmement, si je suis roi – pourquoi n'es-tu pas venu à moi jusqu'à présent ?» Rabban Yohanan lui dit : «Concernant ce que tu as dit, que tu n'es pas roi – en vérité tu es roi ! Car si tu n'étais pas roi, Jérusalem ne serait pas livrée entre tes mains », et concernant ce que tu as dit 'si je suis roi, pourquoi n'es-tu pas venu à moi jusqu'à présent ?' – « Les brutes (les zélotes) qui sont parmi nous ne nous ont pas laissé sortir. » Vespasien lui dit : « S'il y avait un tonneau de miel et qu'un serpent soit enroulé autour, ne briserait-on pas le tonneau pour tuer le serpent ? » (c'est-à-dire : pour détruire les brutes et les rebelles, il n'y a pas d'autre choix que de détruire Jérusalem). Rabban Yohanan se tut. Rav Joseph dit de lui (longtemps après cette histoire) : Dieu a troublé l'esprit de Rabban Yohanan à ce moment-là pour que Jérusalem soit détruite comme cela avait été décrété, car Rabban Yohanan aurait dû lui dire : « On prend des pinces, on attrape le serpent avec elles et on le tue, et on laisse le tonneau intact » c'est-à-dire : tue les rebelles, mais laisse la ville et le Temple intacts. Sur ce, alors qu'ils parlaient, un messager arriva de Rome et dit à Vespasien : « Lève-toi, car l'empereur est mort, et les notables de Rome ont dit de t'asseoir à la tête (de te nommer comme nouvel empereur) ». Vespasien était en train d'enfiler l'une de ses chaussures. Il voulut enfiler la seconde – et le pied n'entra pas. Il voulut retirer la première – et elle ne sortit pas. Il dit : « Qu'est-ce que c'est que ça ? » Rabban Yohanan dit à Vespasien : « Ne t'afflige pas, une bonne nouvelle t'est parvenue (c'est-à-dire, la joyeuse nouvelle a élargi tes os et c'est pourquoi le pied a enflé), mais quel est le remède ? Qu'on amène un homme qui ne te plaît pas, et qu'il passe devant toi... » Il fit ainsi, et son pied entra dans sa chaussure. Vespasien lui dit : « Et puisque vous êtes si sages, pourquoi n'êtes-vous pas venus à moi jusqu'à présent ? » Rabban Yohanan lui dit : « Ne te l'ai-je pas dit » (et il lui rappela l'excuse des zélotes). Vespasien lui dit : « Moi aussi je te l'ai dit » (c'est-à-dire, il lui rappela la parabole du tonneau de miel et du serpent – qu'il aurait dû trouver un moyen de les surmonter ou de venir malgré tout). Vespasien lui dit : «Partir – je pars (de retour à Rome), et un autre homme j'enverrai (pour continuer le siège) ; mais demande-moi quelque chose et je te le donnerai ». Rabban Yohanan lui dit : «Donne-moi Yavné et ses sages, et la dynastie de Rabban Gamliel, et des médecins pour guérir Rabbi Tsadok (qui était un grand prêtre) ». Rav Joseph appliqua sur lui (Rabban Yohanan), et certains disent que c'était Rabbi Akiva, le verset du livre d'Isaïe, chapitre 44, verset 25 : « Il fait reculer les sages, et tourne leur science en folie », c'est-à-dire que Dieu fait reculer les sages vaincus, et transforme leur esprit et leur sagesse en bêtise et en folie (et c'est à nouveau une critique sur le fait que Rabban Yohanan n'a pas demandé à sauver Jérusalem tout entière). Car il aurait dû lui dire : « Laisse-les cette fois-ci ». Mais Rabban Yohanan a pensé qu'une demande d'une telle ampleur ne serait pas acceptée ; c’est pourquoi il s’est contenté de demander Yavné. Certains ont affirmé, et affirment encore de nos jours, que Rabban Yohanan s’était trompé et qu’il avait manqué de foi en ces temps de dissimulation divine.
Apportons un autre exemple : au début de la Seconde Guerre mondiale, le rabbin Elhanan Bunem Wasserman s'est installé avec sa yeshiva à Vilna puis à Frenk (près de Kaunas). À l'été 1941, avec l'invasion nazie de l'Union soviétique lors de l'opération Barbarossa, il fut pris au piège à Kaunas. Le rabbin Elhanan Bunem Wasserman, (5635, 1874 – 11 Tammouz 5701, 6 juillet 1941) était l'un des dirigeants spirituels et des érudits les plus éminents du judaïsme de Pologne et de Lituanie dans l'entre-deux-guerres. On se souvient de lui comme de l'un des chefs de yeshiva centraux, comme celui qui a dirigé la yeshiva « Ohel Torah » à Baranavitchy, et comme le successeur spirituel distinct du « Hafetz Haïm ». Le 11 Tammouz 5701, le rabbin Wasserman fut emmené avec un groupe de rabbins et de juifs au Fort 9 de Kaunas par des collaborateurs lituaniens qui coopéraient avec les n***s, et c'est là qu'il fut assassiné. Le rabbin Elhanan Wasserman a refusé de manière consciente et par principe de fuir et de sauver sa vie, bien qu'il ait eu plusieurs opportunités concrètes de le faire. Son refus découlait de la combinaison de deux raisons majeures : son devoir moral en tant que guide spirituel envers ses élèves, et sa vision profonde de la foi. Au-delà de sa fidélité à ses élèves, le rabbin Wasserman avait une approche théologique face aux événements de la Shoah, comme il l'a exprimé dans son opuscule « Ikveta D'Meshicha » (Sur les talons du Messie), dans lequel il voyait dans les souffrances terribles un décret céleste et une partie des douleurs de l'enfantement du Messie. Si le Créateur l'avait décidé, il fallait mourir dans la peur et l'anxiété.
Le roi David a dit : (Livre des Psaumes, chapitre 22, verset 2) : « Mon Dieu ! Mon Dieu ! Pourquoi m'as-tu abandonné, et t'éloignes-tu sans me secourir, sans écouter mes rugissements ? » Pour comprendre pourquoi David a dit des mots si durs, qui semblent exprimer la perte de foi, il faut observer ce psaume à trois niveaux: le niveau personnel-historique de David, le niveau national-prophétique, et le niveau spirituel-psychologique. Sur le plan politique et personnel, la vie de David était imprégnée de bouleversements, de persécutions et d'un danger de mort constant. Le psaume a été écrit dans l'un de ces moments de détresse absolue – soit pendant la longue poursuite du roi Saül après lui dans le désert, soit pendant la révolte de son fils Absalom, lorsque David fut contraint de fuir Jérusalem, pieds nus et en pleurs, entouré de gens qui le maudissaient (comme Shimei ben Gera). David, qui avait été oint roi par le prophète Samuel et avait reçu une promesse divine d'une royauté éternelle, se retrouvait traqué comme une bête dans les rochers, alors que ses ennemis se moquaient de lui et de sa confiance en Dieu. L'écart entre la grande promesse et la réalité humiliante engendre le sentiment que Dieu l'a « abandonné » et l'a laissé seul face à ses persécuteurs. Nos sages et les commentateurs traditionnels (comme Rachi et le Radak) ont vu dans le psaume 22 un psaume prophétique, dans lequel David ne parle pas seulement de lui-même, mais sert de porte-parole pour les malheurs qui frapperont l'assemblée d'Israël (le peuple juif) en exil. Le paradoxe du cri réside dans le fait que c'est précisément au plus fort du désespoir et du sentiment d'abandon total que l'homme ne sombre pas dans le silence, mais s'adresse directement à Dieu par le terme intime « Mon Dieu » – et transforme ainsi le cri sur son absence en la preuve la plus éclatante de l'existence d'un lien vivant et profond avec lui.
En temps de dissimulation divine, il est peut-être permis de crier : " Mon Dieu ! Mon Dieu ! Pourquoi m'as-tu abandonné, et t'éloignes-tu sans me secourir, sans écouter mes rugissements ?" La peur, l'anxiété et le désespoir ne sont pas un manque de confiance en le Créateur, mais une profonde inquiétude face à ce qui va arriver.

Shabbat Shalom

Want your school to be the top-listed School/college in Tel Aviv?

Click here to claim your Sponsored Listing.

Location

Telephone

Address


Tel Aviv

Opening Hours

Monday 08:00 - 23:00
Tuesday 08:00 - 23:00
Wednesday 08:00 - 23:00
Thursday 08:00 - 23:00
Friday 08:00 - 23:00
Sunday 08:00 - 23:00