Centre d'Education et d'Interventions Sociales

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Le Centre d’Education et d’Interventions Sociales (CEIS), est créé à Port-au-Prince, le 06 f?

19/04/2021

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Solidarité 23/11/2019

PENSER LE VIVRE ENSEMBLE DANS L’HAÏTI DE DEMAIN

Pour alimenter les débats et nourrir les consciences

Parmi les grands défis auxquels nous sommes tous appelés à faire face durant la période de transition, « le vivre ensemble » passe pour être, me semble-t-il, le plus prégnant c’est-à-dire, le problème le plus crucial à résoudre. C’est toute la problématique du lien social, concept cher à la sociologie, qui est soulevée ici. En effet, pour le sociologue classique Emile Durkheim, aucune société ne peut fonctionner sans que ses membres n’aient en commun un certain nombre de valeurs et sans qu’ils n’éprouvent un sentiment d’appartenance à leur collectivité. Le consensus est donc pour lui la condition sine qua non de l’existence sociale. Se pose dès lors à lui la question de savoir comment peut se réaliser ce consensus. Il y répond dans son ouvrage « De la division du travail social » dans lequel il développe l’idée que la cohésion sociale se fonde sur une base sociale qu’il désigne sous le terme de solidarité.[1]

En effet pour Durkheim, la solidarité est l’élément pivot du vivre ensemble. Il va sans dire que cette notion est intimement imbriquée à celle de lien. Pour Cécile Van de Velde (2013), « elle en épouse donc les différentes formes : familiales, intergénérationnelles, sociales, citoyennes… Chargé des termes du débat public, ce concept polysémique appelle à être déconstruit du point de vue sociologique, au profit non seulement d’une lecture des pratiques de solidarité et de leurs manifestations multiples, mais aussi de leurs fondements, c’est-à-dire des formes d’échange et des logiques de réciprocité dans lesquelles elles s’inscrivent. Ainsi déconstruit, le terme de solidarité devient un outil conceptuel majeur dans la comparaison des modèles sociaux : il permet l’analyse de la variabilité des formes de solidarité à différents échelons territoriaux et sociaux et de la façon dont elles s’articulent au sein des sociétés contemporaines.»[2]

Voilà pourquoi je m’empresse de préconiser l’idée selon laquelle il faut qu’on puisse aborder ce problème dès à présent en tant qu’il est à la fois, objet d’étude sociologique et sujet de préoccupations philosophiques et sociales voire, politiques. En effet, quand on observe avec beaucoup d’attention ce qui se passe aujourd’hui, partout ailleurs dans le monde, même dans les sociétés les plus démocratiques et les plus développées, on ne peut se sentir subjugué de constater que la problématique du vivre ensemble resurgit avec beaucoup de fracas dans les débats. Il faut dire que, depuis quelques temps, les sociétés occidentales font face à la montée vertigineuse du racisme, de la xénophobie du communautarisme et d’autres pathologies sociales du même genre. En ce sens qu’il existe un contexte situationnel qui favorise le débat sur le « vivre ensemble ». Mais en Haïti, les élites traditionnelles surtout celles qui évoluent dans le champ économique, font tout ce qui est en leur possibilité pour esquiver parfois très maladroitement cette problématique centrale. En réalité, elles se sentent confortables financièrement avec la situation d’exclusion qu’elles cherchent à perpétuer pour pouvoir maintenir leurs privilèges. Or, le sentiment d'appartenance à la collectivité ne peut exister sans des services communs essentiels comme les hôpitaux, le système scolaire public, les infrastructures, etc.

Ce texte vise donc à alimenter les débats sur ce sujet tout en ayant la vocation de nourrir les consciences. Pour faciliter une meilleure appropriation par les lecteurs de son esprit, je ferai en sorte qu’il soit à la fois court et très pédagogique. Il s’agit d’une véritable plaidoirie pour le vivre ensemble dans l’Haïti de demain.

1. Des orientations pour l’Haïti de demain

Avant même d’esquisser les grandes orientations de l’Haïti de demain, dire ce qu’elle est appelée à être comme société, il s’avère nécessaire de décrire même sommairement, les principales caractéristiques de l’Haïti d’aujourd’hui. Evidemment cet exercice ne peut se réaliser sans avoir recours à l’histoire. Car, historiquement Haïti est ce modèle de société post-coloniale qui s’est construit dès sa genèse sur la base de l’exclusion et du mépris de la très grande majorité de la population nationale.

Et le système social qui est mis en place depuis l’indépendance du pays, tend non seulement à perpétuer tout en légitimant cette exclusion, mais à déshumaniser les fils et les filles de la nation. L’exclusion est donc devenue cette grande pathologie sociale qui est arrivée aujourd’hui à sa phase de maturation jusqu’à provoquer la désagrégation/désarticulation et la déconstruction du modèle sociétal haïtien. Sistèm nan bout. Les dernières données socio-économiques et sociodémographiques de la situation haïtienne aujourd’hui en disent long. En effet, 4,000.000 de citoyens et citoyennes haïtiens sont en situation d’insécurité alimentaire.[3] Haïti est le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental, avec un produit intérieur brut (PIB) par habitant de 870 $ en 2018 et un indice de développement humain le classant 168 sur 189 pays cette même année. Selon l’indice de capital humain, un enfant né aujourd'hui en Haïti a un potentiel à l’âge adulte évalué à 45% de ce qu’il aurait pu avoir s’il avait bénéficié d’une éducation et d’une santé complète. Plus de 6 millions d’Haïtiens vivent en-dessous du seuil de pauvreté avec moins de 2.41 $ par jour, et plus de 2.5 millions sont tombés en-dessous du seuil de pauvreté extrême, ayant moins de 1.23 $ par jour.[4]

Ces statistiques effrayantes ne révèlent qu’une chose : l’Haïti d’aujourd’hui est celle de la minorité dominante et non celle de la majorité nationale vivant dans la crasse la plus abjecte et la mort sociale. En cela, je voudrais emprunter au sociologue belge, Didier Vrancken (2010) l’expression de « Social barbare » pour parler de ce modèle sociétal aujourd’hui totalement honni et rejeté par le peuple haïtien qui mène depuis plus de sept ans une lutte sans merci pour la participation sociale et le changement de ce modèle. Dans un monde peuplé de défis, d’incertitudes, nous fait voir ce sociologue, « le barbare incarnerait aujourd’hui une menace diffuse. Il permettrait de prêter un visage, de figurer en quelque sorte le mal, là où précisément s’installe un sentiment d’inquiétude, voire de peur indéfinie »[5]. Il est navrant de constater que l'une des conséquences de cette exclusion est la déstructuration du tissu social haïtien. Désormais, le monde en dehors n'est plus seulement à la campagne: il est carrément en ville et les agents traditionnels de socialisation, notamment la famille et le religieux, subissent les évolutions en ville et à la campagne et sont incapables de les orienter.

Il est évident que la solidarité à affirmer, ne pourra occulter les grandes divisions, les grandes différences, les grandes béances et fractures sociales, mais, à l'image de ce qui s'est passé à Marriott, elle peut indiquer un chemin et les grands repères (les grands référents) qui doivent guider ce cheminement.

N’est-il pas utile de rappeler ici que dans l'univers haïtien travaillé par l'amélioration du taux net de scolarisation (45% en 1989; à présent près de 85%), travaillé aussi par l'accès aux réseaux sociaux, toute situation d'exclusion intolérable ne peut qu'alimenter la révolte notamment des jeunes ? Et si rien n'est fait, nous sommes maintenant condamnés, peu importe l'idéologie des dirigeants et leur bonne volonté, à vivre de cycle de contestations en cycle de contestations.

L’Haïti de demain doit être alors le pays de tous et de toutes, des riches et des pauvres, des paysans et des citadins, des lettrés et non lettrés. Les sceptiques n’hésiteraient pas à considérer ce discours comme relevant du domaine de la rêverie. Mais, il nous faut de temps en temps rêver. Fondée sur l’inclusion et non l’exclusion et l’apartheid social, l’Haïti de demain devra être la société de l’espérance, de la vie et non de la mort, de la solidarité, du bien-être collectif, de l’acceptation de l’altérité, de la différence. Ici, l’autre doit être vu comme le prolongement de soi-même, de l’éthique sociale et du respect des droits fondamentaux du peuple. C’est dans cette Haïti-là que le vivre ensemble deviendrait possible. Chacun aura sa place même les plus faibles.

2. De la nécessité de ce vivre ensemble

La nécessité d’œuvrer pour la réalisation de cet idéal n’est vraiment pas à démontrer. Il va de soi que le changement du système implique très fortement un changement de paradigme social et de comportement du côté des élites dominantes/dirigeantes. Car, il s’agit là du défi principal de la conjoncture actuelle marquée par des luttes nationales et populaires. Nous sommes condamnés à vivre ensemble donc, à cohabiter même si le pouvoir en place continue à ne privilégier qu’une seule stratégie : étouffer la contestation populaire en éliminant physiquement dans les quartiers et lors des mobilisations collectives les leaders du peuple revendicatif. A nos yeux, la stratégie de la violence institutionnalisée, fondée sur la mort ne pourra pas résoudre le problème de l’exclusion. Car, son rejet par la grande majorité du peuple haïtien constitue un enjeu sociétal. Et c’est cela que les élites doivent comprendre en termes de leçon d’histoire.

Il est donc important de cultiver des habitudes de solidarité dans une société. En ce sens que la solidarité envers les autres peut aussi contribuer à assurer sa propre sécurité. En effet, de l’avis de nombreux éducateurs, « quand certains n'ont pas les moyens de vivre décemment, ils peuvent devenir amers, furieux, voire malveillants. Ils pourraient chercher à obtenir de force ce qu'ils n'ont pas et menacer votre situation. Il vaut donc mieux partager suffisamment pour ne pas provoquer l'hostilité des moins riches. La solidarité est un moyen de garantir la stabilité d'une société. En effet, elle permet d'offrir à chacun les moyens de vivre correctement. La recherche du bien commun permet de limiter les trop fortes inégalités sociales. Les ressources de la société sont partagées de façon équitable. Cela évite ainsi les frustrations, les colères et les révoltes de certains. Car, des individus frustrés peuvent représenter une menace pour la société : ils peuvent se rebeller, voler ou chercher à détruire. Le bien individuel ne peut s'obtenir qu'en recherchant le bien de tous. Ainsi, aucun individu n'est laissé de côté ou désavantagé de façon injuste »[6].

Le temps est donc venu pour nous de penser le vivre ensemble en vrai. Fini le temps des « bla-bla » et des fanfaronnades. Nos différences peuvent être de sérieux atouts nous permettant d’aborder sereinement les grands chantiers de la refondation du pays tels que je les ai déjà énumérés dans mon texte intitulé : « Pour une transition refondatrice ». Et cela est possible.

Notes :
[1] Liliane Voyé, Sociologie, Construction du monde, Construction d’une discipline, De Boeck & Larcier s.a., Paris, Bruxelles, 1998, p 105
[2] Cécile Van de Velde, « Solidarité », Sociologie [En ligne], Les 100 mots de la sociologie, mis en ligne le 01 juin 2013, consulté le 12 novembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/sociologie/1770
[3] Jean-Baptiste Lemoine, Secrétaire d’Etat chargé des Affaires de l’Europe sur Vision 2000, mercredi 13 novembre 2019.
[4] https://www.banquemondiale.org/fr/country/haiti/overview
[5] Didier Vrancken, Social barbare, Edition Couleur Livres asbl, Bruxelles, 2010, p 3
[6] https://www.opc-connaissance.com/mieux vivre /solidarite.html

Ecrit à Port-au-Prince, le 20 novembre 2019

Augustin ANTOINE, Sociologue
Membre signataire de l’Alternative Consensuelle pour la Refondation d’Haïti
Tél : 509- 38305486
Email : [email protected]/[email protected]

Solidarité Le concept de solidarité est l’un des premiers mots de la sociologie : Émile Durkheim s’appuie sur la distinction entre la « solidarité mécanique » et la « solidarité organique » pour analyser l’év...

02/11/2019

Pour commentaires, réflexions et débats

POUR UNE TRANSITION REFONDATRICE

Le contexte actuel marqué par la gouvernance catastrophique de Jovenel Moïse, a poussé des millions d’haïtiens et d’haïtiennes (enfants, jeunes et les plus âgés) tant en Haïti qu’au niveau de la diaspora sur le chemin de la mobilisation collective pour l’éviction du Président du pouvoir et au-delà, pour le changement du système. Il faut dire que, dans l’histoire contemporaine du pays, c’est pour la première fois qu’autant de secteurs clés (religieux, politiques, artisans, artistes, les jeunes, les femmes, agents économiques, leaders communautaires, élus, personnalités, milieux d’affaires, etc.) de la vie nationale ont pu s’exprimer ainsi et avec tant de conviction pour le départ d’un Président en fonction. Dans une alliance informelle très large mais active, ils ont fini par constituer ce qu’il convient d’appeler l’opposition plurielle haïtienne des temps modernes.

C’est dans ce contexte de crise générale de l’Etat et de la société, qu’il faut inscrire la démarche des signataires (Groupements et regroupements de partis politiques, mouvements sociaux, syndicats, réseaux associatifs, groupes religieux, groupes socio-professionnels et organisations populaires) de l’Alternative Consensuelle pour la Refondation d’Haïti.

En effet, dans leurs revendications, les acteurs de cette opposition plurielle n’ont pas hésité à mettre l’emphase sur la nécessité d’aller vers une transition refondatrice ou transition de rupture au départ du Président Jovenel Moïse. Il faut entendre par là le besoin exprimé par la grande majorité de la population, longtemps victime des politiques discriminatoires de l’Etat, de remonter à la base de la fondation de la société haïtienne pour pouvoir attaquer les grands maux sociaux et les différents problèmes sociétaux qui nous assaillent comme par exemples, la corruption, l’exclusion et les inégalités sociales.

Soulignons avec Daniel van Eeuwen que « la question des transitions et des consolidations démocratiques débouche sur celles de la mutation des modèles politiques ou économiques et du rythme des changements structurels ou culturels. Il nous semble donc nécessaire de nous attacher à deux éléments clés : la redéfinition du rôle de l’Etat et l’instauration effective de la citoyenneté».2

Le contexte national actuel permet d’être optimiste sur la possibilité d’un atterrissage des pistes de sortie de crise proposées par les signataires de l’Alternative Consensuelle à travers la radicalité de la lutte sur le dossier Petro caribe et la dénonciation des inégalités sociales criantes. En revanche, on ne se doute pas suffisamment que le pays a déjà raté plusieurs opportunités pour un relèvement national : triomphe du mouvement pluri-classiste lors des élections du 16 décembre 1990 puis, la solidarité internationale dont bénéficiât le pays après le séisme du 12 janvier 2010. Chaque fois, les luttes intestines pour le pouvoir et le manque de vision des élites dominantes prennent la place des vrais enjeux sociétaux, pendant que la dite communauté internationale décide du destin du pays à travers le faire-semblant électoral, ce prêt-à-porter comme panacée à tous les problèmes structurels auxquels nous faisons face depuis si longtemps.

Dès lors, il faut bien comprendre que la crise actuelle provient essentiellement non point du refus de la situation d'exclusion sociale, ce refus, parfaitement compréhensible, existait déjà; mais de l'identification de plusieurs responsables de cette situation: l'appareil d'État approprié par quelques "nantis" et pratiquant de manière quasi-exclusive la corruption à grande échelle (à ce niveau Jovenel Moïse se trouve dans une situation paradigmatique), un milieu des affaires dominé par les mafieux, un secteur international tout aussi arrogant, totalement insensible aux multiples cris de désespoir du peuple haïtien. Ce qui peut apparenter aussi à un refus systématique de sa part de chercher à comprendre la quête d’autonomie et de liberté de ce vaillant peuple.

À côté des lourdes problématiques de l'exclusion et des inégalités sociales, celle de la fragilité du pays face aux aléas naturels constitue un véritable défi: tremblements de terre, risques récurrents d'inondation, déboisement des montagnes et les menaces qui en découlent, la situation actuelle de nos villes en majorité côtières face à la montée du niveau de la mer.

Par ailleurs, nos jeunes n'ont plus rien à faire dans la plupart des sections communales; on comprend d'ailleurs pourquoi, à défaut d'aller au Chili ou au Brésil, ils se livrent à toutes sortes de pratiques inhabituelles, fumer de la ma*****na, monter des mini-gangs dans les sections communales qui servent souvent de base d'appui aux vrais gangs. On n'a pas idée du niveau actuel d'armement dans les sections communales. D’où toute l’importance de la question: comment mettre au travail les jeunes des sections communales ou, dit autrement, comment arrêter l'hémorragie actuelle qui frappe ces dernières et rend difficile l'actuelle gestion des villes?

Aujourd’hui, on reconnait tous les signes d’une volonté de rupture avec le système qui produit continuellement la corruption dans tous les appareils de l’Etat et à travers tout le corps social qui soutient l’appauvrissement permanent de la majorité de la population au point d’éliminer peu à peu jusqu’à l’existence d’une classe moyenne. Il redevient alors possible de penser une transition qui soit refondatrice de la société et de l’Etat.

Les conditions d’une transition refondatrice de la nation :

- Cette transition tout d’abord doit durer 3 ans, le temps de travailler à l’assainissement et au recadrage des institutions principales du pays : les ministères et les directions générales comme l’ONA, le FAES, l’OFATMA, la DGI, l’OAVCT, le Conseil Électoral Provisoire, la Police Nationale d’Haïti, de même les institutions de contrôle de l’Etat comme l’ULCC, l’UCREF, la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSC/CA), etc. Concrètement un observatoire devrait être créé avec la charge de pouvoir intervenir dans le contrôle de leur fonctionnement. Sur ce point spécifique, les signataires de l’Alternative Consensuelle ont proposé la mise sur pied de l’Autorité Nationale de Transition (ANT).

- Assurer la sécurité et donc le contrôle de la circulation de tous les citoyens et citoyennes à travers tout le pays afin de résoudre pour le durable le problème des zones de non-droit et des gangs qui sont armés et soutenus par le pouvoir de Jovenel et de nombreux parlementaires. Car, il faut bien le souligner : si des élections se réalisent dans ce contexte, elles le seront par l’argent sale et les armes.

- Face à la crise profonde qui traverse le pays à tous les niveaux social, politique, économique, culturel et symbolique, le problème de temporalité pour la définition des actions à entreprendre s’avère crucial. En effet, le temps de la transition devra être un temps où l’on répond à la demande exprimée par la population à travers toutes les couches sociales : d’abord la réalisation de la Conférence Nationale Souveraine (CNS)1 et le procès du scandale Petrocaribe ensuite, le temps de rechercher des moyens à la hauteur de la crise.

Il se pourrait bien que dans le cadre de la Conférence Nationale, nous ne soyons pas capables d’aborder toutes les problématiques centrales, d'autant plus qu'à chaque fois il faudra, en amont, des éclairages d’experts et, en aval, des consensus formalisés sous la forme, sans doute, de votes de résolutions.

Néanmoins, la Conférence Nationale Souveraine devrait pouvoir se prononcer sur 4 points au moins:

1)La réforme de l'État: l'indépendance et l'équilibre des pouvoirs, le système et le régime politiques, l'administration publique (et les conditions de sa moralisation), les organismes déconcentrés, la prise en charge courageuse par l'État de l'extrême vulnérabilité du pays, la décentralisation (son fonctionnement, les niveaux des collectivités territoriales, les compétences à transférer ou à partager, les ressources à mobiliser)...

2)Le modèle de développement économique en tenant compte d'un aspect souvent occulté: la nécessité de donner immédiatement du travail aux jeunes des sections communales en ouvrant de grands chantiers d'aménagement de bassins versants. D’où découle aussi la nécessité de poser au cours de la période de transition les bases de la nouvelle économie haïtienne en mettant en mouvement le processus de ré-industrialisation du pays. Il faudrait alors prévoir un véritable Plan Marshall pour Haïti. Autrement dit, Haïti doit donner les signes d’un recouvrement de sa souveraineté et donc revoir les contrats chanpwèl de Jovenel Moïse et, en même temps, en attaquant la pratique des contrebandes où l’Etat perd plus de 500 millions de dollars par an, selon plusieurs estimations. Dans tous les cas, appeler à un plan quinquennal de développement économique.

3)La nouvelle Constitution : Il est important que les grands choix de la Constitution fassent l'objet d'un accord au niveau de la Conférence Nationale Souveraine. Il reviendra à l'Assemblée Constituante de mettre en forme et en cohérence ces grands choix fixés démocratiquement. Autrement, on peut se trouver en face d'une Constitution parfaite mais inapplicable, comme celle de 1987.

4)Le contenu de la transition : Il revient à la Conférence Nationale Souveraine de définir le mandat exact de la transition tout en tenant compte de la durée proposée par de nombreux secteurs de la vie nationale. La Conférence Nationale devrait pouvoir stabiliser ou modifier le personnel dirigeant de l'État. C'est aussi à la transition qu’incombera le mandat de créer immédiatement après le vote de la Constitution toutes les institutions prévues par cette dernière.

Il conviendra néanmoins de poser les actes suivants :

- Prendre immédiatement la décision de la décentralisation et redonner aux régions et communes les moyens dont elles ont été privées jusqu’ici ;

- Redonner à la diaspora non seulement sa place dans l’économie du pays, mais aussi dans la vie politique, culturelle et sociale en plaidant pour que la nouvelle Constitution reconnaisse la double nationalité, comme beaucoup de pays y compris la république dominicaine, l’ont fait.

-La transition doit déjà donner les signes d’une volonté de prise en compte des demandes sociales, en créant des lieux de mixité sociale, par exemple dans la circulation, les cantines scolaires, les restaurants populaires et universitaires, les centres de santé dont l’hôpital général à équiper et à moderniser la gestion.

- Remettre l’éducation en première place en insistant tant sur l’accès à l’école et la qualité de l’éducation que sur la gouvernance et le rendement de notre système scolaire. L’Etat doit nécessairement augmenter le nombre d’écoles publiques et doter l’Université des moyens adéquats pour la formation et la recherche scientifique pour le relèvement national.

Des orientations pour une politique d’aménagement du territoire du pays

La transition doit aussi adresser le problème crucial de la déconstruction actuelle de nos villes. Haïti est devenue un pays avec une population à majorité urbaine (52% en 2007 selon UNDP et 64% en 2019 selon la BM 80% en 2050). Cependant la pauvreté et l’inégalité continuent d’augmenter dans nos grandes villes. Loin d’être des lieux de la construction de la citoyenneté et de l’urbanité, elles sont devenues des espaces où se développe une culture de la mort. Nos grandes villes ne sont plus vivables. Elles sont handicapées par les effets pervers du facteur démographique.

Des problèmes d’assainissement se posent sur tout le territoire national. La population n’a pas accès aux services sociaux ni aux infrastructures de base. L’espace habitable est disloqué par le simple fait que le territoire n’est pas planifié et n’est pas gouverné. De plus, nous constatons l’émergence d’une nouvelle réalité sociologique marquée par le phénomène de la rurbanisation qui est la transposition en milieu urbain de pratiques rurales. Les villes haïtiennes et le milieu rural sont devenus monstrueux.

La mise en place d’une forme de gouvernance urbaine demande un jeu multi-acteurs pour que les équipements et infrastructures se mettent en œuvre. Ce système de bonne gouvernance engendrera de nouvelles formes de prise de décisions à court, moyen et long termes sur les territoires urbains qui permettront d’estomper les frontières entre le public et le privé, le formel et l’informel, entre l’Etat et la société civile.

Et pour que cette planification urbaine puisse être effective, il faudra développer une articulation entre système public, monde privé et réseau communautaire. Car, ce sont eux qui vont prendre des décisions sur l’avenir et le devenir des villes. Il y a une impérative nécessité de réaliser cette planification urbaine compte tenu du caractère irrationnel de nos manières d’agir dans l’espace urbain.

A titre d’exemple, nous pouvons souligner la situation de la population dans le département de l’ouest. En effet, la zone métropolitaine de Port-au-Prince s’étale sur le département de l’ouest et concentre 40% de la population, 65% des activités économiques et 85% des recettes fiscales. Mais 80% de sa population vit dans des taudis.

Ainsi, un plan national d’actions devrait inclure une distribution équilibrée de la population sur le territoire afin de mitiger la macrocéphalie de la capitale et permettre aux autres villes de devenir des locomotives de croissance et de bien-être. Les défis à relever sont donc grands et multiples et ne peuvent être seulement l’affaire d’un gouvernement central. Ce qui nous demande d’œuvrer à :

-La gestion de la croissance de la population urbaine ;

-La protection des ressources (eaux, littoral, patrimoine…) ;

-Le développement des services sociaux de base sur le territoire ;

-La programmation des infrastructures de base sur les court, moyen et long termes ;

-Un zonage du territoire dans une perspective de développement accéléré durable ;

-L’augmentation de la mobilité à travers différents types de transport intra et inter urbains ;

-L’augmentation de la résilience des villes face aux catastrophes naturelles ;

-La relocalisation des populations futures vers des zones protégées des changements climatiques ;

-Le respect du droit de cité et des droits humains ;

-La gestion planifiée du foncier (seulement 5% du territoire est officiellement recensé) ;

-La gestion de la fiscalité urbaine;

-Le déclenchement d’un processus participatif de redécoupage administratif du territoire.

Des actions à court termes

-La formation d’une commission de refondation territoriale ;

-La synergie (planification et actions) entre les organismes de l’État s’occupant de l’aménagement du territoire : le CIAT, le SPU du MTPTC, la DATPE du MPCE ;

-L’élaboration des grandes orientations de développement urbain qui seront soumises à la Conférence Nationale Souveraine (CNS) ;

-Nomination des gestionnaires compétents et dynamiques dans les collectivités territoriales Il faudra aider ces collectivités en les staffant et en les équipant ;

-L’Assainissement sur la base des formules de participation communautaire/secteur public/secteur privé ;

-Réunion avec les bailleurs qui financent le développement urbain (BID, UE, USAID, AFD,…) pour programmation des années de la transition.

Notes :

1)Document cadre de l’Alternative Consensuelle pour la Refondation d’Haïti, version du 27 Août 2019, Port-au-Prince, Haïti ;

2)Daniel van Eeuwen, Transitions et consolidations démocratiques en Amérique latine et dans les Caraïbes in Les transitions démocratiques sous la direction de Laennec Hurbon, Actes du Colloque international de Port-au-Prince, Haïti, Editions Syros, Port-au-Prince, 1996 p.18.

Port-au-Prince, le 31 octobre 2019

Augustin ANTOINE, Sociologue
Membre signataire de l’Alternative Consensuelle pour la Refondation d’Haïti
Tél : 509- 38305486
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16/04/2019

Invitation à la Cérémonie de remise de prix aux Lauréats du Concours

06/02/2019

Le Centre d'Education et d'Interventions Sociales (CEIS) vous présente les résultats de la 8ème Edition du Concours national de dissertation philosophique qui s'est déroulé le dimanche 13 janvier 2019 autour du thème "Comment être citoyen dans la République?".

Il en profite pour porter à l'attention de tous (tes) les participants et participantes que la Cérémonie de remise de prix aux Lauréats Nationaux se déroulera sous le haut patronage du Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP), le vendredi 15 février 2019 à partir de 10hAm au local de la Pastorale Universitaire, sis au No 75, de la rue Lafleur Ducheine, en face de ISERSS/IERAH, à Port-au-Prince.

Félicitations aux Lauréats!

13/01/2019

Le concours national de dissertation philosophique se déroule le dimanche 13 janvier 2019, de 9h00Am à 1h00 Pm dans 9 départements géographiques du pays à travers les différents sièges suivants:
1) Département de l'Ouest: Collède Coeur Immaculé de Marie (CIM), #6, 2ème Ave du Travail, Port-au-Prince;
2) Département du Nord: Ecole du Sacré Coeur Filles de Marie, rue 2K, au Cap;
3) Département du Nord'Est: EFFACAP de Fort-Liberté;
4) Département du Nord'Ouest: Lycée Tertulien Guilbeaud, Port de Paix;
5)Département de l'Artibonite: Collège Roger Gayard, Gonaïves
6) Département du Sud'Est: Lycée Pinchinat de Jacmel;
7)Département de la Grand'Anse: Lycée Nord Alexis, Jérémie;
8)Département du Centre:
a) Hinche: Lycée Dumarsais Estimé Hinche
b) Mirebalais: Lycée National de Mirebalais;
9) Département des Nippes: Ecole Nationale de Miragoane, carrefour Lacroix, Miragoane.

Bonne chance à tous et à toutes!

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