16/08/2026
𝐎𝐮𝐚𝐧𝐚𝐦𝐢𝐧𝐭𝐡𝐞, 𝐯𝐞𝐫𝐬 𝐮𝐧 𝐦𝐚𝐫𝐚𝐬𝐦𝐞 𝐢𝐧𝐭𝐞𝐥𝐥𝐞𝐜𝐭𝐮𝐞𝐥 ?
𝐃𝐞𝐬 𝐩𝐫𝐨𝐝𝐫𝐨𝐦𝐞𝐬 𝐚𝐮𝐱 𝐬𝐢𝐠𝐧𝐞𝐬 𝐝’𝐚𝐩𝐩𝐞𝐥.
À l’entrée du centre médico-social de Ouanaminthe, mon regard s’est arrêté sur une silhouette frêle, un signe du pantalon flottant sur des hanches devenues trop étroites, un visage de petit vieux, un corps qui semble avoir perdu une énorme partie de sa substance vitale. Le tableau clinique semble discret, mais suffisamment évocateur pour nécessiter une évaluation médicale et philosophique attentive. En clinique de l’éducation, certains signes ne sont jamais anodins, bien qu’ils ne suffisent pas à eux seuls pour poser un diagnostic d’emblée, ils invitent néanmoins le praticien à rechercher, derrière les apparences, la carence insidieuse qui s’installe.
Il s’agit de « Juana Méndez », une fillette-ville, léthargique, qui au premier regard semble « se laisser mourir ». Privée d’énergie, apathique, son regard est fixe, lointain, comme si elle avait appris à se laisser vivre plutôt que de vivre pleinement. Lorsqu’on interroge son rapport à la nourriture de l’esprit, le constat devient plus troublant, son corps, victime d’une émaciation sévère, ne réclame plus seulement de quoi survivre, il a besoin des nutriments essentiels à sa croissance physique et cognitive. Cette évaluation holistique n’a pas pour but de lui attribuer une maladie, elle se propose plutôt d’interroger certains signes métaphoriques devenus progressivement visibles tels que ; raréfaction de la lecture, disparition de plusieurs activités intellectuelles, pénurie des espaces de débat et de transmission.
Dans l’urgence de cette rédaction, voici déjà une question qui s’impatiente : Et si la frénésie commerciale de notre ville frontalière n'était que le paravent trompeur d'une lente dénutrition de l'esprit ?
En médecine, toutes les formes de malnutrition ne s’installent pas de la même manière. Il y a celle qui survient brutalement, comme une famine soudaine, lorsque l’organisme est privé en peu de temps de toute subsistance. Les signes de cette dénutrition aiguë sont immédiats, spectaculaires et imposent une prise en charge urgente. Il existe cependant une autre forme beaucoup plus pernicieuse, qui réside dans la carence spécifique en nutriments essentiels. Celle-ci s’installe progressivement, parfois pendant des mois ou des années. L’organisme reçoit à manger, mais il subit un déficit chronique en éléments vitaux, ce qui provoque un affaiblissement dont les premières manifestations passent totalement inaperçues. C’est typiquement cette seconde image d'un corps privé de ses ressources vitales qui me vient à l’esprit lorsque j’observe l’évolution de la vie intellectuelle à Ouanaminthe, une ville qui s'alimente, mais qui dépérit lentement, faute des nutriments intellectuels nécessaires à son épanouissement.
Bien qu’il soit difficile d’identifier une date précise d’incubation, force est de constater que, depuis 2010, on a assisté à une déperdition progressive de l’intelligentsia ouanaminthaise, ce qui correspond paradoxalement à l’émergence des cerveaux les plus brillants que la ville ait procréés. Une activité intellectuelle disparaît ici, une autre cesse là-bas, une initiative qui avait suscité de l’enthousiasme n’est pas renouvelée, un concours disparaît du calendrier, un espace de débat se vide, une bibliothèque existe, mais reste insuffisamment animée. Pris séparément, aucun de ces faits ne paraît suffisamment grave pour tirer la sonnette d’alarme, mais lorsqu’on les observe dans leur continuité, ils laissent dessiner un pronostic assez sombre. Et pourtant, si hier on pouvait se plaindre de l’absence d’un centre culturel, d’une bibliothèque, des centres universitaires, aujourd’hui à Ouanaminthe, ces espaces existent, mais la ville peine encore à restaurer et à renforcer son identité intellectuelle. Comment une ville qui compte autant de jeunes diplômés et d’étudiants peut-elle rester si stérile en initiatives de formation ?
𝐐𝐏𝐒, 𝐥’𝐚𝐫𝐛𝐫𝐞 𝐪𝐮𝐢 𝐜𝐚𝐜𝐡𝐚𝐢𝐭 𝐥𝐚 𝐟𝐨𝐫ê𝐭 ?
Il serait pourtant injuste de prétendre que Ouanaminthe n’a connu aucune initiative intellectuelle. Des organisations de jeunes ont, au contraire, tenté d’alimenter la communauté en activités socio-culturelles. L’association MhatriX NG, étant l’illustration la plus éloquente, a porté depuis sa fondation de multiples projets dont les plus impactants sont, entre autres : Foire d’exposition d’organes humains, Apprentissage Par Projet (APP), Ouan’Arts, Atelier de Réflexion sur le Droit à l’avortement, Atelier de Sexualité, Formation autour de la prévention des grossesses à risques et des avortements clandestins, Yon Elèv yon Pyebwa et la mise en place du club : Tribune des Arts et des Sciences (TRAS). Il y eut donc, à plusieurs reprises, de véritables tentatives de nutrition de la pensée.
Malheureusement si l’apport a toujours existé, la continuité fait gravement défaut. De toutes les initiatives de MhatriX NG, 𝐬𝐞𝐮𝐥𝐞 𝐥𝐚 𝐩𝐫𝐞𝐬𝐭𝐢𝐠𝐢𝐞𝐮𝐬𝐞 𝐜𝐨𝐦𝐩é𝐭𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐐𝐮𝐞𝐬𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐏𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐒𝐮𝐫𝐝𝐨𝐮é𝐬 (𝐐𝐏𝐒) a su s'inscrire dans une réelle constance pour la ville entière. Devenu une grande scène nationale de valorisation de la connaissance et une source légitime de fierté pour la ville de la Reine, ce rendez-vous hivernal a pourtant fini par poser une question cruciale : 𝐐𝐏𝐒 𝐧’𝐞𝐬𝐭-𝐢𝐥 𝐩𝐚𝐬 𝐝𝐞𝐯𝐞𝐧𝐮, 𝐦𝐚𝐥𝐠𝐫é 𝐥𝐮𝐢, 𝐥’𝐚𝐫𝐛𝐫𝐞 𝐪𝐮𝐢 𝐜𝐚𝐜𝐡𝐚𝐢𝐭 𝐥𝐚 𝐟𝐨𝐫ê𝐭 ?
Pendant longtemps, ce concours annuel a donné l’impression qu’une émulation intellectuelle majeure demeurait solidement installée. Mais maintenant que QPS appartient pleinement à l’espace national, Ouanaminthe doit accepter de regarder au-delà de l'événement et se demander : 𝐪𝐮𝐞 𝐦𝐞 𝐫𝐞𝐬𝐭𝐞-𝐭-𝐢𝐥 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐚𝐜𝐭𝐢𝐯𝐢𝐭é 𝐜𝐨𝐠𝐧𝐢𝐭𝐢𝐯𝐞 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐦𝐚𝐢𝐧𝐭𝐞𝐧𝐢𝐫 𝐮𝐧𝐞 𝐬𝐭𝐢𝐦𝐮𝐥𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐢𝐧𝐭𝐞𝐥𝐥𝐞𝐜𝐭𝐮𝐞𝐥𝐥𝐞 ? 𝐐𝐮𝐞𝐥𝐬 𝐞𝐬𝐩𝐚𝐜𝐞𝐬 𝐩𝐞𝐫𝐦𝐞𝐭𝐭𝐞𝐧𝐭 à 𝐦𝐞𝐬 𝐣𝐞𝐮𝐧𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐢𝐧𝐮𝐞𝐫 à 𝐥𝐢𝐫𝐞, à 𝐝é𝐛𝐚𝐭𝐭𝐫𝐞, à 𝐚𝐫𝐠𝐮𝐦𝐞𝐧𝐭𝐞𝐫, à é𝐜𝐫𝐢𝐫𝐞, à 𝐜𝐡𝐞𝐫𝐜𝐡𝐞𝐫, à 𝐚𝐩𝐩𝐫𝐞𝐧𝐝𝐫𝐞, à 𝐭𝐢𝐬𝐬𝐞𝐫 𝐝𝐞𝐬 𝐥𝐢𝐞𝐧𝐬 𝐬𝐨𝐜𝐢𝐚𝐮𝐱 𝐞𝐭 à 𝐧𝐨𝐮𝐫𝐫𝐢𝐫 𝐦𝐨𝐧 â𝐦𝐞 ?
En attendant que la ville de Coidavid apporte des réponses à ces interrogations, une certitude demeure entière, aussi prestigieux soit-il, un concours annuel peut être une étincelle, mais il ne saurait, à lui seul, constituer le feu, car c’est la diversité dans la constance qui crée la culture, et c’est la culture qui permet d’instituer une véritable transmission intergénérationnelle.
𝐃𝐞𝐬 𝐟𝐚𝐜𝐭𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐝𝐞 𝐫𝐢𝐬𝐪𝐮𝐞 𝐚𝐮𝐱 𝐚𝐠𝐞𝐧𝐭𝐬 é𝐭𝐢𝐨𝐥𝐨𝐠𝐢𝐪𝐮𝐞𝐬.
Nous sommes tous responsables ! Non pas au même degré, ni de la même manière, mais chacun participe, consciemment ou non, à l’état intellectuel dépravé de la communauté. Le marasme que nous cherchons à comprendre ne possède pas un agent unique, il résulte d’une accumulation de facteurs, de négligences, d’interruptions, d’habitudes et surtout d’une insuffisance de transmission. Il faut donc regarder successivement du côté des aînés, de ceux qui apprennent et de ceux qui auront demain la responsabilité de transmettre.
𝐋𝐚 𝐫𝐞𝐬𝐩𝐨𝐧𝐬𝐚𝐛𝐢𝐥𝐢𝐭é 𝐝𝐞𝐬 𝐚î𝐧é𝐬.
Il faut interpeller celles et ceux qui ont déjà parcouru une longue trajectoire intellectuelle, les cadres, enseignants, professionnels, universitaires et diplômés de haut niveau qui font partie de l’histoire intellectuelle de Ouanaminthe. Leurs maîtrises, leurs doctorats, leurs parcours professionnels et leur notoriété doivent cesser de constituer seulement l’aboutissement d’une réussite personnelle, pour devenir un capital intellectuel à remettre en circulation. Feu « 𝐃𝐚𝐫𝐜𝐞𝐥𝐢𝐧 𝐅𝐋𝐄𝐔𝐑𝐀𝐍𝐓 » aimait souvent dire que la richesse intellectuelle d’une ville ne se mesure pas à l’accumulation des diplômes de ses citoyens mais plutôt à sa totipotence, à mobiliser et à transmettre sa culture. Il est alors impérieux comme devoir que les cadres adultes de l’autre âge, dans un dépassement digne de leur parcours, aillent à la rencontre de la jeunesse pour multiplier les passerelles entre les générations, permettre à un adolescent d’échanger avec un médecin, un juriste, un enseignant, un chercheur, un ingénieur, un écrivain ou tout autre professionnel, non seulement pour lui faire admirer un parcours, mais aussi pour lui faire comprendre que le savoir autotélique et utilitaire peut devenir une voie d’engagement socio-communautaire.
𝐋𝐚 𝐫𝐞𝐬𝐩𝐨𝐧𝐬𝐚𝐛𝐢𝐥𝐢𝐭é 𝐝𝐞 𝐥’𝐚𝐩𝐩𝐫𝐞𝐧𝐚𝐧𝐭.
Il serait trop facile de faire porter toute la responsabilité aux adultes, aux associations ou aux institutions, car dans le triangle pédagogique, l’apprenant demeure l’acteur central de son apprentissage. Une activité peut être proposée, une bibliothèque mise à sa disposition, un débat organisé, mais le goût du savoir ne peut jamais être imposé.
Comment expliquer que les salles de match des concours, les espaces de conférence et de formation restent désespérément vides tandis que les « programmes DJ » se déroulent à guichets fermés ? La jeunesse Ouanaminthaise mérite d’être sévèrement interpellée, pour répondre de ses infractions d’irresponsabilité citoyenne. Elle doit absolument éviter de se faire condamner car le châtiment du jugement moral et intellectuel d’une communauté demeure sévère et sans appel.
Mais attention ! Il ne s’agit pas de condamner les loisirs, au contraire, le cerveau en a besoin, mais de rappeler qu’il ne peut se nourrir uniquement de facilité et de gratification immédiate. L’appétit intellectuel vient aussi en mangeant, pour cultiver le goût de la lecture, souvent il suffit d’un grand titre à quelques lignes, puis quelques pages, puis un chapitre, puis un livre ; une idée, puis un débat, une réflexion, une habitude. L’apprenant doit donc passer progressivement du statut de participant à celui d’acteur, puis de gardien de la vie intellectuelle de sa communauté.
𝐋𝐚 𝐫𝐞𝐬𝐩𝐨𝐧𝐬𝐚𝐛𝐢𝐥𝐢𝐭é 𝐜𝐨𝐥𝐥𝐞𝐜𝐭𝐢𝐯𝐞.
En, aucune catégorie ne peut porter seule cette responsabilité. Les écoles, les parents, les associations, les institutions culturelles, les professionnels, les entrepreneurs, les universitaires de la diaspora et les collectivités doivent pouvoir agir en synergie. Une activité intellectuelle qui naît d’un individu et disparaît avec lui reste une simple averse tandis qu’une activité structurée et transmise par plusieurs générations devient une institution.
𝐐𝐮𝐚𝐧𝐝 𝐥’𝐚𝐭𝐭𝐞𝐧𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞𝐯𝐢𝐞𝐧𝐭 𝐮𝐧𝐞 𝐝𝐞𝐧𝐫é𝐞 𝐜𝐨𝐠𝐧𝐢𝐭𝐢𝐯𝐞 𝐫𝐚𝐫𝐢𝐬𝐬𝐢𝐦𝐞
Il serait trop réducteur d’expliquer la carence des activités intellectuelles à Ouanaminthe uniquement par le manque d’initiatives. La jeunesse Théodorienne évolue aujourd’hui dans un environnement saturé d’écrans, de réseaux sociaux chronophages et de contenus courts qui sollicitent continuellement l’attention. Le défilement incessant, la nouveauté permanente et l’attente d’une récompense immédiate favorisent des habitudes de consultation répétée.
Le phénomène mérite d’être regardé sous un angle neurophysiologique : les contenus numériques courts et imprévisibles peuvent solliciter les circuits cérébraux de la motivation et de la récompense, notamment les voies dopaminergiques impliquant, entre autres, l’aire tegmentale ventrale et le striatum. La dopamine, loin d’être simplement une « molécule du plaisir », participe à la motivation, à l’apprentissage par renforcement et à l’anticipation de la récompense. Chaque nouveau contenu susceptible d’être intéressant peut ainsi entretenir une boucle comportementale, consulter, obtenir une stimulation, anticiper la suivante, puis consulter encore.
À l’inverse, la lecture d’un livre, la résolution d’un problème complexe ou la construction d’une argumentation exigent une mobilisation prolongée de l’attention, de la mémoire de travail et des fonctions exécutives, notamment celles impliquant les réseaux de neurones du cortex préfrontal. La récompense y est souvent différée, il faut persévérer avant d’éprouver la satisfaction de comprendre. Cette différence de temporalité est fondamentale dans le monde de l’apprentissage. Le cerveau étant plastique, s’adapte en partie aux activités auxquelles nous l’exposons régulièrement. Il ne s’agit donc pas de prétendre que les réseaux sociaux « détruisent le cerveau », mais de comprendre qu’une exposition répétée à des sollicitations rapides peut favoriser des habitudes attentionnelles moins compatibles avec certaines tâches cognitives longues et exigeantes.
À Ouanaminthe, cette réalité mérite d’être étudiée plutôt que simplement dénoncée. Combien de nos enfants, adolescents et jeunes fréquentant les écoles classiques ont-ils déjà lu intégralement un livre, en dehors des ouvrages imposés par l’institution scolaire ? Combien peuvent citer le dernier ouvrage qu’ils ont volontairement terminé ? Combien fréquentent réellement une bibliothèque ? Combien participent à un club de lecture, à un débat ou à une activité intellectuelle régulière ? Nous ne disposons pas, à ma connaissance, d’une enquête locale suffisamment représentative permettant de répondre précisément à ces questions. Il faudrait néanmoins commencer par mesurer ce que nous sommes tentés de simplement constater.
Et peut-être même que cet article pourrait constituer une petite expérience à lui seul : combien de jeunes ouanaminthais iront jusqu’à sa dernière phrase ? Non pas pour leur tendre un piège, encore moins pour les condamner, mais parce que leur réponse pourrait nous obliger à réfléchir à la place que nous accordons encore à l’effort cognitif prolongé.
Dans une perspective neuropsychologique de l’apprentissage, le véritable enjeu ici n’est pas de savoir si le jeune ouanaminthais préfère TikTok ou Facebook à un livre, mais plutôt de savoir si notre environnement éducatif lui apprend encore à renforcer sa teneur cognitive et soutenir son attention suffisamment longtemps pour comprendre, réfléchir et aller jusqu’au bout d’une réflexion.
𝐂𝐨𝐧𝐝𝐮𝐢𝐭𝐞 à 𝐭𝐞𝐧𝐢𝐫 : 𝐫é𝐡𝐚𝐛𝐢𝐥𝐢𝐭𝐞𝐫 𝐥𝐞 𝐭𝐢𝐬𝐬𝐮 𝐢𝐧𝐭𝐞𝐥𝐥𝐞𝐜𝐭𝐮𝐞𝐥 𝐝𝐞 𝐎𝐮𝐚𝐧𝐚𝐦𝐢𝐧𝐭𝐡𝐞
Si l’hypothèse d’un 𝒎𝒂𝒓𝒂𝒔𝒎𝒆 𝒊𝒏𝒕𝒆𝒍𝒍𝒆𝒄𝒕𝒖𝒆𝒍 à Ouanaminthe mérite d’être posée, la réponse ne peut être ni émotionnelle ni ponctuelle. En clinique, on ne traite pas durablement une carence sans rechercher sa cause, mesurer son importance, corriger les déficits et assurer un suivi ; il devrait en être de même pour une communauté dont les ressources intellectuelles semblent progressivement s’amenuiser. La première urgence serait donc de mesurer avant de prescrire ; établir un véritable état des lieux de la lecture chez les enfants, les adolescents et les jeunes, de la fréquentation des bibliothèques, de la participation aux concours, clubs de lecture, débats et autres activités de l’esprit, afin que le diagnostic repose enfin sur des données locales plutôt que sur nos seules impressions.
La deuxième étape serait de restaurer une 𝒏𝒖𝒕𝒓𝒊𝒕𝒊𝒐𝒏 𝒊𝒏𝒕𝒆𝒍𝒍𝒆𝒄𝒕𝒖𝒆𝒍𝒍𝒆 𝒓é𝒈𝒖𝒍𝒊è𝒓𝒆. Il ne suffira pas de multiplier les événements ; il faudra créer une continuité : clubs de lecture permanents, débats mensuels, concours d’orthographe, d’éloquence, d’anagrammes et de culture générale, ateliers d’écriture, conférences scientifiques, rencontres avec des universitaires, espaces de lecture réellement fonctionnels, accompagnement des établissements scolaires et programmation annuelle commune entre les acteurs culturels, éducatifs et associatifs, avec pour objectif d’installer une véritable écologie de l’apprentissage.
Cette réhabilitation devra surtout être communautaire. Les écoles ne peuvent pas porter seules cette responsabilité, pas plus que les associations, les enseignants ou quelques jeunes engagés. Il faut mobiliser les parents, les professionnels, les cadres, les institutions culturelles, les entrepreneurs, les organisations de la société civile et la diaspora intellectuelle. Ceux qui ont étudié ailleurs peuvent contribuer à distance, financer un club, parrainer un concours, animer une conférence, accompagner un jeune ou simplement faire circuler des livres et des idées car, en effet, le savoir qui quitte le territoire ne devrait jamais cesser de revenir l’alimenter.
Enfin, toute prise en charge sérieuse exige un suivi. Il faudrait donc se donner des indicateurs simples, combien de jeunes lisent réellement un livre par année, combien fréquentent une bibliothèque, combien d’écoles participent aux activités intellectuelles, combien de clubs fonctionnent encore après deux ans, combien d’initiatives survivent à leurs fondateurs. La continuité doit devenir elle-même un indicateur de santé intellectuelle.
Et peut-être est-ce finalement cela, la véritable conduite à tenir, 𝐧𝐞 𝐩𝐚𝐬 𝐚𝐭𝐭𝐞𝐧𝐝𝐫𝐞 𝐪𝐮𝐞 𝐥𝐞 𝐦𝐚𝐫𝐚𝐬𝐦𝐞 𝐝𝐞𝐯𝐢𝐞𝐧𝐧𝐞 𝐢𝐫𝐫é𝐯𝐞𝐫𝐬𝐢𝐛𝐥𝐞 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞𝐧𝐜𝐞𝐫 𝐥𝐚 𝐫é𝐡𝐚𝐛𝐢𝐥𝐢𝐭𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧. Ouanaminthe n’a pas besoin qu’on lui rappelle seulement ce qu’elle a été, elle a besoin que nous créions ensemble les conditions de ce qu’elle peut encore devenir.
Enfants, jeunes et adultes, sauvons ensemble la vie intellectuelle de la cité royale de Coidavid, avant qu’il ne soit trop t**d.
𝐀𝐥𝐝𝐚ï𝐫 𝐑𝐨𝐦𝐚𝐫𝐢𝐨 𝐅𝐋𝐄𝐔𝐑𝐀𝐍𝐓
𝘔é𝘥𝘦𝘤𝘪𝘯, É𝘥𝘶𝘤𝘢𝘵𝘦𝘶𝘳, 𝘗𝘦𝘯𝘴𝘦𝘶𝘳
𝘗𝘳é𝘴𝘦𝘯𝘵𝘢𝘵𝘦𝘶𝘳 𝘰𝘧𝘧𝘪𝘤𝘪𝘦𝘭 𝘥𝘦 𝘘𝘗𝘚
𝘊𝘰𝘰𝘳𝘥𝘰𝘯𝘯𝘢𝘵𝘦𝘶𝘳 à 𝘭𝘢 𝘤𝘰𝘮𝘮𝘶𝘯𝘪𝘤𝘢𝘵𝘪𝘰𝘯 - 𝘘𝘗𝘚26