18/11/2024
Discours prononcé à Vertières le 18 novembre 1936 par Louis Mercier
… Et la Bataille de Vertières continue pour nous. Nous sommes toujours empoignés par les forces du mal et de destruction. Tous les préjugés imbéciles et funestes ne sont pas encore morts dans nos cœurs et nous portons toujours une âme coloniale. Nous ne comprenons pas quel rôle sublime nous avons joué dans le monde. Nos paysans logent dans des huttes semblables à celles que les colons bâtissaient autrefois pour leurs esclaves. Ils s’habillent comme ils le faisaient à la triste époque coloniale. Nous n’avons pas effacé toutes les traces de l’esclavage. La grande majorité vit encore dans l’ignorance, la misère, l’abjection et cette constatation ne soulève pas notre indignation. Les règles de l’hygiène sont très peu appliquées chez nous. Nos villes n’ont pas encore l’aspect de villes modernes et nos campagnes sont trop délaissées. Nous ne sommes pas encore de grands constructeurs et nous marchons sur trop de ruines. Nous sommes, disons-le, à l’arrière-plan de la civilisation. Nous ne voulons pas aujourd’hui prendre un large bain d’idéalisme, avoir pitié des humbles, des faibles, des opprimés, sortir de l’espace étroit et asphyxiant où nous nous emprisonnons volontairement, devenir de réels citoyens Haïtiens, ayant l’amour sincère et profond de nos frères, nous dépouiller du fanatisme, de la haine, adopter et appliquer les belles lois de la Justice sociale et de la Solidarité humaine, nous débarrasser totalement de tous les virus qui empoisonnent nos cœurs et nos cerveaux : préjugés de castes, préjugés de localités, survivances affreuses d’un passé maudit dont nous devons nous dépouiller totalement. C’est pour la Liberté, c’est pour la Fraternité que nos Pères ont fait des efforts immenses. Il ne faut pas que leurs sacrifices soient inutiles. Il ne faut pas, non plus, que tous ces étrangers que notre Histoire fascine et qui nous admirent soient déçus du triste spectacle que nous leur offrons.
Il n’est de belle vie qu’à l’ombre vivifiante d’un grand rêve et dans le cadre fleuri d’un pays admirable où toutes les nobles activités trouvent un champ favorable, où toutes les conquêtes humaines s’épanouissent magnifiquement, où l’intelligence, la volonté et la raison s’appliquent à maintenir la Justice, la Bonté, la Fraternité, mères tutélaires de tout progrès.
Ouvrons nos cœurs à l’Amour. Développons chez nous toutes les œuvres sociales appelées à faire un sort meilleur aux infortunés. Prenons le ferme propos de travailler jusqu’au sacrifice au salut national. C’est le seul moyen pour nous de grandir. Reprenons la VOIE SACREE où nos aïeux se mouvaient avec tant d’aisance. Soyons comme eux des pionniers, des combattants, DES SOLDATS DE VERTIERES. Dans le champ social que nos mains auront défriché et ensemencé plus largement et plus profondément, il faut que les épis soient un jour plus beaux et plus abondants. La lutte se poursuit et nous devons rester maîtres du terrain. Répétons, répétons sans cesse cette vérité libératrice:
LA BATAILLE DE VERTIERES CONTINUE