02/10/2026
et de 10 ! Nous sommes à mi-parcours et nous accueillons avec grand plaisir Joanna de la de Communes de Hanau-La Petite Pierre , fidèle à Wimmenau depuis 38 ans.
« Wimmenau forever »
Née à Ingwiller — quelques jours, le temps de la maternité. Puis Wimmenau, pour de bon. À part une première année de fac à Strasbourg, Joanna Leininger n'a jamais quitté le village. Pas par manque d'occasions. Par évidence.
L'éveil
Elle n'a jamais été une grande élève, dit-elle sans complexe — collège, lycée Adrien Zeller à Bouxwiller, sans vraiment savoir où elle allait. « J'ai toujours eu besoin de beaucoup travailler pour réussir. »
À la ComCom, Joanna travaille aujourd'hui avec une vice-présidente qui se trouve avoir été son enseignante pendant quatre ans — deux ans au collège, deux ans au lycée. En retombant récemment sur un vieux bulletin, elle a relu l'appréciation de l'époque : « de bonnes capacités de réflexion. » Se souvient-elle que son ancienne élève est aujourd'hui chargée de mission dans la même maison qu'elle ? Elles n'en ont jamais reparlé. La boucle pourtant est bouclée.
Elle sort du bac sans direction précise. « Je me cherchais. » La fac de sociologie à Strasbourg s'impose, presque par défaut. Et pourtant, quelque chose se déverrouille. Elle tombe sur Maurice Wintz — président d'Alsace Nature, maître de conférences — et sur ses cours de sociologie rurale, de sociologie de l'environnement. « C'est lui qui m'a permis de m'éveiller à l'esprit critique. » Elle découvre le plaisir de creuser, de comprendre comment s'articulent les enjeux environnementaux et les territoires. Pour la première fois, elle a une direction.
Un stage pour Alsace Nature complète la révélation — une enquête sur les pesticides en milieu agricole. En discutant avec des naturalistes, elle prend conscience pour la première fois du territoire dans lequel elle a grandi. « Wimmenau, c'est en plein cœur du massif forestier. Pour moi, c'était normal. Je n'avais pas conscience d'évoluer dans un milieu hyper préservé, avec une biodiversité hyper riche. » Ce jour-là, elle se dit qu'elle habite au bon endroit.
Le train de sa vie
Depuis Wimmenau, la ligne TER file vers deux horizons : Strasbourg d'un côté, Sarreguemines de l'autre. Ce sera les deux — toute une carrière construite dans un sens puis dans l'autre, mais toujours depuis le même village.
C'est déjà le train pour Strasbourg pendant les études d'urbanisme et d'aménagement du territoire. Durant cette période, elle candidate à la communauté de communes du Pays de La Petite Pierre pour son stage. Le sujet : l'identité du territoire, le sentiment d'appropriation des habitants. Quel hasard — elle mène une enquête sur ce qu'elle ressent elle-même depuis toujours, sans jamais vraiment avoir pris le temps de l'exprimer.
Après quelques jobs alimentaires, elle rejoint la région Alsace pour un remplacement de congé parental. Une grande organisation, ses codes, sa rigueur. Formateur. Nécessaire. Puis fin de contrat — elle change de direction, cap sur Sarreguemines. Instructrice droit du sol à la ville, puis à l'agglo. Là, quelque chose s'ouvre vraiment. Son directeur voit en elle autre chose qu'une instructrice — il lui propose de prendre la tête du service aménagement pendant un congé maternité. Elle dit oui. « J'aime les défis. » Elle se retrouve dans un consortium européen sur l'hydrogène, des réunions en anglais à Grenoble — elle ne comprend pas tout, mais elle mesure la chance qu'on lui offre. Elle développe le maillage de bornes de recharge électrique, s'approprie les mobilités douces, les énergies, la gestion différentielle des espaces verts. Les sujets s'accumulent, les compétences aussi. Pendant tout ce temps, toujours le train, toujours Wimmenau.
Le retour, enfin
Elle a un premier enfant. Son mari est souvent en déplacement en semaine. L'équilibre devient compliqué — le besoin de se rapprocher, de chez elle. Un poste s'ouvre à la ComCom Hanau-La Petite Pierre. Elle candidate. Elle n'est pas retenue. Un an passe. La ComCom rappelle — est-elle toujours intéressée ?
Oui. Pleinement, profondément, enfin.
Trois jours après avoir appris qu'elle est retenue, elle découvre qu'elle est enceinte. Rien n'est encore signé. Elle aurait pu se taire, gagner du temps. Mais ce n'est pas dans sa nature. « Par honnêteté, je leur ai dit. » L'honnêteté a payé. La confiance est confirmée. Elle prend ses fonctions en 2019.
Un poste, mille missions
Son intitulé de poste n'a jamais changé : chargée de mission environnement. En six ans, les missions, elles, ont tout changé. Le plan paysage d'abord — renaturation, vergers, continuité écologique. Puis les bornes de recharge électrique, le schéma cyclable, et plus récemment les énergies renouvelables avec la boucle d'autoconsommation collective. « Je touche à plein de sujets. Mais je ne me sens jamais spécialiste en rien. » Frustrant et enrichissant à la fois. « Mon mari a toujours tendance à dire que je fais un hobby parce que je me sens jamais sous la contrainte de faire quelque chose. C'est précieux, ça. »
Wimmenau forever
Joanna n'a jamais quitté Wimmenau. Deux entorses seulement en 38 ans — quelques jours à la maternité d'Ingwiller à sa naissance, et cette première année de fac à Strasbourg, interrompue assez vite par un incendie dans l'immeuble où elle logeait. Elle rentre. Elle reprend le train. Wimmenau, toujours.
Pendant des années, l'engagement passe par le handball — vingt ans à la MJC de Wingen sur Moder. « Ma deuxième famille — celle qu'on choisit. » Les mêmes visages pendant des années, des témoins de mariage aujourd'hui. Elle arrête enceinte de son premier. Ce qui reste, dans tous les états de vie, c'est la course à pied — depuis toujours, en forêt, au moins une fois par semaine. « Une sortie en forêt, ça vaut tous les anxiolytiques du monde. »
Quand ses deux enfants gagnent en autonomie, l'engagement associatif reprend. Les Centrales Villageoises, Terre Active, le Petit Déclic à Ingwiller — des convictions partagées, des rencontres humaines qui dépassent l'engagement. La veille professionnelle alimente ce qui se fait en association, et les connaissances acquises en association alimentent ce qu'elle met en place à la ComCom. « L'un nourrit l'autre. En plus, sur le même territoire. »
Mettre ses convictions au service d'un territoire qu'elle aime, croire en l'intelligence collective, que chaque individu a quelque chose à apporter — c'est ce qui la fait avancer. Certes, la transition écologique peine à s'imposer dans le débat national, c'est parfois usant. Mais elle n'est pas éco-anxieuse. « J'essaie de pas l'être. Je pense que pour me préserver, il y a intérêt à ne pas l'être. » Elle est plutôt optimiste.
Où sera-t-elle dans dix ans ? « Là où les opportunités m'auront menée. Mais pas très loin d'ici, à mon avis. »
CQFD.
🔎 Portrait #10 · 20 Editions - 20 Portraits
Avec Communauté de Communes de Hanau-La Petite Pierre