Lieutenant François Thomas

Lieutenant François Thomas Ceci est le journal de guerre que j’ai tenu du 21 septembre 1914 au 29 avril 1915 dans les tranch?

À vous, qui avez partagé un passage de ma vie dans les tranchées...                                 Je suis sorti vivant...
30/04/2015

À vous, qui avez partagé un passage de ma vie dans les tranchées...

Je suis sorti vivant de cet enfer mais, marqué à jamais. J’ai arrêté de combattre le 24 mai 1916 à Douaumont quand un éclat d’obus m’a fait perdre l’œil gauche. J’ai reçu la croix de guerre avec palmes en 1915 et la légion d’honneur en 1916.

A partir de 1926, Marthe, nos quatre enfants, Jeanne, Yvonne, Jean-François et Paul, et moi avons vécu au 11 rue du Docteur Roux à Viroflay. J’ai continué à enseigner l’histoire et la géographie pendant plusieurs années, puis je suis devenu inspecteur général honoraire au ministère des Anciens combattants et victimes de guerre.

Mon épouse et moi avons fait des beaux voyages : l’Egypte, la Palestine, l’Italie… Je suis même allé en Océanie à plus de 71 ans ! Passionné de montagne, j’allais skier tous les hivers avec mes enfants.

Le 13 août 1970, j’ai rejoint Marthe, décédée en 1953, et notre fils Jean-François, mort pour la France en 1944. Ma tombe se trouve au cimetière de Viroflay.
La Grande Guerre n’était malheureusement pas la « der des ders ».

Après avoir éprouvé l’enfer des tranchées, la mort de mon frère et de mon fils, j’espère qu’aujourd’hui, en ce XXIe siècle, mes petits-enfants et leurs enfants vivent dans un monde en paix...

29/04/2015

Je passe une grande partie de mon temps en dehors de la rustique maison que j’ai faite construire dans l’angle de la Ravine. Assis dans un large fauteuil que l’un de mes hommes m’a fait, tressé d’un souple osier, je lis. De temps à autre, je me détourne de ma lecture et je regarde autour de moi, cette fois le printemps est venu. Dans le bois des merles, des rouges-gorges, des pinsons ou des mésanges se mettent à chanter ou à siffler.

28/04/2015

Le séjour à la Ravine est pour moi une période de tranquillité. Pas de pertes à redouter dans la compagnie, les hommes ne travaillent pas dans des zones soumises à bombardement. Délivré de mes soucis habituels, je jouis pleinement de mes loisirs.

Le commandement s’est enfin avisé qu’il était pénible et absurde d’envoyer chaque nuit des groupes d’hommes à Vassogne p...
27/04/2015

Le commandement s’est enfin avisé qu’il était pénible et absurde d’envoyer chaque nuit des groupes d’hommes à Vassogne pour prendre livraison et transporter sur le plateau, à dos d’hommes, les tonnes de vivre et de matériel nécessaires à la subsistance et à l’organisation d’un régiment. La construction d’un funiculaire primitif a été décidée. Le génie a établi les plans et les soldats compétents de cette armée dirigeront les travaux mais ce sont mes soldats qui transporteront à pied d’œuvre les rails et les câbles et qui les poseront.

Hier soir ma compagnie est revenue à la Ravine. Cantonnement d’alerte mais pas cantonnement de repos certes car les trav...
26/04/2015

Hier soir ma compagnie est revenue à la Ravine. Cantonnement d’alerte mais pas cantonnement de repos certes car les travaux les plus variés nous attendent. Un seul avantage : la sécurité. Les pentes du revers du plateau de Paissy sont si fortes que les obus ennemis ne peuvent les toucher.

C’est le deuil de mon frère qui emplit mon cœur, insensible à la joie du renouveau, il repose en terre picarde et ma pen...
21/04/2015

C’est le deuil de mon frère qui emplit mon cœur, insensible à la joie du renouveau, il repose en terre picarde et ma pensée revient toujours au temps de notre rustique enfance. Ces plaines et plateaux de l’Aisne me paraissent encore plus monotones, plus ternes, plus funèbres quand je revois par la pensée les beaux sites que nous nous plaisions à fréquenter.

Hier soir, retour à Pargnan ! J’avais fait porter des ordres pour que les cantonnements fussent propres et les paillasse...
19/04/2015

Hier soir, retour à Pargnan ! J’avais fait porter des ordres pour que les cantonnements fussent propres et les paillasses mises en place pour l’arrivée de la compagnie. La « relève » s’est faite dans un silence si grand que les Boches, malgré qu’ils fussent bien près de nous n’ont eu aucun soupçon. Cela est heureux car les boyaux de départ vers l’arrière eussent été fortement bombardés et nous aurions eu à déplorer des morts et des blessés.

Le sergent-major m’apporte l’état des pertes du jour pour la signature un tué et trois blessés par éclats d’obus. Je me ...
18/04/2015

Le sergent-major m’apporte l’état des pertes du jour pour la signature un tué et trois blessés par éclats d’obus. Je me fâche. Je veux, lui dis-je être avisé immédiatement des blessures reçues par les hommes, je tiens à les voir avant qu’ils ne soient évacués.

18/04/2015

Je fais creuser derrière la première ligne une tranchée de soutien. Sur la trace de la tranchée, les hommes ont trouvé un vieux cimetière avec des cercueils de pierre. Je suis en présence de très antiques sarcophages faits de pierre du pays. J’en fais dégager trois pour les examiner. Nous trouvons les squelettes entièrement recouverts de grains de blés noirs et polis. Dans l’un des cercueils, un vase semble avoir contenu de la nourriture, dans un autre je découvre une petite pièce datant de Marc Aurèle. Nous nous trouvons dans une nécropole romaine antérieure au christianisme.

Nous sommes revenus aux tranchées cette fois à la lisière du Bois Foulon position que ma compagnie a déjà tenue. Quel ch...
17/04/2015

Nous sommes revenus aux tranchées cette fois à la lisière du Bois Foulon position que ma compagnie a déjà tenue. Quel changement s’est produit dans les champs. Les betteraves qui n’ont pas été arrachées à l’automne, ont monté et fleuri. Jamais encore je n’avais vu de betteraves en fleur. Leurs tiges molles et vertes enveloppent les barbelés et masquent les tranchées ennemies. Elles répandent un parfum délicieux.
Un écriteau fiché en terre porte l’inscription « limite du secteur de la 6e compagnie ». Il m’interdit d’aller plus loin. Pourtant malgré les balles et les obus, j’entends la chanson d’une alouette des champs. Je suis prisonnier de corps mais mon esprit reste libre et comme l’alouette dans le ciel bleu, il s’évade de ces champs de la mort.

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Viroflay
78220

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