03/10/2022
On vous a déjà qualifié de “Trop sensible”, “susceptible”, “à fleur de peau”... Moi c’est souvent. Je fais partie des 30% de la population mondiale dite Hautement sensible, ultra-sensible ou encore hypersensible (d'après les dernières études anglo-saxonnes sur le sujet). Peu importe le terme, on parle ici d’une population qui a une sensibilité largement au-dessus de la moyenne.
De fait, Il en découle un mode de fonctionnement spécifique, singulier, qui est souvent perçu de manière péjorative voire négative dans l’environnement professionnel et même privé. Et pourtant, s’il est accepté, apprivoisé (déjà par soi-même) et accompagné, il peut à la fois permettre un épanouissement des personnes concernées et représenter une grande ressource pour les organisations.
Haute sensibilité ?
C’est une erreur courante de penser que la haute sensibilité ne se traduit que par de fortes émotions. Elle concerne en réalité un ensemble plus large : le traitement sensoriel approfondi des informations. En clair, les informations ne sont pas filtrées par le cerveau. Tout est reçu, en vrac et ça fait beaucoup, beaucoup d’informations à la fois : ce qui ressenti par les sens, les informations émotionnelles, sentimentales, intuitives, de l’ordre de l’imagination ou de la pensée.
Le temps de traitement des informations est donc plus long car aux informations factuelles de l’environnement s’ajoute les informations « invisibles » que peut percevoir la personne hautement sensible.
Quelques caractéristiques pour identifier la haute sensibilité.
Je vous partage quelques situations vécues qui pourront peut-être éclairer le sujet, même si chaque personne hautement sensible a son propre degré de sensibilité et son propre mode de fonctionnement.
L’intuition
Je rentre de voyage. Quatre jours en déplacement. En rentrant, prise d’une intuition, j’effectue une recherche sur mon ordinateur, sans raison ni demande particulière. Une recherche bien précise qui concerne un gros dossier, laissé en latence depuis des mois. Et je tombe par hasard, en farfouillant parmi les liens proposés, sur une information qui m’a éclairée sur un aspect essentiel du dossier…
Percevoir ce qui n'est pas encore explicable, c'est une capacité de la personne hautement sensible.
L’imagination
Quand je pars en randonnée, je peux « faire marcher » ma fille de six ans, pendant deux heures en lui racontant des histoires inventées (oui c’est pratique)😊 Mon imagination est fertile, riche et toujours renouvelée. Une personne hautement sensible est capable de former des images d'objets ou de faire des combinaisons de nouvelles images ou idées, ou de se représenter des situations possibles.
La pensée en arborescence
Dès que l’on me partage une information, j’ai une pensée abondante qui semble fuser dans tous les sens. Dès qu’une idée traverse mon esprit, elle en génère des centaines d’autres, qui à leur tour vont engendrer des sous-idées. C’est le bo**el, si on ne sait pas comment le gérer bien sûr !
Une intensité émotionnelle
Je me revois présenter le projet de ma 1ère création d’entreprise en 2006. C’était une simulation sans enjeu. Et pourtant, un membre du jury n’adhère pas, il questionne, cherche la faille. Je le prends mal, mon projet est bien ficelé. Les remarques fusent de sa part (sans intention autre que de chercher à valider le projet). Il ne m’en faudra pas plus pour penser que le projet ne vaut rien et finir comme si le monde s'écroulait autour de moi. De mettre des heures à me consoler ou être consolée. Incompréhension des gens autour, normal...
Chaque émotion envahie une personne hautement sensible par son intensité, ou par la variété des émotions vécues.
Je suis capable de ressentir et d’être fortement impactée par les émotions des autres. Par exemple, quand je rentre dans une salle de formation, je peux ressentir les émotions des participants présents et me sentir à l’aise ou mal à l’aise avec cette ambiance…
Le sens des nuances et des subtilités
Je suis réceptive au langage implicite, au non verbal : mimiques, regards, postures, grimaces… sont autant d’informations qui viennent s’ajouter au discours et valident totalement, en partie ou pas, la cohérence entière de la personne en face de moi.
L’hyperesthésie ou la capacité à ressentir x100
La capacité à ressentir par les sens. Je suis par exemple très sensible au bruit, un environnement sonore bruyant peut m’épuiser assez vite. D’autres seront sensibles aux odeurs, aux contacts…
Voici pour certaines des caractéristiques principales de la Haute sensibilité dont les conséquences sur le comportement ne sont pas anodines.
Les conséquences de la haute sensibilité
Quand on est hypersensible, on a tendance à se fatiguer plus rapidement à cause des tensions subies, des stimuli extérieurs, de la surexposition au stress, du trop-plein d'émotions. Les variations émotionnelles provoquent une fatigue physique et psychique en continu.
La tentation de parler de personnes « vulnérables » les personnes avec ce profil singulier n’est pas loin.
Dans la vie privée comme dans la vie professionnelle, cette sensibilité exacerbée amène souvent les concernés à se sentir différents, et provoque un sentiment d’inadaptation sociale qui peut être handicapant. J'ai mis personnellement des années à aborder et accepter cette question pour l'apprivoiser et en faire un levier dans mon activité.
Et au travail ?
De ce que je peux constater dans les milieux ou j’évolue en tant que coach professionnelle, la stratégie adoptée le plus largement par mes clients hautement sensibles consiste à tenter de se couper de leur sensibilité. Parce que même si parfois certains perçoivent son potentiel de ressources, elle est souvent vécue de manière négative. Se cacher permet plus facilement de « rentrer dans le moule » mais à quel prix ?
Il faut dire que les personnes que j’accompagnent ne savent parfois même pas que le stress, les hauts et les bas, les blocages, le découragement, le manque de motivation, la difficulté relationnelle, les débordements émotionnels auxquels elles font face, sont le fruit de cette haute sensibilité.
Loin d’être une mode, la haute sensibilité est un sujet à part entière. Le ratio est en effet le même en entreprise, 30% de la population y est hautement sensible. Elle pourrait être une fabuleuse ressource de développement des organisations, force est de constater que c'est pour l'instant un angle mort pour la majorité d’entre elles.
Or quand chacun est supposé donner le meilleur de soi dans un environnement concurrentiel sans concession... se pencher sur le management de la sensibilité et en faire une ressource de développement serait une question intéressante, non ? Oser sa singularité et en proposer toute la richesse à son environnement, on en parle ? ... :-)