15/06/2026
Peut-on dénoncer la discrimination quand un Noir est exclu, puis lui retirer sa nationalité symboliquement quand il représente son pays ?
Quand le jeune Sénégalais 𝗠𝗮𝗺𝗮𝗱 expliquait qu'on lui avait refusé un stage parce qu'il n'était pas Français, beaucoup d'entre nous ont crié au scandale. Nous avons parlé de discrimination, de racisme et d'exclusion. Et nous avions raison de dénoncer cela.
Mais alors comment peut-on, dans le même temps, applaudir l'idée selon laquelle les joueurs noirs de l'équipe de France seraient avant tout africains et non français ?
Si un joueur est né en France, a grandi en France, a étudié en France et porte le maillot de la France, pourquoi vouloir lui retirer sa francité uniquement parce qu'il est noir ?
C'est contradictoire.
Le plus inquiétant, c'est que ce genre de discours peut finir par produire l'effet inverse. Certains finiront par dire : « Puisqu'ils ne représentent pas vraiment la France, alors ne les prenons plus. » Et les mêmes personnes qui applaudissent aujourd'hui parleront demain de racisme.
Deuxième contradiction : on a demandé à Ousmane Sonko son avis sur un match Sénégal-France. C'est lui qui transforme le débat en 𝗔𝗳𝗿𝗶𝗾𝘂𝗲 𝗰𝗼𝗻𝘁𝗿𝗲 𝗙𝗿𝗮𝗻𝗰𝗲 en disant que, quel que soit le vainqueur, c'est l'Afrique qui gagne.
Pourtant, lorsque des sommets « 𝗙𝗿𝗮𝗻𝗰𝗲-𝗔𝗳𝗿𝗶𝗾𝘂𝗲 » ou certains discours occidentaux réduisent 𝗰𝗶𝗻𝗾𝘂𝗮𝗻𝘁𝗲-𝗾𝘂𝗮𝘁𝗿𝗲 𝗽𝗮𝘆𝘀 à une seule entité appelée « Afrique », nous sommes les premiers à dénoncer cette vision réductrice.
Pourquoi ce qui nous choque lorsqu'il vient des autres deviendrait acceptable lorsqu'il vient de notre propre camp ?
Enfin, il y a un problème plus profond.
Nous passons trop de temps à nous satisfaire de victoires psychologiques.
Si la France gagne une compétition, le trophée ira à la France. Le palmarès sera celui de la France. Les résultats resteront ceux de la France.
Dire que « l'Afrique a gagné » ne change rien à cette réalité.
Nous devons arrêter de nous contenter de victoires imaginaires et commencer à rechercher des victoires concrètes.
Nous avons besoin de poser des actes. Nous avons besoin de construire, de produire, d'innover, de travailler, de progresser et de rivaliser par nos réalisations.
𝙇𝙚 𝙧𝙚𝙨𝙥𝙚𝙘𝙩 𝙣𝙚 𝙨𝙚 𝙙é𝙘𝙧è𝙩𝙚 𝙥𝙖𝙨. 𝙄𝙡 𝙨𝙚 𝙜𝙖𝙜𝙣𝙚.
Ce n'est pas en répétant que nous sommes forts que nous deviendrons forts. Ce n'est pas en transformant chaque événement en victoire symbolique que nous avancerons.
Les vraies victoires sont celles qui changent concrètement la vie des populations.
Le développement se construit par les actes, pas par les slogans.