29/05/2020
CAPSULE # 43
Avez-vous depuis la dernière Capsule refait le plein de vert et de nature à pleins poumons ?
Avez-vous regardé d’un œil neuf les massifs fleuris et les arbres majestueux des parcs toulousains désormais réouverts ?
Avez-vous remarqué les herbes sauvages qui ont profité du confinement et se sont infiltrées entre les dalles, les brèches des murs, voire les joints des portes de voiture restées fermées quasi deux mois ?
Ceux qui ont poussé jusqu’à Saint-Cyprien, Toulouse, ont-ils vu en sortant du métro l’arche végétale qui commence à s’étoffer sur le parvis de la mairie de quartier ? ( https://cutt.ly/gyGdwhV)
Avez-vous été, - comme Mathis notre stagiaire, sensible et attentif aux arbres et à la nature qui l’entoure -, rassuré d’apprendre que l’homme souffrait de cécité botanique, sorte de bug neuronal, qu’on pourrait faire sauter si la consigne « observer, nommer » était substituée à la simple réaction de « regarder, voir » ?
Dans ce temps de déconfinement et de retrouvailles avec ce qui était déjà là avant, avez- vous expérimenté la différence entre ce que voient vos yeux-yeux et ce que voient/analysent vos yeux-cerveau ?
Votre regard s’est-il affûté ? Votre observation s’est-elle méfiée de ce qu’elle a sous le nez ?
On l’a vu, le cerveau pour s’économiser, s’automatiser, prend des raccourcis, simplifie et se fait avoir. C’est ce qu’on appelle des biais cognitifs. La grosse machine qu’est le cerveau collectionne ces raccourcis. C’est rapide, ça mange pas de pain et ça fonctionne 2 à 3 fois sur 5.
On dit que Lewis Caroll aurait fait dire à son Alice au pays des merveilles ceci : « Mais alors si le monde n’a aucun sens, qu’est-ce qui nous empêche d’en inventer un ? » Comme beaucoup de citations faisant le buzz, il semblerait que celle-ci n’ait jamais été dite par Alice ou Lewis. Ca ne l’empêche pas quand même de dire vrai, plus ou moins. Si on y ajoute l’énoncé du botaniste du Muséum de la précédente Capsule : « A partir du moment qu’on nomme quelque chose, on lui donne une existence », (https://youtu.be/psKTl47QmdM), on a tous les ingrédients pour faire planter le raisonnement logique critique et arriver à une interprétation biaisée.
Exemple avec les complotistes, très forts pour construire une logique de guerre sur les perceptions et les interprétations rapides qui en sont faites par les humains, plus que jamais en quête de sens (et de magie) en période de stress.
Attentats du 11 septembre 2001. Certains voient dans la fumée du Word Trade Center le visage de Lucifer à l’oeuvre. (photo dans l’album)
Certains voient aussi les signes d’une conjuration raciste sur le paquet de Marlboro : ils y voient trois « K », la cagoule du Ku Klux Klan (dans les zones blanches entre les pattes des chevaux!) et l’expression « orobl jew » (horrible juif) en retournant le nom. (photo dans l’album)
Oui, tout cela est bien tiré par les cheveux mais un grand nombre d’êtres humains y croient, « Mais si, tu le vois pas là ? Si je le vois, c’est que ça existe ! », à la grande joie des complotistes qui recrutent beaucoup lorsque le cerveau, stressé, se met en mode automatique et en oublie de réfléchir et analyser.
« A partir du moment qu’on nomme quelque chose, on lui donne une existence ».
Le fait de voir et interpréter des choses là où il n’y en a pas s’appelle une « paréidolie ». Quand vous voyez et reconnaissez une forme familières dans les nuages, vous faites l’expérience de la paréidolie. Quand vous y voyez un signe, vous lui donnez un sens et une existence ; c’est l’expérience du biais cognitif.
Vous trouverez une sélection de paréidolies dans l’album photo de cette Capsule.
Ouvrez l’oeil, mettez-vous en position de recul et observez vos réactions, vos mécanismes de pensée, peut-être vos troubles.
Souriez et la prochaine fois que vous serez à l’extérieur, portez un regard neuf et reconnaissant aux signes toujours renouvelés et sensés que la nature nous offre.
Prenez soin de vous et de vos neurones !
Myriam, E2C Toulouse