06/10/2026
Je suis profondĂ©ment touchĂ©e par ce qui se passe aujourdâhui.
Pas parce que les jeunes expriment leur colÚre, leurs inquiétudes ou leurs revendications. Beaucoup de ces difficultés ne sont malheureusement pas nouvelles.
Il y a plus de quinze ans dĂ©jĂ , mes enfants Ă©taient en terminale S dans des classes de prĂšs de 40 Ă©lĂšves. Lâhiver, ils pouvaient suivre les cours avec bonnet et gants tant il faisait froid dans certains locaux. LâĂ©tĂ©, ma fille pouvait ĂȘtre renvoyĂ©e pour aller se « rhabiller » parce quâelle Ă©tait en short et tee-shirtâŠ
Les difficultĂ©s de notre systĂšme Ă©ducatif, la pression de lâorientation, la peur de ne pas trouver sa place ou de ne pas rĂ©ussir son avenir existaient dĂ©jĂ . Et aujourdâhui encore, jâentends lâinquiĂ©tude de cette jeunesse.
Je peux comprendre des jeunes qui se mobilisent parce quâils veulent ĂȘtre entendus, Ă©tudier dans de meilleures conditions, trouver leur voie et construire leur avenir.
Mais soutenir leur droit Ă sâexprimer ne signifie pas tout accepter.
La violence, les dĂ©gradations, lâantisĂ©mitisme, le racisme, la haine des musulmans ou de toute autre communautĂ© nâont leur place ni dans une Ă©cole, ni dans une manifestation, ni dans notre sociĂ©tĂ©.
Le 7 octobre a Ă©tĂ© marquĂ© par des atrocitĂ©s qui ne peuvent ĂȘtre ni banalisĂ©es ni justifiĂ©es. Je ne suis pas juive et pourtant, bien Ă©videmment, je me sens solidaire de celles et ceux qui ont vĂ©cu cette horreur et de toutes les personnes confrontĂ©es Ă lâantisĂ©mitisme.
Et je veux porter la mĂȘme exigence lorsquâune personne est attaquĂ©e ou rejetĂ©e en raison de sa religion, de son origine ou de ce quâelle est.
Dans mon Ă©cole, je vois chaque jour quelque chose qui me donne de lâespoir.
Des chrĂ©tiens, des musulmans, des juifs, des croyants et des non-croyants apprennent ensemble. Ils nâont pas tous les mĂȘmes opinions, ni les mĂȘmes histoires, ni les mĂȘmes convictions. Ils peuvent dĂ©battre, ĂȘtre en dĂ©saccord, mais ils se respectent.
Parce quâavant nos diffĂ©rences, il y a lâhumain.
Câest cette sociĂ©tĂ©-lĂ que jâai envie de dĂ©fendre : une sociĂ©tĂ© capable dâĂ©couter sa jeunesse sans opposer les uns aux autres, capable de condamner toutes les haines sans hiĂ©rarchie, et capable de faire de nos diffĂ©rences une richesse plutĂŽt quâun motif dâaffrontement.
DerriĂšre le bruit, les images et les polĂ©miques, nâoublions pas lâessentiel : il y a des jeunes qui cherchent leur place, qui veulent apprendre, aimer, travailler, crĂ©er, entreprendre et se rĂ©aliser.
Ăcoutons-les. Accompagnons-les. Responsabilisons-les aussi.
Et surtout, apprenons-leur par notre propre exemple quâon peut ĂȘtre profondĂ©ment diffĂ©rents et continuer Ă se respecter.
Câest peut-ĂȘtre par lĂ que commence le vivre-ensemble.
Nathalie Jacquet-Moitie
Directrice de lâI.E.P.A.