11/10/2026
L'OSTÉOPATHE
Il fut un temps, pas si lointain, où le suivi médical du cheval reposait essentiellement sur trois professionnels.
Le vétérinaire, quand il était malade ou blessé, le maréchal-ferrant, quand il avait besoin d’une pédicure... Et le dentiste, quand il commençait à recracher son foin ou à mâcher son chewing-gum comme Nabila.
Entre deux interventions, on considérait généralement que le cheval était en état de marche. Et s’il ne l’était pas, on appelait le vétérinaire.
Bon, j’exagère un peu. Mais c’est pour les besoins de mon texte. 😅
Puis, un beau jour, un nouveau personnage a fait son apparition dans les écuries.
L’ostéopathe équin.
Un individu étrange, dont le métier consiste à soigner les trucs qui ne se voit pas sur l'écran du veto et a détecter avec seulement deux mains pourvu de dix doigts que kiki s'est plié en 8 dans son box , a effectué une galipette au pré ou à tout simplement décidé de réorganiser lui-même l'alignement de son squelette ...
Il se reconnaît notamment à sa capacité à prononcer la phrase « Il était complètement bloqué » devant un cheval qui, la veille, a fait trois tours de carrière en rond de dos sous la selle de son cavalier, mais qui grâce à lui pourra maintenant le satelliter sur Mars en un seul coup de cul.
Longtemps accueilli avec une certaine méfiance par une partie du monde vétérinaire, l’ostéopathie équine a dû batailler pour trouver sa place dans le paysage des soins aux chevaux.
Il faut dire qu’elle est venue s’installer avec des méthodes parfois difficiles à évaluer scientifiquement et une reconnaissance qui ne s’est pas faite sans débats.
Mais le corps du cheval est une mécanique tellement complexe qu'un professionnel supplémentaire pour essayer de maintenir tout cela d’aplomb n’est pas forcément superflu.
Mais revenons à notre cheval.
Parce qu’il existe chez le cavalier une particularité étonnante : il est capable de vivre quotidiennement avec trois cervicales bloquées, une sciatique chronique, une épaule qui craque depuis 2009 et un genou qui annonce l'arrivée de la pluie avec plus de précision que météo France mais si son cheval tourne la tête avec deux degrés d’amplitude en moins que la veille il vera débarquer un inconnu armé de deux bras et d’une connaissance inquiétante de son anatomie.
Bref.
L’ostéopathe commence par observer le cheval au pas.Puis au trot , de face de derrière , sur un cercle, dans l’autre sens.
Le propriétaire suit attentivement, les sourcils froncés, cherchant désespérément à distinguer l’anomalie que le professionnel semble avoir repérée.
« Vous voyez, là, il engage un peu moins son postérieur droit. »
Non.
Mais maintenant qu’on vous le dit, en plissant les yeux et en penchant légèrement la tête, vous trouvez effectivement qu’il marche bizarrement.
D’ailleurs, à bien y réfléchir, vous commencez à vous demander s’il a déjà marché correctement, ce cheval.
Vous repensez à cette petite irrégularité observée mardi dernier. À ce départ au galop un peu laborieux jeudi. À cette incurvation légèrement approximative samedi.
Mon Dieu. Cela fait peut-être des années que cet animal se déplace de travers sans que vous vous en soyez aperçu.
Et tout ça l'ostéo compte le corriger en passant quarante-cinq minutes à palper le cheval de la pointe des oreilles jusqu’au bout de la queue, à lui soulever les membres dans des positions improbables, à exercer des pressions à des endroits dont nous ignorions jusqu’à l’existence,
Le cheval baisse la tête et bâille.
Ça a le mérite d'être dit même si, pour être tout à fait rigoureux, un bâillement ne constitue pas à lui seul une preuve scientifique de détente ou d’efficacité thérapeutique.
Le propriétaire, lui, repart avec une liste de recommandations, quelques exercices d’assouplissement, deux jours de travail léger et la satisfaction profonde d’avoir accompli son devoir de gardien du bien-être équin.
Mais tout cela c'est sans compter sur le talent inné du cheval consistant a se fo**re en vrac par n'importe quel moyen.
Nous passons un temps considérable à chercher à améliorer sa locomotion pendant ce temps, lui, dans son pré, dort plié en accordéon contre une clôture.
Se roule avec la délicatesse d’une bétonnière , prend des virages à angle droit au galop.
Se relève en prenant appui sur une articulation qui n’a jamais été conçue pour ça et peut passer vingt minutes à se gratter les fesses contre un arbre dans une position qui provoquerait 3 jours d'ITT chez n’importe quel être humain normalement constitué.
L’ostéopathie équine a donc progressivement trouvé sa place dans le quotidien de nombreux propriétaires, aux côtés des soins vétérinaires, du suivi dentaire, de la maréchalerie et de toutes ces petites attentions que nous consacrons à nos chevaux.
Avec ses possibilités, ses limites, ses praticiens sérieux et évidemment comme dans toutes les professions, quelques individus auxquels il vaut probablement mieux ne pas confier autre chose qu’une peluche.
Elle s’inscrit dans une évolution plus générale de notre regard sur le cheval.
Un cheval qui ne boite pas franchement n’est pas nécessairement un cheval parfaitement confortable.
Une résistance au travail n’est pas systématiquement de la mauvaise volonté...
Et lorsque les différents professionnels travaillent ensemble, dans le respect de leurs compétences respectives, c’est le cheval qui en tire profit.
Bref. L'ostéopathie fait partie intégrante des soins a apporter au corps pour un fonctionnement sain et harmonieux.
Pour le cheval, évidemment.
Parce que le cavalier avec ses trois cervicales bloquées et sa sciatique chronique, n’a toujours pas trouvé le temps de consulter.
Les crins de verdure
Livre disponible dans le lien en commentaire