29/08/2026
Hier, j'étais sur une petite plage du Golfe du Morbihan, dans l'un de ces endroits où l'on comprend assez vite pourquoi cette terre attire autant de touriste.
Je me suis baigné, mais la mer était trop agitée pour vraiment nager. Alors je suis sorti de l'eau, je suis revenu sur ma serviette et j'ai commencé à lire.
Je n'accrochais pas à l'histoire. J'ai donc fermé le livre et je me suis allongé.
Je ne faisais plus rien.
Pas de téléphone, pas de musique, pas de podcast. Juste moi, ma serviette, la mer et le ciel.
Les vagues roulaient devant moi, la lumière changeait sur l'eau et le paysage était magnifique. Le temps semblait s'être mis à marcher plus lentement.
Et curieusement, je me sentais bien.
Pourtant, une partie de moi continuait à chercher autre chose. Une petite voix me disait : « Tu pourrais faire autre chose… tu serais peut-être mieux ailleurs. »
Je l'ai laissée parler. Et je suis resté là.
Cela m'a fait réfléchir à notre rapport à l'ennui.
Pourquoi avons-nous aujourd'hui autant de mal à ne rien faire ?
L'ennui faisait autrefois davantage partie de nos vies. Les enfants, notamment, devaient souvent trouver eux-mêmes comment s'occuper. Alors ils inventaient. Un morceau de bois devenait une épée, un carton une maison, quelques cailloux un trésor.
Ils créaient parce qu'il n'y avait rien d'autre.
Nous avons aujourd'hui quelque chose de formidable : une quantité incroyable de possibilités pour apprendre, communiquer, nous divertir et découvrir le monde.
Mais nous avons aussi quelque chose qui nous accompagne presque partout : un écran capable de faire disparaître l'ennui en quelques secondes.
Il suffit de sortir son téléphone. Une vidéo, un message, une actualité, une musique… et ce moment étrange où il ne se passe rien disparaît.
Regardez d'ailleurs ce qui peut se produire lorsque votre téléphone n'a plus de batterie.
Soudain, il faut attendre.
Et attendre sans rien faire peut devenir étonnamment difficile.
On cherche un chargeur, une prise, une activité… n'importe quoi pour retrouver une stimulation.
Alors peut-être avons-nous besoin de réapprendre quelque chose de très simple : nous ennuyer. Pas pour transformer l'ennui en exercice de développement personnel.
Pas pour être plus productif. Pas pour rentabiliser chaque minute.
Simplement pour accepter de laisser un peu de vide dans notre journée.
Car l'ennui n'est peut-être pas fondamentalement agréable ou désagréable. C'est aussi la manière dont nous accueillons ce temps qui va influencer ce que nous allons en faire.
Certains vont culpabiliser : « Je ne fais rien. »
D'autres vont chercher à rentabiliser chaque minute : « Autant faire quelque chose d'utile. »
Et puis il y a ceux qui vont chercher immédiatement à s'échapper de ce moment qui les met, parfois, face à eux-mêmes.
Mais que se passerait-il si nous restions un peu ?
Une marche sans écouteurs. Quelques minutes sur un banc. Attendre sans sortir son téléphone. Regarder la mer. S'allonger dans l'herbe. Regarder par la fenêtre.Laisser le temps passer.
Laisser les pensées venir, vagabonder, repartir.
Peut-être qu'il ne se passera rien. Et c'est très bien.
Peut-être qu'une idée apparaîtra, une envie, un souvenir, une prise de conscience.
Ou peut-être simplement cette sensation que j'ai éprouvée hier sur cette plage : celle de ne plus avoir besoin d'être ailleurs.
Je crois que nous avons peut-être autant besoin d'apprendre à nous ennuyer que d'apprendre à nous désennuyer.
Alors, la prochaine fois que l'ennui se présentera, essayez peut-être de ne pas le chasser tout de suite.
Restez là quelques instants.
Sans écran. Sans objectif. Sans chercher à remplir ce vide.
Et regardez ce que votre esprit décide d'en faire.
Parce que tous les temps qui ne servent à rien ne sont peut-être pas du temps perdu.