05/09/2026
J'ai grandi dans une grande famille recomposée. Sur le papier, on était nombreux, on était ensemble, on était une tribu.
Mes parents ont divorcé quand j'avais 10 ans. Mais ce n'est pas juste un divorce classique. Leur couple d'amis les plus proches avait divorcé un an avant. Et ils ont switché. Mon père est parti avec la femme. Ma mère est partie avec l'homme. Ces enfants avec qui je grandissais depuis toujours, ces amis d'enfance, sont devenus mes demi-frères et demi-sœurs. On est passé d'une fratrie de 3 à une tribu de 6.
Sauf que moi, j'étais la petite dernière. Et il n'y avait personne de mon âge.
Ma sœur avait 6 ans de plus que moi. Mon frère 10 ans de plus. Les enfants de l'autre famille étaient dans la même tranche d'âge qu'eux. Donc pendant que les grands formaient leur bande, jouaient ensemble, commençaient à être ados, moi j'étais la gamine qu'on mettait de côté. Pas par méchanceté, je le comprends aujourd'hui. Mais je le vivais comme du rejet.
Et puis il y avait autre chose. On venait me confier des secrets, des histoires d'ados, des trucs qui ne me regardaient pas vraiment. J'écoutais tout, je ne disais rien, j'étais une tombe. Sauf que quand quelque chose éclatait, c'était toujours moi qu'on montrait du doigt. La petite qui avait parlé. Qui avait tout répété. Alors que je n'avais rien fait, ou en tout cas je ne le ressentais pas comme ça. J'ai grandi avec un sentiment d'injustice profond et permanent. Le sentiment que quoi que je fasse, ce serait de ma faute.
Alors j'ai appris à mentir. Pour me protéger, pour éviter les ennuis, pour survivre dans cet environnement où je ne savais jamais vraiment quelle place était la mienne. Je ne savais pas à l'époque que c'était un mécanisme de défense. Je savais juste que c'était plus simple comme ça.
Et peu à peu, j'ai appris à porter un masque. À m'adapter aux gens en face de moi, à la situation, à ce qu'on semblait attendre de moi. Je suis devenue très bonne pour ça. Tellement bonne que j'ai fini par ne plus vraiment savoir qui j'étais en dessous.
Ce travail que je fais aujourd'hui, sur moi, sur mes blessures, sur mes mécanismes, ce n'est pas un hobby ou une tendance bien-être. C'est une nécessité. Parce qu'aujourd'hui encore, je suis en train de chercher qui est vraiment Alicia quand elle enlève le masque.
Et c'est exactement pour ça que j'accompagne les femmes que j'accompagne. Celles qui sourient, qui gèrent, qui avancent. Mais qui au fond ne savent plus très bien qui elles sont vraiment. 🤍