24/04/2020
Le temps de l’enfant et l’importance du regard porté sur lui
« Parfois, les voisines chuchotent à Maman, sans que Papa le sache : « Alvaro sera un nain. Il ne grandit pas. Regardez les enfants de son âge, comme ils sautent, comme ils ont grandi ! Alvaro reste le même. »
Maman garde le silence, puis répond : « Sa tête ne change pas, elle ne grandit pas non plus. Il sera lent pour grandir, mais n’oubliez pas que le temps est différent pour tous. »
Cela m’a suffi. « Le temps est différent pour tous. » Ce n’est pas celui de la montre ni de l’horloge de l’église. Le temps est tout autre. Il est mien. Je l’étire comme une pâte. Il se fait dense entre mes doigts, il se laisse modeler. Il me pose des questions quand il s’étire longuement et donne l’impression de se fatiguer, de ne pas m’attendre ou de trop m’attendre. Mais j’ai mon temps » (p. 101).
Ce petit passage de « La montagne ensommeillée », l’autobiographie d’Alvaro Escobar Molina (il était psychanalyste et maître de conférences à l’université d’Amiens ; il fut mon enseignant) ne parle pas de psychologie mais ce livre en est imprégné. L’auteur raconte sa vie d’enfant dans un village indien au cœur des Andes en Colombie.
Oui, c’est cela, chaque enfant a son temps. Qui s’étire plus ou moins. Et puis, qui ne peut pas être le même pour toutes les compétences, qu’elles soient motrices, cognitives, affectives ou sociales. Qu’est-ce qu’être en avance ou en re**rd ?
Certains enfants vont privilégier (ou se voir proposer) les activités motrices et ainsi marcher « de bonne heure » ou faire du vélo sans les petites roues « très tôt ». Mais quelquefois ce sont, dans le même temps, ceux qu’Agnès Florin appelle des « petits parleurs » ou alors des enfants qui vivent mal la séparation qu’impose la journée à la crèche ou à l’école.
D’autres enfants vont carburer au niveau logique mathématique, être de « bons parleurs », mémoriser très aisément des listes de verbes irréguliers en anglais. Et dans le même temps, descendre « encore » les marches une à une, ne pas avoir une course déliée, avoir un mal de chien à enfiler des perles sur un mince fil. Et puis avoir des difficultés à avoir des amis à l’école.
Et puis, il y a ceux qui gèrent « très tôt » leurs émotions. Ils sont peu sensibles aux critiques, osent prendre des risques, gèrent très bien les séparations. Et dans le même temps, ils peuvent avoir une difficulté à coordonner leurs gestes pendant les séances d’EPS à l’école ou de sport hors temps scolaire, ou avoir du mal à mémoriser leurs leçons.
Enfin, des enfants ont une capacité à développer les rapports sociaux. Ils ont une ribambelle de copains dans tous les lieux et les activités qu’ils fréquentent. Les adultes les disent très sociables. Pourtant, ils peinent à écrire, à courir vite ; à compter, à additionner, soustraire…. Et puis, la moindre remarque les fait rougir, voire les fait souffrir intérieurement.
Le développement n'est pas un long fleuve tranquille. Chaque enfant a son rythme. Et c’est très bien ainsi. Le regard que l’adulte porte sur lui doit être suffisamment positif pour qu’il puisse continuer à se développer dans tous les pans de son développement.
Son environnement doit se mettre au diapason de sa musicalité, celle de son corps, de son cerveau, de son affectivité et de sa sociabilité. Lui proposer des activités qui vont le faire progresser dans les domaines où « pour le moment » il peine.
De même qu’il n’y a pas d’enfant idéal, il n’y a pas de parent idéal, et heureusement. En revanche, il y a des parents attentifs, qui font de leur mieux, qui font des erreurs mais qui savent écouter, observer et accompagner leur(s) enfant(s) sur le chemin de son développement.
N’oubliez pas, dans le jeu, des compétences motrices, cognitives, affectives et sociales se développent.
Et puis, à l’image de ce papa, l’imagination et le rire sont contagieux et porteurs de compétences :
Pour occuper ses deux enfants pendant le confinement, un couple de Villenave-d'Ornon tourne de petites vidéos parodiques de scènes quotidiennes. Le succès est inattendu et dépasse les frontières françaises.