11/03/2026
Quand un commerce de cœur s’éteint en silence.....
Le 20 avril 2023, j’ouvrais La petite boutique de Scarlett à Rochefort-du-Gard.
Ce n’était pas seulement un commerce. C’était un rêve d’enfant, un héritage familial. Mes parents étaient commerçants ici. J’ai grandi derrière un comptoir, avec le respect des clients et l’amour du travail bien fait.
Je suis arrivée à Rochefort-du-Gard en 1989. J’y ai construit ma vie. J’y ai mes attaches, mes souvenirs, mes repères. Ouvrir ma boutique dans ce village n’était pas un hasard. C’était un choix du cœur.
J’y ai mis toute mon énergie. Toute ma passion. Toute ma sincérité. Ma boutique me ressemblait.
Aujourd’hui, la réalité est difficile : je fermerai définitivement le 28 mars.
La rue est en travaux depuis début Octobre 2025. L’accès est complexe et le « stationnement est compliqué » au dire des clients, la signalisation reste insuffisante. Les clients hésitent, certains renoncent. La fréquentation baisse, la conjoncture y met son grain de sel….Et lorsqu’un petit commerce voit son chiffre d’affaires diminuer durablement, il n’a pas la solidité d’une grande enseigne pour absorber le choc. Les travaux devaient se terminer le 6 Mars, pour mais part c’était déjà trop tard...à aujourd’hui la rue est toujours fermée et personne n’a été mis au courant d’une quelconque date de fin de chantier….
Les travaux sont parfois nécessaires. Personne ne le conteste. Mais leur impact sur les commerces de proximité est réel. Il n’existe pas de statistique officielle indiquant combien ferment directement à cause de travaux dans leur rue. Pourtant, sur le terrain, les difficultés sont concrètes.
Un commerce, ce n’est pas seulement une vitrine.
C’est une présence quotidienne.
C’est du lien social.
C’est un sourire, une écoute, un conseil.
Quand un commerce ferme, c’est un peu de vie locale qui disparaît.
Lorsque j’ai annoncé à un élu (dont je préfère taire le nom...juste le choix de l’annonce a été faite à cette personne car cela avait du sens) que je baissais le rideau, la réponse a été :
« Bonjour Isabelle, courage pour la suite de ta carrière professionnelle, tu as de la ressource. Bonne journée. »
Je n’attendais ni promesse irréaliste, ni solution miracle. Peut-être simplement une écoute différente. Une prise de conscience. Un mot qui reconnaisse ce que représente la fermeture d’un commerce pour celle qui l’a créé et pour le village.
Le 28 mars, un rideau se baissera.
Derrière ce rideau, il y aura des mois d’investissement 3 ans d’engagement et beaucoup d’attachement à Rochefort-du-Gard.
Je ne cherche pas la polémique.
Je souhaite simplement témoigner.
Cet emplacement a du sens, de la visibilité et une vraie place dans la vie du village ; je suis convaincue qu’il saura révéler tout son potentiel entre les mains d’un nouveau porteur de projet. Situé dans un secteur central et visible, ce local offre de réelles opportunités de développement pour un commerçant motivé souhaitant s’inscrire dans la vie rochefortaise.
Parce qu’un village sans ses commerces de proximité perd peu à peu son âme.
Et parce que chaque fermeture mérite, au minimum, d’être entendue.