11/07/2026
𝐋𝐞𝐭𝐭𝐫𝐞 𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐭𝐞 𝐚̀ 𝐌𝐨𝐧𝐬𝐢𝐞𝐮𝐫 𝐥𝐞 𝐌𝐢𝐧𝐢𝐬𝐭𝐫𝐞 𝐝𝐞 𝐥’𝐄́𝐝𝐮𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥𝐞
Objet : Maintien des classes de Toute Petite Section à Pfetterhouse et défense de l’école rurale
Monsieur le Ministre,
Nous vous écrivons aujourd’hui avec gravité, mais aussi avec l’espoir que notre voix sera enfin entendue.
Notre commune de Pfetterhouse, dans le sud de l’Alsace, défend depuis plusieurs mois le maintien de ses classes de Toute Petite Section (TPS). Malgré les nombreuses démarches entreprises, les courriers adressés à l’administration, une pétition, des mobilisations citoyennes et une réponse argumentée au Directeur académique des services de l’Éducation nationale du Haut-Rhin, nous avons le sentiment que les inquiétudes des familles n’ont toujours pas reçu de réponse sur le fond.
Pourtant, un élément nous interpelle profondément.
Vous avez récemment rappelé publiquement toute l’importance de l’accueil des enfants dès l’âge de deux ans. Vous avez souligné les bénéfices des classes de Toute Petite Section pour le développement du langage, la socialisation, la motricité, l’autonomie et la réussite scolaire future.
Sur ce point, nous partageons pleinement votre conviction.
C’est précisément pour cette raison que nous ne comprenons pas ce qui se passe aujourd’hui dans notre territoire.
Depuis près de quarante ans, les enfants de Pfetterhouse sont accueillis en Toute Petite Section. Cette organisation ne résulte pas d’une expérimentation récente : elle fait partie intégrante de l’identité de notre école et de notre village. Génération après génération, les familles ont construit leurs habitudes et leurs projets de vie autour de ce fonctionnement, qui a démontré son efficacité.
À la rentrée 2026, cette possibilité disparaîtrait.
Nous sommes pleinement conscients que notre pays connaît une baisse démographique et que cette évolution impose parfois des choix difficiles dans l’organisation de la carte scolaire. Nous ne demandons pas que Pfetterhouse échappe à toute réflexion ni à toute évolution. Nous savons que l’administration doit composer avec des contraintes réelles.
Mais nous demandons que les décisions tiennent compte de la réalité du terrain, de l’histoire de notre école et des spécificités de notre territoire rural.
Car une école rurale ne se résume pas à un tableau d’effectifs.
Une école rurale est un pilier de la vie locale. Elle participe à l’attractivité du territoire, à l’installation de nouvelles familles, au maintien des services publics, au dynamisme associatif et à l’équilibre démographique d’un village.
Notre commune dispose d’un accueil périscolaire ouvert chaque jour de 6 h 00 à 18 h 00, permettant aux familles de concilier vie professionnelle et vie familiale. Associé à l’accueil des enfants dès deux ans, cet ensemble constitue un véritable parcours éducatif cohérent et reconnu.
Notre école accueille déjà des enfants issus de plusieurs communes voisines. Sa réputation, la qualité de son accompagnement et la proximité qu’elle offre aux familles en font un établissement attractif bien au-delà de Pfetterhouse.
Fragiliser cette organisation ne toucherait donc pas uniquement les habitants de notre commune.
C’est tout un bassin de vie rural qui serait impacté.
L’impact dépasserait largement les murs de l’école.
Chaque famille qui choisit de vivre à Pfetterhouse fait vivre les associations locales, fréquente les commerces de proximité, participe aux événements du village et contribue à maintenir une vie locale dynamique.
Lorsqu’une école perd progressivement de son attractivité, ce sont les jeunes ménages qui hésitent à s’installer, les commerces qui voient leur clientèle diminuer, les associations qui peinent à se renouveler et, plus largement, tout un territoire qui se fragilise.
Dans un contexte où les campagnes perdent déjà de nombreux services publics, chaque fermeture ou chaque affaiblissement d’un équipement essentiel accélère un phénomène que les habitants ruraux connaissent trop bien : le sentiment d’abandon.
Notre commune est située à l’extrême sud de l’Alsace, à proximité immédiate de la Suisse et de l’Allemagne. Dans ces territoires frontaliers, maintenir des services publics de qualité est un enjeu majeur d’aménagement du territoire.
Préserver une école attractive, c’est aussi permettre aux familles de continuer à choisir de vivre dans ces communes rurales plutôt que de s’en éloigner. C’est maintenir une présence forte de la République là où elle est parfois perçue comme s’effaçant progressivement.
À cela s’ajoute une réalité très concrète.
Plusieurs familles avaient construit leur organisation autour de l’accueil de leurs enfants en Toute Petite Section, comme cela se fait dans notre commune depuis plusieurs décennies.
Aujourd’hui, certaines se retrouvent sans solution de garde à quelques semaines de la rentrée, faute de places disponibles chez les assistantes maternelles ou dans les structures d’accueil.
Au-delà du fond, nous regrettons également la méthode.
Les premiers courriers des parents sont restés sans réponse pendant plusieurs semaines. Ce n’est qu’après nos mobilisations qu’une réponse officielle nous est parvenue. Nous ne contestons pas le droit de l’administration à prendre des décisions difficiles.
En revanche, nous croyons qu’un véritable dialogue suppose que les familles soient écoutées avant que les décisions ne deviennent irréversibles.
Nous avons entendu que la situation de notre territoire aurait été étudiée avec attention avec l'affirmation selon laquelle la situation de notre territoire aurait fait l'objet d'une analyse approfondie et que les réalités locales auraient été pleinement intégrées à la décision.
Nous ne contestons pas que les effectifs scolaires constituent un critère essentiel dans l'élaboration de la carte scolaire. Mais ils ne peuvent, à eux seuls, justifier une décision qui efface les besoins des familles, les spécificités d'un territoire rural et les conséquences humaines, sociales et économiques qu'elle entraîne.
Or, malgré les nombreuses demandes formulées par les familles, aucun élément concret ne nous a été communiqué permettant de comprendre cette analyse.
Quelles études ont été réalisées sur les conséquences pour les enfants ?
Quelle évaluation a été menée concernant les besoins réels des familles et les solutions de garde disponibles ?
Quel travail a été conduit sur l'impact pour l'attractivité de notre territoire, sur les commerces de proximité, sur la vie associative, sur l'installation de nouvelles familles ou encore sur l'équilibre de notre bassin de vie ?
Nous ne demandons pas que ces éléments nous soient simplement évoqués. Nous demandons qu'ils soient objectivement présentés.
Car si une analyse globale a réellement été conduite, alors elle doit pouvoir être expliquée, argumentée et partagée en toute transparence.
À défaut, les familles ne peuvent avoir que le sentiment que les considérations humaines et territoriales ont été reléguées au second plan derrière une lecture essentiellement comptable des effectifs. Cette situation erode considérablement la confiance accordée à nos institutions.
Notre démarche n’est dirigée contre personne.
Nous demandons simplement que la réalité de notre territoire soit pleinement prise en considération.
Nous ne réclamons pas un privilège.
Nous demandons que les engagements de la République en faveur de l’école maternelle, de l’égalité des chances et de la ruralité trouvent une traduction concrète dans nos villages.
Si l’accueil des enfants de deux ans constitue une priorité nationale, alors cette priorité ne peut pas être réservée aux seuls territoires où les effectifs sont favorables.
Les enfants des communes rurales méritent la même ambition éducative que tous les autres.
Monsieur le Ministre, nous vous demandons solennellement d’intervenir afin que notre dossier fasse l’objet d’un réexamen, que l’accueil des enfants de Toute Petite Section puisse être maintenu à Pfetterhouse et que notre école conserve les moyens nécessaires à son fonctionnement.
Au-delà de notre commune, c’est une question de cohérence entre les orientations nationales et leur application sur le terrain.
Ce qui se joue aujourd’hui à Pfetterhouse dépasse largement les frontières de notre village.
C’est la place que notre pays souhaite accorder à ses territoires ruraux qui est en question.
La France a besoin de ses métropoles.
Mais elle a aussi besoin de ses villages.
Et les villages ont besoin de leurs écoles.
Parce qu’une école que l’on affaiblit aujourd’hui est souvent un village que l’on fragilise demain.
Nous espérons sincèrement que vous entendrez l’appel des familles de Pfetterhouse et que vous permettrez à nos enfants de continuer à grandir, apprendre et s’épanouir dans l’école de leur village.
Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de notre très haute considération.
Les parents d’élèves de Pfetterhouse