03/07/2020
Pour finir la semaine, encore une belle nouvelle pour la promotion 2020 de PPO :D
Sarah Solchany remporte le premier prix de master (3000 euros) de l'Observatoire national de la vie étudiante pour son mémoire de M1 intitulé "MonÉtude, le soutien scolaire entre privatisation et ubérisation", réalisé sous la direction d'Élise Tenret.
👀 Résumé du mémoire 👀
Ce mémoire s’intéresse à MonÉtude, une entreprise d’aide aux devoirs, et plus spécifiquement au rôle et aux conditions de travail des étudiants tuteurs en charge des études du soir. Implantée
au sein même des établissements privés catholiques, celle-ci a pour ambition de « révolutionner les
études du soir » en proposant une formule très personnalisée aux familles, en continuité directe avec
l’école. Dans un contexte de montée des enjeux autour de la scolarité s’accompagnant d’une multiplication des offres parascolaires, cette entreprise répond à une inquiétude croissante des parents, de
plus en plus enclins à investir dans des activités organisées en marge du système éducatif classique,
par de nouveaux acteurs éducatifs qui viennent concurrencer la figure traditionnelle de l’enseignant.
Ce mémoire interroge la figure émergente des étudiants tuteurs, sa légitimité au sein de l’entreprise
et son positionnement, à la fois entre son employeur et ses exigences et entre les parents et leurs
sollicitations. L’analyse du recrutement des tuteurs montre que c’est principalement leur cursus
qui compte, les noms des grands établissements parisiens représentant un solide atout pour être
sélectionné, plus que le niveau de formation ou son contenu disciplinaire. Les étudiants tuteurs ont
pour mission d’aider les élèves inscrits dans la réalisation quotidienne de leurs devoirs, mais aussi
dans l’acquisition d’une méthodologie de travail. Ils sont susceptibles, en fonction des demandes
des parents, d’adapter la formule et d’empiéter sur le créneau des cours particuliers. L’enquête a en
effet montré que les parents, acteurs centraux de l’étude, participent activement à la construction
de l’offre, l’entreprise accordant une attention prioritaire à leurs remarques. Ainsi pris dans un fonctionnement tripartite – entreprise, parents et tuteurs – les tuteurs apparaissent vulnérables, par leur
légitimité pédagogique fragile due à un manque d’expérience et, pour la plupart, par une absence de
familiarité avec l’enseignement catholique. Leur situation précaire est aussi la conséquence directe
de la politique de salariat déguisé (Abdelnour, 2017) développée par l’entreprise, qui fait du statut de
microentrepreneur une modalité d’embauche. Si les étudiants tuteurs ont le sentiment de gagner
plus d’argent grâce à ce statut, ils estiment en revanche que celui-ci ne tient pas ses promesses
de flexibilité et ne montrent aucune sensibilité entrepreneuriale. Les tuteurs font par ailleurs l’objet
d’une évaluation continue, quand bien même l’enquête met en exergue la résistance discrète des
étudiants tuteurs, permise quand le « super tuteur » de l’établissement prend des libertés avec les
injonctions de l’entreprise."
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