11/08/2026
Quand on étudie un peu l'Esthétique, en cours de français au collège ou au lycée, on se retrouve au milieu d'idées intéressantes comme le fait que dans l'idéal classique (le mouvement qu'on appelle le classicisme), on dit " la nature donne ses règles à l'art". On peut interpréter cette idée de bien des manières dans les arts martiaux, comme le fait qu'on doit toujours considérer le corps dans ce qu'il a de caractéristique. Par exemple, l'articulation du genou plie dans un certain sens - la jambe se replie sous la cuisse, par l'arrière mais pas par l'avant ; c'est la même chose pour toutes les articulations, qui ne plie certe pas toutes de la même manière mais en tout cas, dont aucune n'a 360° d'amplitude.
On peut aussi penser à la manière dont on fait travailler un muscle, et les méthodes pour le rendre plus résistant, moins fatiguable à l'effort, ou encore le rendre plus élastique, quand il réagit à un certain type de contact etc ...
Mais ce à quoi on pense moins souvent, c'est à l'idée réciproque : peut-on envisager que ce soit l'art qui donne ses règles à la nature ? Et si oui, qu'est-ce que cela pourrait vouloir dire ? comment cela pourrait-il se manifester ?
L'exemple qui nous vient à l'esprit, c'est l'évolution du saut en hauteur en athlétisme : au départ, les athlètes ont sauté en ciseaux, mais cette technique a montré ses limites, en ce qu'il fallait que tout le corps passe au-dessus de la barre. Ce qui a ensuite été recherché, c'est de n'amener que le bassin au-dessus de la barre, le reste du corps cherchant plutôt à s'enrouler autour d'elle, ce fut la technique du rouleau ventral. Puis un jour, un athlète qui n'était pas très à l'aise ni très performant avec cette technique, se mit à effacer la barre en s'enroulant côté dos, ce qui aboutit finalement à cette bizzarrerie qu'est le fosbury-flop, la technique du rouleau dorsal. Pour qu'elle soit reconnue comme la manière la plus efficace pour un être humain de sauter en hauteur, il fallut que l'athlète qui l'avait inventée n'effreigne pas le règlement, et surtout qu'il obtienne des résultats qui rendent sa technique incontestable. C'est ce qui se passa, avec le titre olympique que Dick Fosbury remporta aux JO de Mexico à l'été 1968.
Dans les arts martiaux, quel est le critère qui motive une évolution technique ?
- L'efficacité : une manière de faire une clé va s'imposer parce qu'elle est plus directe, plus rapide à placer, ou fait plus de dégât.
- Ce qui procure plus de point en compétition : on pense là à l'évolution technique du Taekwondo par exemple.
- Une manière de préserver le corps dans un mouvement, par exemple, le pitchagi du Soo Bahk Do Moo Duk Kwan, le coup de pied diagonal, sur lequel le genou n'est censé que suivre le mouvement initié par la hanche. Dans tous les autres styles, c'est le genou qui porte la technique, et c'est aussi le plus souvent le coup de pied qui.
frappe, et pas le dessous du pied, le,"bol du pied".
Il y a deux conséquences : d'abord, soigner cette spécificité en en étant conscient. Et préserver la chaîne musculaire et articulaire qui permet de faire le pitchagi, par les étirements et tous les autres moyens de récupération à notre disposition.
C'est ainsi que nous donnerons "ses règles à la nature".
E.M, France TAC