24/02/2019
La particularité morphologique de "je t'aime" dans quelques langues et la singularité du berbère - le kabyle - avec les pronoms personnels "k" et "kem"
En apprenant les langues ou en s’y intéressant de loin, on a souvent tendance à être curieux quant à la façon dont telle ou telle expression se dit dans diverses langues. Les salutations, les formes de politesses, les injures et notamment le « je t’aime ».
En français, et dans plusieurs langues occidentales, nous avons un verbe transitif, « dont le sujet est l’être aimant » et « l’être aimé […] l’objet de ce sentiment ». (Hagège, C., 2014 : 35). Nous avons donc « je t’aime », et c’est également le cas de l’allemand et du russe. Pour le premier, on dit « ich liebe dich » (j’aime toi) ; pour le second, on a « (ja) tibya lublyu » (je toi aime). Curieusement, pour l’espagnol on dit « te quiero », qu’on traduirait littéralement par (je te veux), sachant que la racine indo-européenne de « vouloir » a pris le sens d’« aimer ».
D’autres langues proposent une gamme plus étendue d’expressions. L’indonésien, selon C., Hagège (2014), dit « aku cinta kamu » (je aime toi). L’italien dit « t’amo » pour exprimer un sentiment proche de la passion, mais il est capable d’exprimer un sentiment encore plus tendre « ti voglio bene », littéralement (je te veux du bien).
Pour le hindi, on dit « mujhe tum-se pyar hê », littéralement (à-moi venant de toi amour est). Le finois permet d’évoquer l’amour de – juste - une partie de quelqu’un ; « rakastan sinua », « sinua » est un partitif indiquant que seule une partie de l’être aimé est concernée, qu’on traduirait (j’aime « une partie » de toi). Encore plus insolite, dans des langues comme la basque, le hongrois et le quetchua les « je » et le « te » s’amalgament, comme une fusion des amants. Bien que tous les trois disent la même chose, « je t’aime », mais ce dernier est un tout indissociable, un bloc, un tout non analysable.
Je ne pourrai énumérer toutes les formes, dans toutes les langues, mais jusqu’ici, je tiens à préciser qu’aucune des langues évoquées ci-dessus, en disant « je t’aime », n’évoque le genre de l’être aimé ; on dit « te », mais on ignore s’il s’agit d’un féminin ou d’un masculin. Cela serait une des particularités des langues sémitiques. D’ailleurs, en berbère – kabyle – on dit « hamla-ɣ-k ; hamla-ɣ-kem (aime – je – toi « masc. ») ; (aime – je- toi « fém. »).
Par Hocine Ait Amara