Cendrillon joue de la harpe

Cendrillon joue de la harpe

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Deux poules suivait un coq lorsque... Un politicien est un type (ou une dame) qui s'occupe d'améliorer la vie de ses concitoyens

Photos 20/08/2016

"Allez Mélisande, on va leur jouer la sonate "Au clair de la lune" et tout ira bien."
- Oui, Mozart a toujours eu une influence positive sur les imbéciles.
- Tu devrais en écouter plus souvent alors...
- Pourquoi??
- Parce que la sonate Clair de Lune fut écrite par Clayderman.
- Bah, ce sont tous les deux des génies. Au fait, il va venir, Fred, pour notre concert?
- Non, comme il a raté l'entrée à l'ENA, il révise son Code Civil.
- Haan....

***

Comment Daesh endoctrine "ses" enfants dès le plus jeune âge

20/08/2016 à 10h02

http://www.bfmtv.com/international/comment-daesh-endoctrine-ses-enfants-des-le-plus-jeune-age-1027747.html



On voit régulièrement des enfants apparaître dans des vidéos réalisées par Daesh et exécuter des prisonniers. Pour nourrir une adhésion aussi aveugle à ses principes, le "Califat" a mis sur pied un système éducatif très sophistiqué. Décryptage.

Daesh aime exhiber des enfants dans ses vidéos. Il est en général question de les montrer en train d’assassiner des prisonniers capturés. Si le "Califat" multiplie attentats et diffusions de scènes atroces, celles incluant des enfants frappent tout particulièrement le public occidental, saisi par l'effroi et le dégoût.

Mais que se passe-t-il pour ces enfants grandissant sur les terres de l'Etat islamique, une fois les caméras éteintes? L’organisation djihadiste accorde une grande importance à ces garçons qu’elle appelle ses "lionceaux" et à ces filles qu’elle appelle ses "perles".

La recherche d'une "pureté" idéologique

Ces enfants viennent de différents horizons: il y a ceux qui vivaient en Irak et en Syrie et que l’avancée de Daesh a rattrapés, il y a ceux qui sont venus dans les bagages de leurs parents venus d’Occident pour mener le djihad au Moyen-orient en famille, et il y a ceux qui, chaque jour, naissent sur le territoire du "Dar al islam" selon la dénomination employée par l'organisation d’Abou Bakr al Baghdadi, qui mène une politique résolument nataliste. Au bout "d’un an à dix-huit mois maximum" après leur mariage, les femmes sont tenues d’enfanter, assurait Le Parisien il y a quelques mois. Au besoin, les troupes djihadistesenlèvent les gamins locaux.

Endoctriner un individu à son plus jeune âge intéresse Daesh à plusieurs niveaux: en plus de permettre de sidérer le public en-dehors de ses frontières, la démarche permet également d’inscrire le mouvement dans la durée en lui assurant un vivier où puiser de nouveau soldats. Enfin, elle vise à former des combattants "idéologiquement purs", et non pas marqués par les valeurs séculières et convertis sur le t**d comme certains de leurs parents, comme l’explique ce reportage de Frontline où témoignent des enfants auparavant embrigadés par Daesh. Pour ce faire, la dictature salafiste a dû mettre sur pied un système sophistiqué d’éducation et de prise en charge des enfants.

L'éducation, un champ de bataille pour les djihadistes

La fondation britannique Quilliam s’est longuement penchée sur le quotidien et les méthodes d’enrôlement de la jeunesse dans le "Califat" et a publié un rapport de 100 pages sur la question intitulé "The Children of Islamic State". Nikita Malikest chercheuse auprès de la fondation, et elle a co-écrit ce rapport. Elle revient sur son étude auprès de BFMTV.com.

Elle commence par rappeler que l’endoctrinement des enfants dépasse largement le djihadisme moyen-oriental et concerne l’ensemble de la galaxie islamiste:

"Vous savez, en Afrique, Boko Haram (dont le nom complet signifie "l’éducation occidentale est un pêché") et les Shebab(tiré d’un mot arabe signifiant "jeunesse") montrent l’importance des thèmes de l’éducation et de la jeunesse pour ces mouvances. Il faut dire qu’il est traditionnel d’utiliser les enfants comme espions. Et ils sont très efficaces car plus vulnérables que les adultes à la manipulation, ce qui en fait de véritables armes de guerre!"

Daesh utilise de vieilles recettes

L’intérêt de Daesh pour la "pédagogie" remonte à loin. La pratique du "Devchirme" par l’empire ottoman en Turquie est une première racine. Il s’agissait pour les califes d’enlever des enfants aux confins de leur territoire, de les convertir de force à l’islam et d’en faire des esclaves taillables et corvéables à merci au service du sultan. Ces jeunes remplissaient ensuite l’administration impériale ou devenaient des janissaires, des soldats d’élite.

Une autre tradition semble influencer les cadres de l’Etat islamique: les Futuwah (qu’on traduit par "avant-gardes de la jeunesse"), ces sections paramilitaires mises en place par le parti Baas deSaddam Hussein dans les années 70 pour embrigader les plus jeunes. Plus t**d, dans les dernières années du régime, le dictateur a même décidé la création dune autre organisation d’enfants-soldats: les "Ashbal Saddam" c’est-à-dire "les Lionceaux de Saddam".

Nikita Malik dresse cette comparaison mais en pointe aussi les limites: "Les points communs, dans l’uniforme ou encore les méthodes employées, entre les jeunesses de Saddam et ce que fait l’Etat islamique aux enfants aujourd’hui sont nombreux. Mais ce qui est unique avec Daesh, c’est l’âge où commence l’endoctrinement. On trouve des enfants de quatre ou cinq ans dans des camps militaires où on les entraîne. Et je parle d’entraînement physique. On leur donne des armes dont on leur apprend le maniement, on leur apprend à améliorer leur coordination physique."

Le rôle complexe des mères

La chercheuse a même entendu parler, via un dossier de l’ONU, de l’existence d’un groupe paramilitaire à destination de la jeunesse appelé "Fityan al islam" ("Les garçons de l’islam") mais son enquête ne lui a pas permis d’établir avec certitude sa réalité.

Ce qui est sûr, c’est que l’organisation a échafaudé un système éducatif très étendu et que celui-ci va bien au-delà de l’armée et des enseignants:

"On constate que, particulièrement pour celles qui viennent de l’ouest, les mères font partie intégrante du processus d’auto-renforcement de la radicalisation dans le foyer. L’endoctrinement passe aussi par les histoires qu’on raconte aux enfants en les bordant dans leur lit le soir."

Le cas des enfants d'esclaves sexuelles

Pas question cependant pour Daesh d’encourager les cours à domicile. Les institutions sont très sourcilleuses lorsqu’il s’agit de contrôler que les enfants vont à l’école tous les jours. Il est ainsi plus aisé de surveiller la conformité de ce qu’on dit aux enfants avec les préceptes de l’Etat islamique. Dans certains cas, ce souci peut même pousser l’administration à aller arracher les enfants dans les bras de leurs mères:

"Je ne suis pas totalement sûre de l’ampleur de l'emprise de Daesh sur les enfants au détriment des mères. Ce que je sais, en revanche, c’est que pour lorsque les femmes yézidies, qui servent d’esclaves sexuelles aux soldats, accouchent, on leur prend immédiatement le bébé si c’est un garçon. Elles peuvent le garder si c’est une fille."

Sur les bancs des écoles du "Califat"

On a une vision précise de ce que sont les écoles mises en place par Daesh. Les cours y ont lieu du dimanche au jeudi et les enfants qui y assistent ont entre six et quinze ans, garçons et filles étant strictement séparés. Là où les choses diffèrent grandement avec les circuits scolaires habituels c’est dans le panel de matières soumises à la curiosité des élèves.

Beaucoup de disciplines ont été purement et simplement supprimées car perçues comme porteuses des germes de "l’athéisme" et de l’influence de l’Occident: le dessin, la philosophie ou tout ce qui ressemble à des sciences humaines, la musique, par exemple.

Les sujets qu’on inculque aux petits sont les suivants: mémorisation du Coran, enseignement du Tawheed (le "monothéisme"), du Fiqh c’est-à-dire l’application concrète des textes sacrés dans la vie quotidienne, de la "Croyance", des hadith (la tradition relative aux actes et aux paroles de Mahomet et de ses compagnons) ou encore de la vie de Mahomet.

Des matières défigurées

Quand les matières scolaires traditionnelles sont conservées, elles sont défigurées pour s’accorder avec la volonté d’embrigadement du "Califat", comme l’éducation physique qui n’est plus pour les garçons qu’une vaste sinécure paramilitaire. Nikita Malik ajoute:

"On va aborder l’histoire et la géographie bien sûr mais seulement pour servir la propagande. Par exemple, on explique aux élèves que Daesh est le seul Etat légitime, qu’aucun autre, pas même l’Arabie saoudite, ne l’est. On raconte aussi l’histoire de l’ascension d’Abou Bakr al Baghdadi jusqu’au sommet de l’Etat islamique. Il y aussi des problèmes de maths qui impliquent des grenades, des fusils, des tanks. On les habitue à la violence."

Diwan al Ta Aleem, le ministère de l'Education nationale de Daesh

Pour que l’accoutumance aux atrocités aille plus vite encore, on force régulièrement les petits à regarder ces vidéos sanglantes qu’affectionne les terroristes. Cet aspect totalisant de l’éducation dispensée par Daesh à ses pupilles pourrait même aller plus loin: "Honnêtement, je ne serais pas surprise qu’ils aient créé des maternelles", observe Nikita Malik.

La pédagogie salafiste emprunte aussi des voies plus inattendues. La chercheuse de la fondation Quilliam évoque ainsi la création d’une application sur les téléphones diffusant de la poésie islamique. Toutes ces initiatives et ce système sont patronnés par une même entité administrative: le Diwan al Ta Aleem, qui agit comme l’équivalent d’un ministère de l’Education: "On en connaît peu de choses, mais ce qu’on sait c’est qu’il publie des communiqués tous les jours: ça va de consignes sur la tenue à porter en cours à un changement d’horaire pour la fin des cours. C’est finalement une institution qui ressemble un peu à ce qui se fait ailleurs."

Une touche de normalité qui fait apparaître d’autant plus effrayantes les horreurs qu’elle rend possible.

Par Robin Verner

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Daesh formerait ses combattants en s'inspirant des jeunesses hitlériennes

Par Direct Matin Mis à jour le 7 Mars 2016 à 15:10 Publié le 7 Mars 2016 à 09:12

Daesh aurait créé une cellule entièrement constituée de jeunes garçons nommée "Fityan al Islam" (les garçons de l'Islam). Image d'illustration. [Capture d'écran "ISIS Children : Soldiers trained to kill and die" / YouTube / ]

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Selon une étude britannique, le groupe terroriste Daesh s'inspirerait des méthodes n**ies, et plus particulièrement des jeunesses hitlériennes, pour endoctriner et former des combattants dès leur plus jeune âge.

Dans son rapport "Les enfants de Daesh", le groupe de réflexion britannique spécialisé en contre-terrorisme Quilliam, décrit comment Daesh endoctrine et diffuse son idéologie mortifère dans des écoles et des camps d'entraînement.

A lire aussi : Daesh envoie de plus en plus d'enfants à la mort

Selon Quilliam, Daesh "semble avoir particulièrement étudié le régime n**i, et surtout les jeunesses hitlériennes pour l'endoctrinement des enfants", les auteurs relevant que l'ONU a reçu des informations "crédibles mais non vérifiées" au sujet d'une cellule de Daesh, entièrement constituée de jeunes garçons nommée "Fityan al Islam" (les garçons de l'Islam).

Forcés de procéder à des décapitations et à des exécutions barbares, les terroristes veulent faire de ces jeunes combattants la génération "la plus létale possible". Concrètement : des enfants pourvoyeurs de mort dès la naissance. Selon les chercheurs, "cette approche éducative de Daesh s'inspire de l'Allemagnen**ie au sens où les deux idéologies ont la même façon de percevoir les enfants et la pédagogie qui doit leur être appliquée".

Une deuxième génération de moudjahidines en préparation

L'endoctrinement des enfants serait à ce point une priorité pour Daesh qu'au fur et à mesure de ses conquêtes territoriales en Syrie et en Irak, l'organisation a aussitôt pris le contrôle du système éducatif dans le but de préparer une deuxième génération de moudjahidines (combattants) totalement conditionnés dès la naissance. N'ayant eu aucun contact avec des valeurs laïques, les jeunes recrues sont considérées comme "plus pures que les (terroristes) adultes", ce qui les rendrait, "plus forts" que les moudjahidines (combattants) actuels parce qu' "ils ont une compréhension supérieure de l'islam et sont plus brutaux, et plus violents" note le rapport.

A lire aussi : Daesh enlève 400 enfants et pourrait en faire des kamikazes

Les chercheurs soulignent également que les enfants ont été largement utilisés dans la propagande de Daesh entre le 1er Août 2015 et le 9 Février 2016, identifiant un total de 254 événements ou déclarations, comportant des images d'enfants utilisées pour terroriser et à des fins de propagande.

Quilliam précise toutefois que le recrutement des enfants se fait souvent par la contrainte, notamment par des enlèvements, et par l'intimidation. Le rapport cite la Mission d'assistance desNations unies pour l'Irak, qui estime que Daesh a enlevé entre 800 et 900 jeunes garçons âgés entre 9 et 15 ans entre août 2014 et juin 2015 pour les envoyer dans des centres de formation.

Quant aux filles, appelées "les perles du califat", le rapport indique qu'"elles sont confinées à la maison, et ont appris à soigner les hommes". Les auteurs soulignent que ces enfants combattants ne se trouvent pas uniquement dans les territoires occupés par Daesh et évaluent à une cinquantaine le nombre de futurs moudjahidines au Royaume-Uni. Leur rapport recommande la création d'une commission pour protéger les générations futures de la violence radicale, et les auteurs espèrent que leurs conclusions aideront à des "réflexions essentielles" dans le but de "mettre fin aux conflits en Irak et en Syrie".

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Moi, Rashwan, quinze ans, enlevé par l’« État islamique »

PIERRE BARBANCEY

JEUDI, 13 NOVEMBRE, 2014

L'HUMANITÉ

rashwan.jpg

"Sur un écran, ils nous projetaient des vidés où on voyait des hommes de Daesh (l'"État islamique") sur un écran égorger des gens", raconte Rashwan, qui a aussi vu ses copains se faire frapper nus avec des câbles électriques par leurs ravisseurs.

Photo : Frédéric Lafargue

En mai, les djihadistes de l’« État islamique » enlèvent 250 collégiens venus à Alep �passer un examen scolaire. Parmi eux, Rashwan, quinze ans. Ce dernier témoigne �auprès de notre envoyé spécial du sort réservé par l’« EI » à ses otages : tortures, vexations, tentatives d’endoctrinement.

Suruç (frontière turco-syrienne), envoyé spécial.Rashwan n’a que quinze ans. Les traits de son visage qui commencent à s’affiner, l’acné qui lui barre encore le front marquent bien son âge, entre enfant et adulte. Assise sur une table tirée devant la maison, sa mère, Sadika, le regarde avec des yeux tendres, d’où perce une certaine inquiétude. La famille a quitté Kobané il y a presque deux mois et s’est installée juste de l’autre côté de la frontière. En se perchant sur le toit de la maison, avec de bonnes jumelles, ils peuvent apercevoir leur ancienne propriété. Si Sadika a le visage crispé, le sourire forcé, ce n’est pas à cause de cet exode. Enseignante, elle sait comment un adolescent peut être marqué par des situations difficiles, voire terribles. Et ce qui est arrivé à son fils n’est pas pour la rassurer.

Tout bascule lorsque les autocars �des collégiens s’arrêtent à un relais

C’était au mois de mai. Avec près de six cents autres garçons et filles, Rashwan quitte Kobané. Direction Alep, où tous les collégiens de la région doivent passer un examen, type brevet. Il y a de la joie et de l’excitation parmi tous ces jeunes. Quitter les parents l’espace de quelques jours, se retrouver ensemble, parler plus librement de ces petites affaires qui encombrent les esprits des ados. Un peu la fête, quoi ! Même s’il faut se concentrer sur cet examen dont la réussite déterminera l’avenir et surtout sera célébré en famille comme il se doit. Les épreuves se déroulent sans problème pour Rashwan et ses camarades. Le 29 mai, tout ce petit monde remonte dans les bus, direction Kobané. À ce moment-là, ils sont 250. Alors que l’atmosphère est à la joie, à l’insouciance, tout bascule lorsque les autocars s’arrêtent à un relais pour que les collégiens se dégourdissent un peu les jambes. C’est ce qu’ils pensaient. Les enseignants qui les encadrent et quelques pères sont alertés que la zone est passée sous le contrôle de l’« État islamique » (« EI »). Pas question d’aller plus loin. Des membres du Croissant-Rouge doivent venir pour les escorter jusqu’à Kobané. Trop t**d !

« Une dizaine d’hommes armés sont arrivés peu de temps après, se souvient Rashwan avec encore un tremblement dans la voix. Ils étaient vêtus de longs qamis avec un pantalon genre pyjama. On a eu vraiment peur, on était choqués. On ne savait pas ce qu’il fallait faire. Le père d’une amie a tenté de nous rassurer en nous disant qu’il ne nous arriverait rien, qu’on allait être libéré. » Les islamistes séparent alors les garçons et les filles. Tous sont en pleurs, tétanisés. Ils montent dans un bus. Les garçons, environ 140, sont emmenés dans une mosquée à une quinzaine de minutes de là. Ils n’ont aucunes nouvelles de leurs copines. Ils apprendront plus t**d qu’elles ont été emmenées à Alep puis convoyées jusqu’à Kobané le surlendemain.

« On a commencé à parler avec ces types, explique Rashwan. Leur accent n’était pas syrien. C’était des Tunisiens, comme ils nous l’ont précisé. Ils nous ont dit aussi de ne pas être effrayés, qu’ils allaient nous poser quelques questions et qu’ensuite, au bout de deux jours, ils nous laisseraient repartir. » Les islamistes prennent soin de se saisir de leurs téléphones, de l’argent qu’ils possèdent, brûlent tous les livres trouvés dans les cartables des collégiens et préviennent qu’ils vont les « islamiser ». Mais, en ce début de kidnapping, leur attention se concentre sur les Unités de protection kurdes, les YPG, qui défendent bec et ongles la ville de Kobané. « Les YPG sont mauvais, ce ne sont pas des musulmans », assènent-ils aux garçons. « Ce n’est pas vrai, trouvent-ils le courage de rétorquer, ils font la prière et observent le ramadan. » Réponse des djihadistes : « Faux ! Ils n’appliquent pas la charia. » Entre l’obscurantisme de l’« État islamique » et les mesures progressistes – surtout sur les droits des femmes – prises par le gouvernement autonome de la région de Kobané, il y a un monde… La nuit à la mosquée, personne ne parvient à trouver le sommeil. L’angoisse les étreint. Que va-t-il leur arriver ? Peu avant le lever du soleil, on vient les chercher pour la première prière. « Ils se sont aperçus qu’on ne connaissait pas tous toutes les prières. Un collègue a bien tenté de m’aider mais c’était difficile », précise Rashwan.

Des Égyptiens, des Tunisiens, des Saoudiens, des Syriens et quelques Kurdes du canton de Kobané

De la mosquée, ils sont emmenés à Manbij, une ville située à 55 kilomètres au sud-ouest de Kobané, et placés dans une école. Ils sont divisés en huit groupes, chacun dans une salle de classe. On leur donne des couvertures, trois exactement, pour dormir à même le sol. « On se levait à quatre heures du matin pour la prière, raconte Rashwan. Puis on se rendormait jusqu’à la prochaine prière. Ensuite on mangeait. De temps en temps on avait des cours de religion. » Parmi les hommes en armes se trouvent des Égyptiens, des Tunisiens, des Saoudiens, des Syriens mais aussi quelques Kurdes du canton de Kobané. Quinze jours plus t**d, un numéro de téléphone est posté sur un compte Facebook pour que les parents appellent. « J’ai téléphoné trois fois, intervient Sadika, la mère. J’ai eu des Syriens puis un Tunisien. Je leur ai dit que kidnapper des enfants n’a rien à voir avec l’Islam. » Sadika se rend une fois sur place – « en portant le hidjab, sinon on allait être capturé à notre tour », précise-t-elle – et voit son fils. De loin. « Ils m’ont dit que, pour libérer Rashwan, il fallait qu’on quitte Kobané ou qu’il y ait un échange de prisonniers. » Alors qu’une mère ne voulait pas repartir, les islamistes ont pris son fils et l’ont battu devant elle.

Mais ce qui intéresse surtout les hommes de l’« État islamique » est de repérer les gosses dont des membres de la famille sont des combattants des YPG. Ils interrogent sans cesse les garçons. « Quand on leur répondait que personne chez nous n’était membre des YPG, ils nous accusaient de mentir. Alors, ils nous attachaient les mains dans le dos et nous suspendaient comme ça. C’était horrible. » Les souvenirs de Rashwan, refoulés jusque-là, remontent à sa mémoire. « Parfois aussi, ils nous mettaient dans des pneus, la tête et les jambes coincées et ils nous frappaient sur le dos. » Lorsque des garçons ont tenté de s’échapper et qu’ils ont été rattrapés, les geôliers se sont déchaînés. « À ce moment-là, ils nous rassemblaient tous. Ils mettaient nos copains complètement nus et les frappaient avec des câbles électriques. Ils voulaient que cela nous serve d’exemple. » Visiblement, ce n’est pas suffisant. Au bout de trois semaines, tous les quatre ou cinq jours, spécialement la nuit, ils réveillent leurs jeunes prisonniers pour leur montrer des films. D’horreur ! « Sur un écran, ils nous projetaient des vidéos où on voyait les hommes de Daesh (l’« État islamique », NDLR) égorger des gens, raconte encore Rashwan en portant les mains à sa bouche. Après ça, on a eu peur qu’ils fassent la même chose avec nous. Six copains ont d’ailleurs perdu la tête. Spécialement le soir, quand l’électricité était coupée. Ils se mettaient à crier et se jetaient sur les gars de Daesh pour tenter de les frapper. Alors ils étaient battus violemment. »

« Si on prenait plus de dix minutes pour se laver, on était battu »

Comme tous ses copains, Rashwan tente de trouver des motifs d’apaisement. En juillet, le ramadan commence. « On s’est dit qu’un musulman ne tuait pas pendant le ramadan. » Très vite on leur fait porter le qamis et le sarouel (le fameux « pantalon genre pyjama » !). « Bien que ce soit l’été, on ne pouvait pas se laver très souvent et on n’avait que dix minutes. Si on prenait plus de temps, on était battu », insiste Rashwan. Il se souvient d’un « gars très méchant, Abou Anas, un ancien militaire syrien, qui voulait qu’en dix minutes on se do**he et on aille aux toilettes. Il n’arrêtait pas de faire de la propagande pour qu’on rejoigne Daesh, disant que, si on mourait, on irait au paradis, où nous attendaient de très jolies filles. D’autres, d’anciens prisonniers qui disaient vouloir se venger, affirmaient que, si on venait avec eux, on recevrait une voiture, une arme, une maison, 50 dollars par jour et une fille pour se marier ». Rashwan et ses copains n’ont pas succombé. « Ils nous ont dit que les Kurdes avaient la tête dure. » Il se rappelle cependant d’un garçon, originaire de cette ville de Manbij, qu’il avait rencontré lors de l’examen, à Alep, et qui, trois mois après, est venu le voir en lui demandant s’il le reconnaissait : il avait rejoint les troupes de Daesh.

Le 30 septembre, alors que la zone est bombardée par les avions américains, les islamistes libèrent Rashwan et une grande partie des collégiens, non sans avoir téléchargé dans leurs téléphones des chants religieux, des messages de propagande et des vidéos. Vingt-cinq autres garçons seront libérés un mois plus t**d. « Je ne pouvais pas y croire, dit simplement Rashwan. Je suis allé dans une épicerie et j’ai appelé mon père, qui a envoyé quelqu’un me prendre. Je portais encore le pantalon de pyjama mais j’avais mis un tee-shirt. Le cauchemar était terminé. » Il a retrouvé ses deux frères et sa sœur. Assis sur une chaise, devant la maison, près de ses parents, il a encore parfois le regard absent, comme s’il retournait dans cet enfer.





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Les mecs du tapis 20/08/2016

Trois adolescentes Auvergnates retrouvées quasi mortes dans les caves d'apprentis djihadistes de La Courneuve. Le procureur a demandé que l'enquête se poursuive dans la plus grande discrétion pour ne pas attiser les amalgames. Elles ont survécu. En Afrique, c'est un peu plus grave.
Au Congo, il n'est pas facile d'arrêter un violeur présumé et ses 67 complices. Depuis trois ans, le gouvernement ne faisait rien pour arrêter un puissant politicien suspecté d'organiser les viols collectifs de 50 petites filles –jusqu'à ce qu'une journaliste s'en mêle.

La lumière dans cette salle de conférences de Bukavu était verdâtre et maladive. J'y étais installée depuis plusieurs heures, à écouter les témoignages de survivantes de viol pour un article, quand quelqu'un se pencha à mon oreille et y chuchota l'innommable: dans un village voisin de cette région de l'est de la République Démocratique du Congo, des bébés étaient victimes de viols collectifs.

Sous les néons blafards, la chercheuse d'une ONG me donna quelques détails. «Elles sont toutes petites. Parfois 3 ou 4 ans, me dit-elle. On ne sait pas comment les hommes réussissent à entrer dans les maisons, mais ils enlèvent les enfants sans réveiller personne.» Les agressions avaient commencé six mois plus tôt, en juin 2013, et même dans un pays où la violence sexuelle est endémique, l'affaire soulevait le cœur de la population. On parlait de bébés.

La ville témoin de ces viols, Kavumu, est dévastée de misère, même si on se place à l'échelle congolaise. Ses habitants vivent dans de loqueteuses cahutes en torchis ou en planches de bois. Les enfants dorment entassés dans un ou deux lits, dans une même pièce. Il n'est pas rare qu'une chambre en accueille une huitaine. Que des hommes parviennent donc à enlever des petites filles au milieu de la nuit, sans réveiller le reste de la maisonnée, tenait du mystère. Selon la rumeur, les agressions avaient trait à la sorcellerie –parce que le sang d'une vierge est censé fortifier son violeur avant une bataille. On disait aussi que les kidnappeurs pulvérisaient une sorte de somnifère en arrivant sur les lieux.

Événements isolés

L'année suivante, le nombre de cas allait augmenter. À l'heure où j'écrivais un article sur le sujet, en avril 2015, l'hôpital de Panzi –célèbre pour sa prise en charge de victimes de violences sexuelles– s'était occupé de 35 petites filles. Toutes avaient nécessité, selon les mots de son directeur,Denis Mukwege, une «chirurgie lourde». Reste que ces agressions étaient toujours considérées au cas par cas, comme s'il s'agissait d'événements isolés.

Lors de ma phase de documentation, je m’étais rapprochée des autorités congolaises pour leur demander ce que le gouvernement comptait faire pour stopper ces crimes. Quelques jours avant la mise en ligne de mon article, le gouvernement congolais s'était dépêchéd'annoncer une «enquête nationale» sur les viols de Kavumu. Une bonne nouvelle, sauf que rien n'allait bouger pendant plus d'un an.

Des États-Unis, j'ai voulu suivre le déroulé de cette «enquête nationale», mais le gouvernement –et, plus précisément, le bureau de Jeanine Mabunda, Conseillère spéciale du chef de l’État en matière de lutte contre les violences sexuelles– allait rester portes closes. Après six mois de questions sans réponse, j'allais apprendre par une source congolaise qu'un unique enquêteur avait été assigné à ces dossiers, sans que Kinshasa ne lui procure de formation, de financement ou n'importe quel autre moyen. L'ancien directeur de l'unité spécialisée contre les violences sexuelles au Nord Kivu, le commandant de police David Bodeli, avait été convoqué à la capitale. On lui avait dit qu'il fallait élucider ces crimes. Et l'action du gouvernement s'était arrêtée là.

Un suspect identifié

J'allais donc décider de revenir au Congo, pour tenter d'y voir plus clair. Le jour de mon arrivée à Bukavu, à la fin décembre, une petite fille de 3 ans venait de se faire admettre à Panzi. Dans la nuit, elle avait été kidnappée et violée par plusieurs hommes. La douleur la clouait à son lit, elle ne pouvait plus marcher. Dans le service, la semaine précédente, deux autres petites filles avaient été hospitalisées. L'une avait 5 ans, l'autre 6.

Les jours suivants, j'allais m'entretenir avec des médecins, des psychologues, des travailleurs sociaux, des militants de la société civile, des représentants du gouvernement, des serveurs de restaurant –soit à peu près quiconque, dans les environs de Bukavu et Kavumu, susceptible de m'apprendre quelque chose sur ces crimes. J'ai rencontré des douzaines de parents et neuf autres petites filles violées. De leur voix blanche, le regard sidéré, ils allaient m'expliquer la terreur qui constituait désormais leur existence, comment ils n'arrivaient plus à trouver le sommeil.

Psychologiquement parlant, cette ville était en ruines.

Pour autant, quand je suis repartie deux semaines plus t**d, j'étais optimiste. On pouvait constater de réels progrès dans l'aide apportée aux victimes. Coopera, une ONG espagnole, s'était associée à l'hôpital de Panzi pour offrir aux filles et à leur famille des séances de psychothérapie, très utiles de l'avis des parents qui ont pu m'en parler. Sur le plan criminel, aussi, les choses semblaient avancer: un groupe de travail rassemblant des employés de Panzi, d'ONG et de l'ONU avait été constitué et collaborait étroitement avec Bodeli, en lui fournissant notamment des éléments utiles à son enquête. Et ils avaient un suspect: Batumike Rugimbanya, parlementaire du CCU (la Convention des Congolais Unis, parti formant une alliance avec le PPRD du président Joseph Kabila), chef présumé d'une milice locale faisant régner sa loi dans la région. Selon une source proche du gouvernement, le groupe de Rugimbanya aurait été l'auteur des enlèvements et des viols. Les arrestations, pensais-je, n'allaient pas t**der.

Coup de force

Nous étions début janvier. Au cours des cinq mois suivants, quatre nouvelles petites filles seront violées, sans que Rugimbanya ne soit inquiété ni gêné dans ses déplacements. Au total, on dénombre environ 50 victimes, âgées de 8 mois à 11 ans. Deux d'entre elles n'ont pas survécu à leurs blessures.

Le 20 juin, au lieu d'attendre encore plus longtemps, j'ai écrit une tribune (1) dans le Guardian interrogeant l'inaction du gouvernement congolais dans cette affaire.

Le lendemain, soit 12 heures après la publication de ma tribune –et trois ans après les premières agressions–, le chef de bande présumé est subitement arrêté avec 67 de ses miliciens, des hommes ayant eu maille à partir avec l'armée congolaise. L'opération s'est déroulée au petit matin et a mobilisé 120 soldats. Aucun coup de feu n'a été tiré, me dira Bodeli en SMS le lendemain. Selon ses informations, Rugimbany est le seul homme arrêté en possession d'une arme.

Sans conteste, ces arrestations sont un pas dans la bonne direction. Mais le véritable test pour le gouvernement –fait-il réellement tout ce qu'il peut pour stopper les viols de Kavumu, comme tous les autres dans le reste du pays?– est à venir.

Panne judiciaire

On sait combien la justice au Congo est dysfonctionnelle, surtout pour les milliers de victimes de viol –par exemple, aucune d'entre elles n'a encore reçu un centime de dédommagement, malgré les décisions judiciaires ordonnant de telles réparations. Reste que ces derniers mois, le groupe de travail luttant contre les viols de Kavumu a réussi à transférer les dossiers du système judiciaire civil au miliaire. Ce qui est une bonne chose: si les tribunaux civils ont globalement tout d'une blague, selon divers experts judiciaires avec qui je me suis entretenue, les cours militaires ont réussi ces dernières années à extirper quelques condamnations pour crimes de masse envers des victimes civiles.

Mais le système militaire est encore loin d'être parfait. En 2013, lors du procès de 39 soldats congolais accusés d'avoir violé au moins 76 femmes à Minova, dans la province du Sud-Kivu, seuls deux troufions ont été finalement condamnés. Aucun officier ne fut déclaré responsable, faute de preuves selon les explications que m'a données l'un des magistrats ayant travaillé sur ce dossier. Ce qui en dit long sur le manque de formation et de ressources des enquêteurs. Une situation qui ne s'est pas arrangée depuis, selon des experts judiciaires. Le Congo ne possède aucun système de collecte ADN, et même si c'était le cas, on do**he souvent les victimes de viol quand elles arrivent à l'hôpital, dans un fâcheux espoir de les laver de leur affront.

Crimes contre l'humanité

Concernant les viols de Kavumu, il y a des raisons d'espérer une meilleure procédure. À l'hôpital de Panzi, à chaque victime soignée, les médecins ont méticuleusement consigné toutes les données possibles, qui a permis de préserver beaucoup de preuves matérielles (même si un certain nombre de petites filles n'a pas fait le déplacement jusqu'à cet établissement). De même, Physicians for Human Rights, une ONG américaine, a fait en sorte que tous les cas soient regroupés en un seul et même dossier, pour la tenue d'un seul et même procès pour crime de masse. Et malgré les maigres ressources fournies par Kinshasa, Bodeli a pu enquêter sur toutes les agressions, immédiatement après les faits.

Les hommes arrêtés ont été inculpés pour crimes contre l'humanité, viol, meurtre, participation à une insurrection et assassinat de personnel militaire, détaille Bodeli. On peut espérer que l'attention internationale portée à cette affaire garantisse un procès en bonne et due forme, même s'il n'est pas difficile d'imaginer la faute retomber, une fois de plus, sur des sous-fifres ou le suspect principal réussir à se dérober à la justice grâce à des pots de vin.

La peur

Mais même si la justice suit son cours et que le cauchemar de Kavumu arrive à son terme, les victimes nécessiteront des années de soins médicaux et psychologiques. Leurs familles devront, elles aussi, recouvrer une once de normalité dans un endroit où les maisons sont faites de bric et de broc et les portes impossibles à fermer à clé. Dans la communauté, les traumatismes sont si profonds qu'il n'est même pas certain que la justice soit suffisante pour apaiser la meurtrissure des âmes.

Il y a cinq mois, alors que j'étais à Kavumu, un père d'une victime m'avait dit ne plus arriver à dormir. «Tu as peur qu'ils reviennent et qu'ils prennent les petits, m'avait-il expliqué. Il faut que tu te lèves tout le temps, que tu ailles vérifier que les enfants sont bien dans leur lit.» Un des éléments salvateurs des arrestations, je l'espère, c'est que cet homme, comme d'autres parents, puisse enfin dormir à poings fermés. Pour la première fois depuis des années.

Je ne sais vraiment pas s'il pourra en être de même pour les petites filles. Elles qui porteront ce cauchemar en elles, dans leur corps, toute leur vie.

1 — Une traduction française bénévole de cette tribune est disponible sur le site personnel de Lauren Wolfe. Retourner à l'article

Double XMonde | Par Lauren Wolfe, traduit par et

21.08.2016 - 14 h 24

mis à jour le 21.08.2016 à 14 h 25

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