13/01/2021
"S'il-te-plaît, endors toi bébé... " 😴
Aujourd'hui, cela fait deux mois que je suis maman. Deux mois que mon sommeil est quasi inexistant.
Ma fille a des soucis d'alimentation qui la font boire toutes les heures et demies. C'est tellement court. Entre deux, elle doit faire son rot, créer du lien avec moi, communiquer, et le reste... Il reste très peu de temps pour dormir, mais moi je suis fatiguée alors je lui chuchote "S'il-te-plaît, endors toi bébé...".
La semaine passée, j'ai du marcher pendant 3h dans l'appartement, en pleine nuit, avec mon trésor en portage physiologique. Quant elle a été vide de pleurs et qu'elle s'est enfin endormie, j'ai vu que je n'avais même pas remarqué le lever du jour, ni à quel point j'avais mal aux jambes et au dos, la bouche sèche de trop de "s'il-te-plaît, endors toi bébé...".
"Crac", c'est le bruit qui m'a réveillé à 4h17 du matin. Le bruit de ma nuque qui craque sous l'effet de ma tête qui tombe brusquement par un endormissement impromptu alors que je lui chantais des berceuses pour l'endormir, inlassablement ponctuées de "s'il-te-plaît, endors toi bébé...".
Vous l'aurez peut-être remarqué, mais ces nuits, il n'y a qu'elle et moi. Toutes les deux angoissées par le soleil qui se couche, toutes les deux comptant sur l'autre, de façon presque viscérale, pour qu'elle nous soulage et nous permette de passer une vraie bonne nuit. Elle voudrait que je la rassure encore et encore, je voudrais qu'elle s'endorme paisiblement pour que je puisse en faire de même, alors "s'il-te-plaît, endors toi bébé...".
La journée, nous avons parfois quelques visites. Quelques minutes, quelques heures, où ma puce est le centre d'attention de quelqu'un d'autre, me permettant de respirer un instant. Mais pas trop, il ne faudrait pas que je paraisse soulagée, après tout cette enfant je l'ai voulu. Alors je souris en disant que tout va bien, et lorsque l'on me fait remarquer mes cernes, je réponds laconiquement "J'aurai le temps de dormir quand je serai morte" un petit sourire aux lèvres.
Samedi, 21h18. Ma puce dort depuis une vingtaine de minutes. J'ai eu le temps de me doucher, de vite avaler une tranche de pain, et de me glisser dans mes draps. Quelle sensation ! Je ne me sens même pas plonger dans les bras de Morphée.
Du bruit, il y a du bruit mais je n'arrive pas à savoir ce que c'est, je n'arrive pas à ouvrir les yeux, je ne sais même plus qui je suis ni où je suis. J'ouvre difficilement un œil, ce sont les pleurs de ma fille. 21h24.
Je me lève, et la prends dans mes bras. Ses larmes inondent déjà ces si petites joues, bientôt rejointes par les miennes. Ôh je l'aime, mais j'aimerai juste dormir quelques heures... Promis, après, je serai une meilleure maman alors "s'il-te-plaît bébé, endors toi...". Je la berce, encore et encore, de plus en plus, mais ce soir, rien ne semble l'apaiser. Elle n'a pas faim, est propre, n'a pas de fièvre. Mais qu'est-ce qui cloche ? Je ne comprends pas alors je continue de la bercer. Droite, gauche, droite, gauche, droite... Toujours ces cris. Alors je la porte à hauteur de mon visage et la considére entièrement: son corps est si petit, ses traits si fin, ses yeux à peine ouverts mais son volume sonore est à son maximum. J'ai tout tenté, je ne sais plus quoi faire, mon cerveau ne prends plus aucune décision. À ce moment là, mes bras la bercent, d'avant en arrière, de plus en plus fort "S'IL-TE-PLAÎT, ENDORS TOI BÉBÉ...".
Silence.
Elle me regarde et semble soudain très fatiguée alors je la pose dans son berceau. La vague d'émotions désagréables ressentie au creux de mon ventre se dissipe enfin et je regarde mon bébé, mon si joli bébé. Mon si joli bébé qui tremble... Je m'en vais donc augmenter le chauffage, peut-être a-t-elle froid ? Ce silence, quel bonheur... À peine allongée dans mon lit que le sommeil m'emporte loin, très loin.
Je me réveille difficilement, il est demain matin. Je souris. Aujourd'hui, c'est mon corps qui m'a réveillé, et non ma fille. Ma fille... Pourquoi ma fille ne m'a pas réveillé ? Je fonce vers son berceau.
Plus de respiration.
Appelle aux urgences.
Sirènes.
Larmes.
"Il n'y a plus rien à faire".
"S'il-te-plaît, réveille-toi bébé..."
Ma fille est morte ce samedi soir par un "syndrôme du bébé secoué". Ma fille est morte ce samedi soir parce que j'étais trop fatiguée.
Cette histoire est une fiction pour moi, mais une réalité pour beaucoup de familles. En France, environs 200 bébés sont secoués chaque année. En France, un bébé secoué sur 5 va décéder, et parmi les autres, deux sur trois auront des séquelles irréversibles.
Fatigue, incompréhensions, douleurs, pleurs, solitude, tristesse, silence, angoisse, jugements, goût à rien...
Qui a dit que la parentalité n'était qu'une partie de plaisir ?
Alors parlez-en autour de vous, soyez attentifs aux parents qui vous entourent, si vous vous sentez submergé, mettez votre enfant en sécurité dans son lit et prenez quelques minutes pour souffler, apellez un relai, qu'il soit familial, amical ou professionnel, mais surtout, ne secouez JAMAIS votre enfant.