03/05/2026
Consultation avec un ennéatype 9
Le mensonge a-t-il une utilité, et laquelle ?
Alors que je pensais que le mensonge était ma principale préoccupation, c’est finalement l’utilité qui retient d’abord toute mon attention dans cette consultation.
Le mensonge, aussi questionnant soit-il, devient presque secondaire. Et déjà une première ambiguïté apparaît : pourquoi chercher à tout prix une utilité au mensonge ? Que vient faire cette exigence d’utilité dans mon rapport à l’autre?
Au début de la consultation, le mensonge est donc interrogé sur son utilité. Il m’apparaît, de toute évidence, comme une preuve de bienveillance, parce qu’il évite les révélations fâcheuses, gênantes ou affligeantes. Celles-ci sont du coup, évincées par une parole remplaçante dont l’intention se veut bienfaisante. Bienfaisante dans l’évitement d’une souffrance que la vérité aurait peut-être provoquée.
Mais cette bienfaisance est-elle si univoque ? Je constate qu’elle agit souvent en premier lieu, pour moi. Elle me permet de parvenir à mes fins : que rien ne change, que rien ne soit altéré, et même, au contraire et que se renforce une image idéalisée de moi-même dont je peux disposer à mon gré.
Que devient alors l’interlocuteur dans ce dialogue ? Est-il encore rencontré comme un sujet, ou devient-il un objet « utile » à la construction d’un monde que je me représente pour mon seul bénéfice ?
Je vois la contrefaçon et je souris face à ma stratégie.
La stratégie du mensonge utile a des conséquences et je regarde le lien qu’il entretient avec la souffrance. Tout comme la vérité, son opposé, les mots chargés d’une réalité ont d’abord un impact affectif, avant même d’être examinés. Dans un cas, avec le mensonge, je déforme ou je nie la réalité ; dans l’autre, je l’expose.
Quand je déforme ou nie la réalité, je pratique sur moi-même une opération d’imposture. Ce n’est pas ma perception qui est altérée, c’est mon intention d’atteindre une image idéalisée. Cette image est destinée à me protéger, à me défendre de tout risque de déstabilisation.
C’est dans ce contexte que l’utilité prend ses différentes formes : hypocrisie, négation, retrait, limitation, résistance, impatience, riposte, lutte. Tout ce que je manifeste pour faire valoir mon droit à l’existence peut alors s’organiser comme un système de défense.
Le mensonge aurait donc une utilité : me défendre.
Mais cette utilité mérite d’être interrogée. Car ce qui m’est utile ici ne l’est pas nécessairement pour un rapport juste à moi-même ou à l’autre. L’utilité me protège, mais elle peut aussi m’enfermer. Elle évite une souffrance immédiate, mais peut maintenir une distance avec la réalité et avec autrui.
De quoi ou contre quoi est-ce que je cherche à me défendre ? De mon manque d’assurance ? De ne pas savoir ? De l’absence de reconnaissance ? De mon désir de perfection ?
Se pourrait-il que ce soit aussi depuis une quête intérieure que je me raidis ? Une quête d’un dialogue vrai, direct et conscient, auquel je ne parviens pas. Une quête de cohérence entre ce que je perçois, ce que je ressens et ce que je dis. Une quête d’équilibre qui ne repose plus sur une image idéalisée, mais sur une présence plus juste à moi-même.
Je réalise alors que m’ouvrir à une conscience de moi-même suppose de trouver un certain équilibre intérieurement. La difficulté vient peut-être de mon rejet de l’effort nécessaire pour y parvenir, ou bien du fait que cet équilibre ne peut être produit que par moi-même, et non par un système où le mensonge serait roi.
Mais quelle est cette quête, suffisamment exigeante pour que je préfère parfois la fuir ou la combattre ? Une quête qui peut se rappeler à moi lorsque j’examine mon système de défense, et qu’apparaît une compréhension plus claire de ce qui m’en détourne.
Examiner ce système ne suffit pas. C’est quand je nomme la quête qui m’habite intérieurement qu’une direction se créée. Dès lors, je peux laisser s’exercer ma capacité à raisonner, je peux faire l’expérience d’un choix éclairé entre me défendre et m’engager dans cette quête plus exigeante.
C’est un chemin difficile, exigeant, éprouvant, qui fait appel à mon autorité intérieure. Et peut-être qu’à partir de là, l’utilité cesse d’être mon seul critère. Car ce qui est en jeu n’est plus seulement de me protéger, mais de choisir, en conscience, entre me défendre et m’engager dans ce lien plus vrai à moi-même et du coup plus vrai à l’autre et au monde.