« Le plus grand bonheur pour le plus grand nombre. » Voilà la formule qui a fondé l'utilitarisme.
Mais son inventeur, Jeremy Bentham, était prêt à sacrifier la liberté de chacun au nom de l'utilité de tous.
C'est là qu'arrive John Stuart Mill. Élevé par un père fanatique de Bentham, il garde l'idée d'utilité mais refuse d'y sacrifier les libertés individuelles.
De cette tension est née une bonne partie de la social-démocratie : le plus grand bien du plus grand nombre, sans écraser personne.
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« Xénophobie », un mot grec qui vient de l'Antiquité ? Pas du tout. Il a été inventé il n'y a même pas cent cinquante ans.
C'est un néologisme, forgé à la fin du XIXe siècle comme une licence poétique (on le croise notamment chez Anatole France) pour dire la peur et la haine de l'étranger. Deux racines grecques collées ensemble : xenos, l'étranger, et phobos, la peur.
Mais voici la vraie surprise, montrée par l'historien Gérard Noiriel : dans les journaux de l'époque, « xénophobe » ne désigne pas le racisme des Français. Il désigne les peuples colonisés qui se révoltent contre l'occupant français. On traite les résistants de xénophobes pour les discréditer.
Il faudra les années 30, puis les luttes antiracistes des années 70, pour que le mot désigne enfin ce qu'on lui fait dire aujourd'hui.
C'est la France républicaine qui s'est emparée de ce mot. Non pour défendre ses idéaux, mais pour les bafouer.
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Puissance et pouvoir, quelle différence ?
La puissance, c'est simplement votre capacité à agir. Soulever une charge, parler une langue étrangère, vous faire des amis facilement, savoir jardiner : autant de puissances. Elles vous appartiennent, elles se développent en vous, et le jour où vous partez, vous partez avec.
Mais il y a une chose que les humains savent faire, et quelques espèces animales avec eux : composer leurs puissances. Se mettre d'accord pour les mettre en commun, et agir bien plus fort ensemble que chacun dans son coin. Cet accord-là , c'est la naissance du politique.
Reste une question : comment on compose ces puissances ? Il y a mille manières de le faire, et toutes ne laissent pas la même liberté aux individus. Le résultat de cette composition (quand un groupe, ou un seul homme, finit par imposer sa volonté au reste et user des forces réunies pour agir en vue d'un but) c'est ce qu'on appelle le pouvoir.
Autrement dit : la puissance est à vous ; le pouvoir naît de ce que vous en déléguez.
Pour apprendre à distinguer aussi le pouvoir de l'autorité, de la force et de la violence, il y a le Manuel Infini : la plateforme de philosophie de Potion Magique, premier mois à 1€, un nouveau cycle chaque mois. Le cycle du moment porte justement sur le pouvoir : un cours d'introduction et six explications de textes en vidéo.
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Il y a un mot que les philosophes utilisent pour désigner ce qui, en vous, reste vous (même quand tout change).
Ce mot, c'est l'ipséité. Et on le confond presque toujours avec l'identité.
L'identité vient du latin idem, « le même ». C'est ce qu'on reconnaît de l'extérieur : les mêmes traits, les mêmes propriétés. A = A. On vous regarde, et on constate que vous êtes bien vous.
L'ipséité, c'est l'inverse. Ipse, en latin, veut dire « soi-même ». On ne regarde plus du dehors, mais du dedans. Mon identité, mais vue depuis mon propre point de vue.
Et là surgit la vraie énigme : votre corps a changé, vos idées, vos goûts, vos blessures — tout a bougé depuis vos dix ans. Alors qu'est-ce qui fait que c'est toujours vous ?
Paul Ricœur, dans Temps et récit, répond quelque chose de très simple et de très beau : ce qui vous tient ensemble, malgré tous les changements, c'est le récit que vous faites de votre vie. Ce que vous vous racontez sur vous-même. C'est cette histoire, et elle seule, qui fait de vous un individu unique.
Vous n'êtes pas une chose identique à elle-même. Vous êtes une histoire qui se raconte.
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L'Éthique de Spinoza, c'est sans doute l'un des plus beaux livres de toute l'histoire de la philosophie. C'est aussi l'un des plus intimidants.
Quand je l'ai découvert, étudiant, on me disait : tu vas voir, c'est formidable, le désir, la joie, le conatus… Et puis j'ouvrais le livre, et je tombais sur des pages d'une aridité, d'une technicité. Un Everest. Je me demandais par où commencer.
Ce qui m'a manqué, à l'époque, c'est quelqu'un qui me dise simplement : ouvrons une page, et lisons-la ensemble.
Alors c'est ce que je vous propose, à partir d'aujourd'hui. Chaque semaine, un commentaire de dix à quinze minutes d'un texte de l'Éthique. Pas un résumé, pas un prompteur : je découvre le passage avec vous, je le lis, je l'annote, et on chemine tout doucement, dans le désordre, comme le faisait Deleuze.
On commence petit, par de courts textes, pour que vous vous sentiez en confiance avant de reprendre l'Éthique par vous-même.
Pour recevoir le lien, écrivez « Spinoza » en commentaire : vous le recevrez automatiquement. Bonne lecture à vous !
La lutte des classes, ce n'est pas « les riches sont méchants, les pauvres sont gentils ».
Ce raccourci, Marx le balaie d'un revers de main. Prendre aux riches pour donner aux pauvres, à la Robin des Bois, c'est mettre du plâtre sur une jambe de bois : on soigne le symptôme, jamais la cause.
Là où Marx devient philosophe, c'est qu'il "prend le problème à la racine". Et la racine, ce sont les rapports de production : la façon dont, en travaillant ensemble, les hommes se répartissent en classes qui s'opposent.
D'un côté ceux qui n'ont que leurs mains pour vivre. De l'autre, ceux qui font travailler leur argent. Toute l'histoire humaine, dit Marx, se joue dans cet écart.
Comprendre ce qui crée l'inégalité, c'est déjà pouvoir le transformer. Et peut-être, un jour, entrevoir une société sans classe.
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Une idéologie, pour Marx, ce n'est pas un camp politique avec ses valeurs affichées. C'est quelque chose de silencieux : ce que toute une société tient pour évident sans jamais en discuter.
A la fin du XVIIIème siècle, une révolution est à l'oeuvre dans la philosophie. Alors que le culte de la Raison était à son apogée, une nouvelle génération s'y oppose radicalement. Le progrès tant annoncé n'est pas advenu, et l'objectivité fait soudain place à la ... et au .
Quelle est la différence entre la peur et l' ? Petite incursion dans la philosophie de
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