19/02/2025
Bonjour, je n’ai pas pour habitude de parler politique ou d’autres sujets sensibles sur les réseaux sociaux, mais voilà, Mon Jardin Nourricier, c’est peut être déjà le début de la fin…
Après 19 ans en tant que travailleur indépendant (graphiste-illustratrice) et depuis 5 ans en activité mixte (formation en écojardinage et infographiste) sous statut d'autoentrepreneur (et gîte en micro), cette réforme, si elle est mise en œuvre, comme le souhaite le gouvernement, signera malheureusement le glas de cette belle aventure.
Travaillant majoritairement pour des particuliers et des petites associations du milieu rural qui ne récupèrent pas la TVA, je ne pourrai augmenter mes prix de 20% au risque de leur rendre inaccessibles mes services.
Je ne pourrai pas non plus absorber moi-même cette hausse et réduire ma marge déjà limitée pour me verser un salaire décent.
Car comme pour tout le monde, mes charges augmentent (prélèvement URSSAF de 24% et bientôt 26% sur le CA, assurances pro, logiciels pro graphisme, essence, complémentaire et prévoyance santé, site internet, mais aussi mettre de côté pour le matériel à renouveler...). En gros dans mon cas (car chaque cas est différent), il me reste à la louche 50% de mon chiffre d'affaires en revenu net. Soit un SMIC. Je ne m'en plains pas, je me suis créé un travail sur mesure qui me convient, j'ai une certaine liberté au quotidien. Mais cette réforme, impliquerait un coût supplémentaire annuel pour moi d'environ 3000€ (à la grosse louche, car si je dois faire appel à un comptable pour m'aider ce sera plus), sans compter la charge administrative supplémentaire, et le stress qui va avec.
Je n’ai aucun problème à payer mes charges sociales et divers impôts qui participent à l’effort commun et à la solidarité nationale, mais dans ce cas précis, pour des toutes petites structures comme la mienne, on va basculer dans le racket.
Imaginez une seconde que l'état sorte du chapeau une taxe de 3000€ à tous les smicards de France. C’est pourtant ce qu’il va se passer pour beaucoup, beaucoup d’indépendants.
Cette réforme n'est pas "suspendue" le gouvernement souhaite bel et bien la mettre en œuvre. Il réfléchit simplement à comment faire passer la pilule, notamment en minimisant le nombre d'entreprises impactées et peut-être en décalant quelque peu sa mise en œuvre (qui serait en l’état actuelle des choses au 1er mars). Sachez que la franchise en base de TVA ne concerne pas que les autoentreprises, cette disposition fiscale était en place bien avant ce statut et concerne toutes les formes juridiques telles que SASU, EI… le seuil était de 37500€ pour les services et 85000€ pour la vente qui n'ont eux qu'une très faible marge d'où ce seuil élevé (ce qui équivaut à la même chose en revenu net en gros). L’Europe demande certes une harmonisation des seuils, mais quand la plupart des pays d’Europe les ont augmentés à 100’000€, la France les baisse à 25’000€. Cela signera un coup d'arrêt brutal à la dynamique économique... est-ce vraiment le moment ?
Un autre argument est la concurrence déloyale, mais en activité de service par exemple, il est clair que quand on a un chiffre supérieur à 37’500€ on commence à absorber mieux ses charges fixes, et il est possible de faire appel à un comptable, et à pouvoir gérer avec la TVA. Dans le secteur du bâtiment (c’est à la demande de leurs fédérations que cet amendement a été déposé pour cause de concurrence déloyale), le petit autoentrepreneur qui fait le muret de mamy, ne concurrence pas franchement la boîte à plusieurs centaines de milliers d’euros de chiffre d’affaires. Cette réforme impactera tous les secteurs, les autoentrepreneurs dans le bâtiment représentent autour de 11% sur l’ensemble. C’est comme les pesticides, pour tuer un insecte, ben on zigouille tout au passage !
Cela concernera forcément quelqu'un que vous connaissez, quelqu'un de votre famille, des gens qui ne demandent rien à personne, qui créent et vivent de leur travail, sans congés payés, sans une couverture sociale correcte (vaut mieux pas être malade quand on est indépendant), des commerces ou des services de proximité que vous utilisez. Bref, c'est tout un tissu économique local qui va être déstabilisé, voire s'écrouler. L'État ne récupérera pas ce qu'il compte obtenir, mais probablement plus d'inscrits à France Travail, plus de RSA et autres prestations sociales à verser... et beaucoup moins de cotisations sociales encaissées.
Pensez au service à la personne, aux artisans, petits commerçants, artistes,
la petite dame qui vient faire les courses et le ménage de votre vieille voisine, le gars qui vient vous tondre le gazon le week-end, l’homme à tout faire qui bricole et fait du multiservices, la coiffeuse à domicile qui vient couper les cheveux de votre père à la maison, la microbrasserie de quartier, la petite créatrice textile ou celle qui fait des retouches, le petit brocanteur, le dépanneur informatique à domicile, celui qui vous livre votre repas à la maison, les loueurs de gîtes ruraux, la petite savonnerie artisanale, votre naturopathe, réflexologue, sophrologue et autres médecines alternatives…. Des biens ou des services qui soit n’existeront plus demain, soit que vous allez devoir payer 20% plus cher. Et c’est qui le dindon de la farce au final ?
Je soutiens le combat de la Fédération Nationale des Auto-Entrepreneurs, faites-en autant en partageant cette petite vidéo qui synthétise la problématique.
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