01/05/2021
Je me suis demandée d’où venait ce sentiment de chaos que je ressens en ce moment dans ma vie. J’ai listé les choses qui m’ont occupée ces derniers mois. J’ai découvert des dynamiques contraires, qui rendent le mouvement global indéchiffrable. Comme plein de notes qui forment une partition sans mélodie, et dont le rythme se serait évanoui.
> En rentrant de Californie, j’ai passé 6 mois à chercher un logement. Quand on est indépendante sans garante, on vous claque la porte au nez, sans vous donner les clés. Nomade, j’ai davantage habité mon corps : comme si c’était lui, finalement, ma seule vraie maison.
> J’ai poursuivi ma formation au Life Art Process, sous la supervision de Daria Halprin.
> J’ai mené des ateliers collectifs et des sessions individuelles mêlant mouvement, écriture et dessin, pour des femmes en burn-out, d’autres confrontées au cancer (gratitude à ), des travailleurs sociaux, des entrepreneurs, des doctorant.e.s, des demandeurs d’emploi…
> J’ai soutenu mon père, entre la vie et la mort suite à un AVC ; j’ai découvert l’hôpital, ses couloirs inhospitaliers, son dédale d’escaliers et ses tableaux de bord anxiogènes (avec des anges-gardiens sur le chemin)
> J’ai voulu sauver - en vain - l’usine de valorisation des algues créée par mon père. J’ai trié, rangé, archivé, cherché des documents, passé et reçu tant de coups de fil, retracé des échanges, posé des questions, cherché des solutions. J’ai demandé de l’aide, remercié, dit pardon.
> J’ai annulé, décalé, continué les actions de formation qui constituaient jusqu’ici l’ADN d’Alliam : facilitation graphique, stratégies d’apprentissage, valorisation des compétences, réinsertion professionnelle…
> J’ai été auditée en tant qu’organisme de formation et obtenu l’agrément qualité Qualiopi (et si le nom paraît mignon, le processus pour l’obtenir ne l’est pas du tout !)
> J’ai rencontré l’Amour, avec un grand A, en remerciant intérieurement tous ceux qui m’y avaient préparée.
> Comme beaucoup (trop) de gens, j’ai eu le covid. Et ça m’a mise K.O.
Les urgences personnelles et les contraintes professionnelles ont étranglé mon agenda déjà surchargé de plans, d’actions et de cascades d’obligations.
J’ai puisé dans chaque cellule de mon corps le maximum d’énergie pour faire face.
Alors que mes larmes faisaient grève, j’ai contacté la Jeanne guerrière et la Jeanne en colère.
Dans les épreuves, j’ai senti le soutien indéfectible de mon amoureux, de la famille et des ami.e.s. Mais aussi d’un autre compagnon qui partage ma vie : le Life Art Process.
Au chevet de mon père, en réa, j’ai chanté, dansé, dessiné, écrit.
Face au gouffre vertigineux de la mort, je me suis raccrochée au vivant de mon corps, à la poésie, aux couleurs et aux textures. Parce que tout était si sombre, il fallait rencontrer le noir par une autre porte que celle du désespoir. J’ai ouvert celle de la créativité, de la transformation artistique, de l’expression spontanée. Elle m’a sauvée. Elle nous a sauvés.
Et ce soir, j’ai envie de le crier haut et fort : l’art n’est pas accessoire. Même dans le chaos, non seulement il est accessible, mais c’est lui qui nous remet dans l’axe.
Je sens qu’avec Alliam, ces prochaines années, nous allons oeuvrer pour cette conviction. Avec passion, audace et détermination. Et avec votre soutien aussi, j’en ai tellement besoin ! D'avance... merci.