24/10/2025
Le jour où j'ai failli abandonner ma mission
Quand la coach accompagnante frôle le burn-out
Je suis coach. Formée pour accompagner les autres, pour repérer les signaux d'alerte, pour aider mes clients à prendre du recul. Je connaissais la théorie sur le bout des doigts. Les drivers, les mécanismes de défense, les injonctions internes. Je savais tout cela.
Et pourtant, je suis passée à deux doigts du burn-out.
Les signaux que je ne voulais pas voir
Les signes étaient là, pourtant. Cette fatigue qui ne partait plus, même après un week-end. Ces nuits où je me réveillais en pensant à mes candidats. Cette boule au ventre le dimanche soir. Ces pauses déjeuner avalées en quinze minutes entre deux rendez-vous.
J'accompagnais des personnes en reconversion professionnelle, d'autres prises dans des plans sociaux, d'autres encore envoyées par Pôle Emploi. Des humains fragilisés, en quête de sens, parfois en détresse. Et moi, salariée dans un cabinet, je courais d'un accompagnement à l'autre.
Mais je me disais que ça allait. Que c'était normal d'être fatiguée. Que c'était le métier qui voulait ça. Que j'allais tenir.
Quand les vieux démons reprennent le dessus
Ce qui est fascinant avec les mécanismes de fonctionnement, c'est qu'ils reviennent au galop quand on est sous pression. Même quand on les connaît. Surtout quand on les connaît.
👉 Sois parfaite : chaque accompagnement devait être irréprochable. Pas question de ne pas être à la hauteur, de décevoir, de laisser entrevoir la moindre faille. Je préparais mes séances avec un soin maniaque, je relisais mes notes t**d le soir, je cherchais toujours le bon mot, le bon outil, la bonne approche.
👉 Fais plaisir : dire non ? Impensable. Prendre un candidat supplémentaire ? Bien sûr. Décaler mes horaires pour m'adapter ? Pas de problème. Répondre aux sollicitations même en dehors de mes heures de travail ? C'était évident. Je ne voulais décevoir personne. Ni mes candidats, ni mon employeur, ni mes collègues.
👉 Dépêche-toi : près de 100 personnes à accompagner, ça fait beaucoup de rendez-vous, de comptes-rendus, de bilans intermédiaires, de recherches d'entreprises, de mises en relation. Alors je courais. Toujours plus vite. Toujours plus efficace. Pas le temps de souffler. Pas le temps de digérer un RDV difficile. Le suivant était déjà là.
L'injonction silencieuse qui me tuait à petit feu
Et puis il y avait cette injonction, celle que je m'étais imposée sans même m'en rendre compte : je devais les sortir de là.
J'avais travaillé dans le social auparavant. Je savais où pouvait mener cette descente aux enfers qu'est la perte d'emploi. L'isolement. La précarité. La perte de confiance qui s'installe. Le regard des autres qui change. Les fins de mois impossibles. Les rêves qui s'éteignent.
Alors chacun de mes candidats portait ce poids-là dans mon esprit. Une reconversion qui faisait peur ? Je voyais déjà toutes les conséquences d'un échec. Un licenciement économique qui avait détruit l'estime de soi ? Je connaissais trop bien les ravages que cela pouvait faire. Une obligation administrative qui ressemblait à un parcours du combattant ? Je savais combien on pouvait se perdre dans ce labyrinthe.
Et moi, forte de cette expérience du terrain social, je m'étais mise en tête que c'était mon rôle de les sauver. De reconstruire leur projet. De leur trouver un poste. De réparer ce qui était cassé. De les empêcher de tomber dans ce gouffre que je connaissais trop bien.
Comme si leur réussite était ma responsabilité. Comme si leur échec serait mon échec. Comme si j'avais le pouvoir de les protéger de tous les dangers que j'avais vus ailleurs.
Je portais leurs angoisses, leurs doutes, leurs espoirs. Mais j'y ajoutais aussi tous mes fantômes du social. Je prenais sur moi leur détresse, amplifiée par mes propres peurs de ce qui pourrait leur arriver. Et je m'oubliais complètement.
Le signal d'alarme que je ne pouvais plus ignorer
Et puis il y a eu ces rendez-vous. Ces personnes qui arrivaient avec quelques minutes de ret**d. Quelques minutes, rien de grave, surtout quand on jongle avec les transports, la recherche d'emploi, les démarches administratives.
Mais moi, je devenais irritable. Dure. Je les jugeais. "Encore en ret**d", "S'ils n'arrivent même pas à être à l'heure à un rendez-vous, comment vont-ils tenir en entreprise ?" Ces pensées me traversaient l'esprit. Mon regard changeait. Mon ton se durcissait.
Ce n'était pas moi. Ce n'était pas celle que je voulais être. Ce n'était surtout pas la professionnelle que mes candidats méritaient. Eux qui étaient déjà fragilisés, qui se battaient contre leurs propres jugements, qui avaient besoin de bienveillance.
J'ai compris à cet instant précis : je ne pouvais plus accompagner de cette manière.
La fuite (ou ce que je croyais être une solution)
Le timing était presque ironique. Un plan social arrivait dans mon cabinet à ce moment-là. J'ai vu là une porte de sortie. Une échappatoire. J'ai demandé à en faire partie.
Je ne voulais plus accompagner.
J'ai monté mon propre dossier de demande de départ volontaire. Avec application, avec soin. Comme si ma survie en dépendait. Mon projet était clair : une reconversion dans les métiers des RH. Loin de l'accompagnement. Loin de cette charge émotionnelle qui m'avait presque brisée.
J'étais convaincue que c'était la bonne décision.
La phrase qui a tout changé
Et puis j'ai croisé une ancienne responsable de projet avec qui j'avais travaillé auparavant. Une conversation anodine, un café en passant. Je lui ai expliqué ma démarche, mon projet de reconversion.
Elle m'a regardée avec un mélange de surprise et de douceur, et elle m'a simplement dit :
"Toi ne plus accompagner ? Mais si tu n'accompagnes pas les autres, tu vas faire quoi ?"
Cette phrase. Cette simple phrase.
Elle a résonné en moi comme un gong. Elle a fait vibrer quelque chose que j'avais enfoui sous la fatigue et le désespoir. Une vérité que j'avais essayé de fuir.
Oui. Accompagner les autres, les aider à grandir, à trouver leur voie, à se révéler, c'était ma mission. Ce n'était pas qu'un métier. C'était une partie de qui je suis.
Mais plus comme ça. Pas dans ces conditions. Pas au prix de ma santé, de mon équilibre, de mon humanité.
Le retour aux sources (autrement)
J'ai compris que le problème n'était pas l'accompagnement en lui-même. C'était la manière dont je l'exerçais. Les conditions dans lesquelles je le pratiquais. Le cadre qui m'était imposé et que j'avais accepté sans réfléchir.
Alors je suis retournée me former au coaching. Pour la deuxième fois de ma vie. Mais cette fois, ce n'était pas pour acquérir des techniques. C'était pour me réapproprier mon métier. Pour le réinventer à ma façon.
J'ai continué à grandir. La PNL, pour comprendre les mécanismes de changement. L'hypnose, pour toucher ce qui se cache sous les mots. La relation d'aide, pour créer ce lien si précieux. La thérapie brève, pour aller à l'essentiel.
Chaque formation était une pierre de plus dans la construction de la professionnelle que je voulais devenir. Celle qui accompagne sans se perdre. Celle qui aide sans se sacrifier.
Le grand saut
Et puis j'ai pris la décision qui change tout : me mettre à mon compte.
Non pas pour fuir une structure. Mais pour créer mon propre cadre. Un cadre aligné avec mes valeurs. Un cadre qui me respecte autant qu'il respecte les personnes que j'accompagne.
J'ai défini mes propres règles :
Un nombre limité d'accompagnements simultanés. Parce qu'on ne peut pas être pleinement présent avec près de 100 personnes.
Le droit de dire non. Parce que chaque oui qui trahit mon équilibre est un non à moi-même.
Le temps nécessaire entre chaque rendez-vous. Pour respirer, pour digérer, pour rester humaine.
Des modalités variées d'accompagnement. Le coaching classique, mais aussi l'équicoaching, pour ces moments où les mots ne suffisent plus. La formation, pour “transe-former”…
Ce que j'ai appris (dans ma chair)
On peut tout connaître du burn-out et y tomber quand même. La connaissance ne protège pas de l'épuisement. Surtout quand nos mécanismes inconscients sont aux commandes.
Accompagner ne signifie pas sauver. Mon rôle n'est pas de sortir les gens de leur situation. C'est de les accompagner pendant qu'ils trouvent leur propre chemin. Nuance subtile, différence monumentale.
Nos drivers ne disparaissent jamais. Ils font partie de moi. Mais je peux choisir de ne plus les laisser diriger ma vie. Je peux reconnaître leur voix et décider de ne pas obéir.
Fuir n'est jamais la solution. Quand on abandonne sa mission, on s'abandonne soi-même. Il ne s'agissait pas d'arrêter d'accompagner, mais d'apprendre à le faire autrement.
Le chemin que j'ai trouvé
Aujourd'hui, je sais qu'il existe un autre chemin. Un chemin où l'on peut être professionnel sans se sacrifier. Où l'on peut accompagner les autres sans s'oublier. Où l'on peut réussir sans s'épuiser.
Ce chemin, je l'ai trouvé. Pas toute seule. J'ai eu besoin d'aide, moi aussi. De supervision, de thérapie, de temps. De me laisser accompagner à mon tour. D'accepter ma propre vulnérabilité.
J'ai compris que pour accompagner véritablement, il faut d'abord s'accompagner soi-même. Être attentif à ses propres signaux. Respecter ses propres limites. S'autoriser à ne pas être parfait.
Pourquoi je vous raconte ça
Parce que si vous me lisez aujourd'hui, c'est peut-être que vous aussi, vous êtes au bord du gouffre. Peut-être que vous aussi, vous envisagez de tout abandonner. De fuir ce qui vous fait vibrer parce que c'est devenu insupportable.
Je veux que vous sachiez ceci : le problème n'est peut-être pas votre mission, mais la manière dont vous l'accomplissez.
Quand j'accompagne quelqu'un en épuisement professionnel, en questionnement sur sa reconversion, je sais de quoi je parle. Pas théoriquement. Viscéralement. Je connais cette fatigue qui imprègne jusqu'aux os. Cette culpabilité d'envisager de lâcher prise. Cette peur de décevoir. Ces drivers qui nous poussent toujours plus loin, toujours plus fort.
Et je connais aussi cette peur d'abandonner ce qui nous anime vraiment. Cette confusion entre "fuir une situation toxique" et "renoncer à sa mission". Cette croyance qu'il faut tout quitter alors qu'il suffit parfois de tout réinventer.
L'accompagnante qui est passée par là
Aujourd'hui, mon parcours est ma plus grande force. Pas ma formation. Pas mes certifications. Mon parcours. Cette traversée de la nuit qui m'a amenée à la lumière.
Je propose aux personnes en burn-out, en questionnement, en reconversion, ce chemin que j'ai moi-même emprunté. Un chemin où l'on se reconnecter à soi, où l'on identifie ses vraies valeurs, où l'on ose se réinventer sans tout abandonner.
Que ce soit par le bilan de compétences pour y voir clair, par le coaching pour passer à l'action, par l'accompagnement spécifique du burn-out pour panser les blessures, ou par l'équicoaching pour retrouver son authenticité, chaque personne trouve son propre chemin.
Parce que la solution n'est jamais de fuir qui l'on est. C'est de trouver comment l'être pleinement, sans s'y perdre.
Si vous vous reconnaissez dans mon histoire, si vous hésitez entre tout abandonner et tout transformer, parlons-en. Parce que parfois, une seule phrase peut tout changer. Comme celle que j'ai entendu un jour : "Si tu n'accompagnes pas les autres, tu vas faire quoi ?"
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Sézâme Coaching, crée par Cécile Fleury, Coach Professionnel, coach de vie, praticien en hypnose et Maître-Praticien PNL certifiée