Associant ma vigueur spontanée et une douceur naturelle, caressant le papier et traversant la toile, je m'attache à explorer deux thèmes principaux. Le premier, issu de ma culture familiale et donc transmis comme un témoin, le témoignage des miens, est celui de la voile. Il dessinait et fabriquait des voiliers de compétition et de luxe. Esthète, il m'a légué cet amour des belles choses, du travail
bien fait. Il m'a fait découvrir la voile du début du siècle dernier, celle des monstres de près de 40 m. Ces voiliers de luxe et de compétition associant des aménagements intérieurs au plus grand raffinement et des exigences de performance de haut niveau. Ces superbes bateaux en bois, les Class J sont à mes yeux, les dernières légendes flottantes. Ils ont largement contribué à établir la renommée de la Coupe America. Je m'attache à retranscrire l'émotion que je perçois dans la tension de leurs courbes, dans l'élégance de leurs lignes, dans la majesté de leurs imposantes dimensions. L’association de fines nuances et de noirs tracés à l’encre de chine me permet d'accéder à la légèreté et aux tensions recherchées. Mon autre thème de prédilection est le rugby. Il est le prolongement de mon engagement de plus de quinze années dans ce sport qui ne conçoit les valeurs individuelles que si elles sont au service d'un collectif, d'une l'équipe. Ce sport qui exige courage et humilité, je tente par mon travail à l'encre ou à l'acrylique de retranscrire ses valeurs. Celles véhiculées par les hommes, de transmettre l'élégance des attitudes, des mouvements, comme l'apprêté des combats, la douleur de l'exigence. Ma réflexion est articulée autour de deux directions qui peuvent sembler contradictoires. La recherche d’une réalité figurative et son affranchissement. Deux voies où ma recherche tend vers un travail minimaliste, où chaque trait a un coût, où il peut devenir à chaque instant celui de trop, celui qui n’est pas signifiant, celui qui fait basculer. L’encre de chine ne permettant pas de couvrir le geste de trop, de le reprendre comme on peut le faire à l’huile ou à l’acrylique, je l’emploie pour renforcer cette démarche et la contraindre, ainsi que pour repousser mes limites. Cela devient un équilibre délicat entre spontanéité et retenue. J’aime ce risque. J’aime ce jeu exigeant une grande discipline pour effleurer la liberté et l’audace, pour parvenir à caresser la trame du papier mais aussi la soumettre.