Lisa Kupet - Ethologie Equine

Itinéraire Site Web

Lisa Kupet - Ethologie Equine Consultation en éthologie équine, bilans comportementaux et rééducation

09/10/2026

Jusqu’où es-tu prêt à aller pour obtenir quelque chose que tu veux ?
Puisqu’on ne peut pas observer directement la motivation, les chercheurs doivent trouver des moyens de l’opérationnaliser. Et l’un des indicateurs utilisés est l’effort qu’un individu est prêt à fournir pour obtenir une ressource.
Dans certains protocoles, l’animal doit réaliser une action pour accéder à ce qu’il recherche : appuyer sur un dispositif, franchir un obstacle, parcourir une distance… Puis on augmente progressivement le « coût » demandé.
Tant que la ressource conserve suffisamment de valeur par rapport à ce coût, l’animal peut continuer à agir pour l’obtenir. Dans certains paradigmes, on peut ainsi rechercher un point de rupture (breakpoint) : le niveau auquel l’individu cesse de fournir l’effort demandé.
Mais attention : ce qu’un animal est prêt à faire n’est pas une mesure directe et pure de sa “quantité de motivation”.
Ses capacités physiques, la difficulté de la tâche, ses apprentissages, son état physiologique, les alternatives disponibles ou encore le contexte peuvent modifier sa réponse.
L’effort est donc un indicateur comportemental permettant d’étudier certains processus motivationnels, pas un « motivomètre ».
Et chez le cheval, cette distinction est essentielle : refuser de fournir un effort ne signifie pas automatiquement ne pas vouloir la ressource.
Il faut aussi se demander combien coûte l’action permettant de l’obtenir.

Sources :
• Hodos W. Science. 1961;134:943–944.
• Salamone JD, Correa M. Neuron. 2012;76:470–485.
• Berridge KC. Physiol Behav. 2004;81:179–209.
• Kirkden RD, Pajor EA. Appl Anim Behav Sci. 2006;100:29–46.

07/10/2026

« Il faut lui redonner de la motivation. » Mais est-ce vraiment quelque chose qui se recharge ?

On parle souvent de la motivation comme d’une batterie : le cheval en aurait beaucoup, puis moins… jusqu’à être « démotivé ». Il faudrait alors trouver quelque chose pour la recharger.
Mais ce modèle est trompeur.
La motivation n’est pas une réserve générale d’énergie présente en quantité limitée dans l’organisme. C’est un processus dynamique, qui dépend de l’interaction entre de nombreux facteurs.
La valeur de ce qui peut être obtenu, l’effort nécessaire, l’état physiologique et émotionnel, les expériences précédentes, les alternatives disponibles, le contexte ou encore les conséquences attendues peuvent modifier la probabilité qu’un individu s’engage dans une action.
Un cheval peut donc être très motivé pour obtenir quelque chose à un instant donné… puis beaucoup moins quelques minutes plus t**d, sans avoir “épuisé sa motivation”.
La satiété en est un bon exemple : après avoir consommé une ressource, sa valeur peut diminuer et le comportement permettant de l’obtenir devenir moins probable. Ce n’est pas nécessairement la motivation en général qui a diminué.
Alors plutôt que de chercher à « remotiver » un cheval, une question devient beaucoup plus intéressante :
qu’est-ce qui a changé dans la situation pour que ce comportement ne vaille plus autant la peine d’être produit ?

Sources :
• Toates F. Motivational Systems. 1986.
• Berridge KC. Physiol Behav. 2004;81:179–209.
• Salamone JD, Correa M. Neuron. 2012;76:470–485.
• Dickinson A, Balleine B. Anim Learn Behav. 1994;22:1–18.

05/10/2026

Où se trouve la motivation dans le cerveau ?
Nulle part… du moins, pas dans une structure unique qu’il suffirait d’activer.
Il n’existe pas de « bouton ON » de la motivation. Ce que nous appelons motivation émerge de l’activité coordonnée de plusieurs systèmes cérébraux.
Le cerveau doit notamment intégrer l’état interne de l’organisme, les informations provenant de l’environnement, les expériences passées, la valeur attendue d’un résultat ou encore le coût nécessaire pour l’obtenir.
Des structures et réseaux impliquant notamment l’hypothalamus, le striatum, les circuits dopaminergiques mésolimbiques ou différentes régions corticales participent à ces processus. Mais aucune ne peut être désignée comme « le centre de la motivation ».
Même la dopamine n’est donc pas « la molécule de la motivation » : elle participe à plusieurs mécanismes essentiels à certains comportements motivés, notamment l’apprentissage, l’attribution de valeur incitative et la mobilisation de l’effort.
La question n’est donc pas seulement : « mon cheval est-il motivé ? »
Mais plutôt : quels processus rendent cette action intéressante, possible et suffisamment importante pour qu’il l’effectue maintenant ?
Et c’est ce qu’on va progressivement décortiquer dans cette série.
Sources :
• Salamone JD, Correa M. Neuron. 2012;76:470–485.
• Berridge KC, Robinson TE. Brain Res Rev. 1998;28:309–369.
• Berridge KC. Psychopharmacology. 2007;191:391–431.
• Haber SN, Knutson B. Neuropsychopharmacology. 2010;35:4–26.

04/10/2026

« Mon cheval manque de motivation. » Mais qu’est-ce que ça veut réellement dire ?

On parle constamment de motivation : un cheval serait motivé pour travailler, pas motivé pour avancer, très motivé par la nourriture…
Pourtant, en sciences du comportement, la motivation n’est pas simplement « avoir envie ».
Elle désigne des processus qui participent à l’orientation, au déclenchement, à l’intensité et à la persistance d’un comportement vers un objectif.

Et surtout : on ne peut pas observer directement la motivation. On observe des comportements à partir desquels on tente d’en inférer certains processus : approcher une ressource, fournir un effort pour l’obtenir, persister malgré une difficulté, choisir une option plutôt qu’une autre…
Deux chevaux qui réalisent exactement le même comportement ne le font donc pas nécessairement dans le même état motivationnel. Et inversement, l’absence d’un comportement attendu ne suffit pas à conclure à un « manque de motivation ».
Besoins physiologiques, état émotionnel, valeur de la ressource, apprentissages, expériences passées, coût de l’action, contexte… la motivation émerge de l’interaction de nombreux facteurs.

Dans cette nouvelle série, on va donc essayer de comprendre ce qui fait qu’un animal agit, choisit, persiste… ou renonce.

Sources :
• Berridge KC. Physiol Behav. 2004;81:179–209.
• Berridge KC, Robinson TE. Brain Res Rev. 1998;28:309–369.
• Toates F. Motivational Systems. Cambridge University Press; 1986.
• Panksepp J. Affective Neuroscience. 1998.

16/09/2026

Pas de testo… pas de libido ? Et si c’était moins radical que ça ?

La testostérone joue un rôle majeur dans la régulation des comportements se***ls chez de nombreux mammifères mâles. La castration entraîne généralement une diminution de l’activité se****le, et l’administration de testostérone peut en restaurer certaines composantes.

Mais cela ne signifie pas qu’il existe une relation simple du type :
testostérone présente = libido / testostérone absente = aucune libido.

D’abord, les effets de la castration ne sont pas nécessairement immédiats ni identiques entre individus. Certaines composantes du comportement se**el peuvent persister.

Ensuite, la testostérone agit sur des circuits neuronaux déjà organisés et interagit avec de nombreux autres mécanismes : autres hormones et neuromodulateurs, traitement des stimuli se***ls, expérience antérieure, apprentissages, contexte…

Et une partie de ses effets cérébraux passe même par sa transformation locale en œstradiol via l’aromatase.

La testostérone est donc un élément important de l’équation. Elle n’est pas, à elle seule, la “libido”.

C’est aussi pour cela qu’observer un comportement se**el ne permet pas de déduire directement le statut hormonal d’un individu.

Sources :
• Hull EM, Dominguez JM. Horm Behav. 2007;52:45–55.
• Balthazart J, Ball GF. Front Neuroendocrinol. 1998;19:187–214.
• Panksepp J. Affective Neuroscience. 1998.

14/09/2026

Comment mesurer quelque chose d’aussi abstrait que la motivation se****le chez un rat ?

On ne peut pas observer directement une « quantité de motivation ». Il faut donc construire des situations expérimentales permettant d’en mesurer certains indicateurs comportementaux.

C’est notamment l’objectif du Sexual Incentive Motivation test (SIM) utilisé et validé dans les travaux d’Anders Ågmo et de ses collaborateurs.

Le principe : le rat peut explorer une arène dans laquelle deux congénères sont placés derrière des grilles. Pour un mâle, par exemple, on peut présenter une femelle se****lement réceptive comme stimulus se**el et un autre mâle comme stimulus social.

Il peut les voir, les sentir et les entendre… mais pas copuler avec eux.

Les chercheurs mesurent alors notamment le temps passé à proximité de chaque stimulus et calculent un score de préférence.

Si le rat passe davantage de temps près du stimulus se**el, ce comportement d’approche peut être utilisé comme indicateur opérationnel de motivation se****le incitative.

Et c’est là toute la subtilité : on ne mesure pas directement « la motivation ». On mesure un comportement dont la validité comme indicateur de cette motivation doit elle-même être démontrée expérimentalement.

Sources :
• Ågmo A. Behav Brain Res. 1999;105:129–150.
• Ågmo A. Pharmacol Biochem Behav. 2003;75:149–155.
• Ågmo A et al. Horm Behav. 2004;45:55–62.
• Le Moëne O, Ågmo A. Front Behav Neurosci. 2019;13:187.

13/09/2026

Un comportement se**el peut-il vraiment être expliqué par un seul « système » cérébral ?

Pas vraiment.

Les systèmes décrits par Panksepp sont des modèles permettant d’étudier certains grands processus affectifs, mais le cerveau ne fonctionne pas comme une série de boutons indépendants : « LUST activé = comportement se**el ».

D’autres systèmes peuvent participer à ce que nous observons.

C’est particulièrement intéressant avec SEEKING, système fortement associé à l’exploration, l’anticipation et à la recherche de ressources ou de récompenses. Panksepp considère notamment qu’il participe à la recherche d’opportunités se****les.

On passe alors progressivement d’une question sur l’émotion à une autre question immense en neurosciences :

qu’est-ce qui motive un individu à agir ?

Comment passe-t-on d’un état interne, d’une information environnementale ou d’une expérience passée… à la recherche active d’un objectif ?

C’est exactement là que cette série sur les émotions rejoint la prochaine : la motivation.

Sources :
• Panksepp J. Affective Neuroscience. 1998.
• Panksepp J. Neurosci Biobehav Rev. 2011;35:1791–1804.
• Panksepp J, Biven L. The Archaeology of Mind. 2012.

11/09/2026

Quand Panksepp parle de LUST, de quoi parle-t-il réellement ?

LUST est l’un des sept systèmes émotionnels primaires proposés par Jaak Panksepp dans son modèle des neurosciences affectives.

Mais LUST ne désigne ni « l’amour », ni simplement le comportement se**el observable.

Il désigne un ensemble de mécanismes cérébraux impliqués dans la motivation et l’excitation se****les, reposant notamment sur des structures sous-corticales comme l’hypothalamus préoptique et ventromédian, l’amygdale cortico-médiale, le BNST ou encore la substance grise périaqueducale.

Son activité est fortement modulée par les hormones gonadiques et différents neuromodulateurs. Mais cela ne signifie pas qu’une hormone « produit » à elle seule un comportement se**el : ce que nous observons résulte de l’interaction entre plusieurs systèmes, l’histoire de l’individu et son environnement.

Et c’est précisément là que ça devient intéressant.

Parce que parler de LUST nous oblige finalement à nous demander ce qui **met un organisme en mouvement vers quelque chose**.

La suite dans la partie 2.

Sources :
• Panksepp J. *Affective Neuroscience*. 1998.
• Panksepp J. *Neurosci Biobehav Rev*. 2011;35:1791–1804.
• Panksepp J, Biven L. *The Archaeology of Mind*. 2012.

09/09/2026

Pourquoi Malone continue-t-il à présenter des comportements se***ls alors qu’il est hongre ?

Première hypothèse intuitive : il resterait du tissu testiculaire produisant des hormones. C’est effectivement quelque chose à exclure lorsqu’un hongre présente des comportements de type étalon… mais ça n’explique pas tous les cas.

En 2024, Omyla et al. ont étudié des prélèvements provenant de 1 202 chevaux présumés hongres. Parmi ceux signalés pour des comportements de type étalon, la majorité présentaient des concentrations de testostérone et d’AMH inférieures aux seuils utilisés pour suspecter une cryptorchidie.

Autrement dit : **présenter des comportements se***ls ne signifie pas nécessairement qu’un hongre produit encore des concentrations anormales d’hormones testiculaires.**

Et ce résultat rejoint une observation beaucoup plus ancienne. Line, Hart & Sanders montraient déjà en 1985 que 20 à 30 % des hongres castrés avant 2 ans présentaient encore certains comportements se***ls ou agressifs de type étalon, sans différence significative avec les chevaux castrés après 3 ans.

Alors pour expliquer le comportement de Malone, il faut envisager plusieurs hypothèses : histoire développementale, organisation des circuits cérébraux, apprentissages, expériences antérieures, contexte social…

Un comportement n’est presque jamais le simple reflet d’une hormone.

Sources :
Omyla K, Conley A, Varner D, Dini P. Limited association between stallion-like behavior and hormonal indicators of testicular remnants in geldings. J Equine Vet Sci. 2024;139:105104.
Line SW, Hart BL, Sanders L. Effect of prepubertal versus postpubertal castration on sexual and aggressive behavior in male horses. JAVMA. 1985;186(3):249–251.

07/09/2026

Il a perdu les boules… mais pas la boule.

La castration supprime les testicules et entraîne une forte diminution de la production de testostérone. Pourtant, cela ne signifie pas que tous les comportements se***ls disparaissent automatiquement.

Certains hongres continuent à présenter des comportements habituellement associés aux étalons : intérêt pour les juments, flehmen, investigation ano-génitale, vocalisations, érection ou encore tentatives de monte.

Et contrairement à une idée assez intuitive, la persistance de ces comportements ne semble pas pouvoir être expliquée simplement par l’âge auquel le cheval a été castré.

Dans une étude portant sur 739 hongres, Line, Hart & Sanders (1985) n’ont pas mis en évidence d’association significative entre l’âge à la castration et la fréquence rapportée de plusieurs comportements de type étalon après castration.

Autrement dit : retirer la principale source de testostérone ne revient pas à effacer instantanément les circuits cérébraux, les apprentissages et tous les déterminants d’un comportement se**el.

Et c’est justement ce qu’on va essayer de comprendre dans la prochaine vidéo.

Source :
Line SW, Hart BL, Sanders L. Effect of prepubertal versus postpubertal castration on sexual and aggressive behavior in male horses. J Am Vet Med Assoc. 1985;186(3):249–251.

Ton hongre présente encore des comportements se***ls ?

Adresse

Centre
Hochfelden
67270

Notifications

Soyez le premier à savoir et laissez-nous vous envoyer un courriel lorsque Lisa Kupet - Ethologie Equine publie des nouvelles et des promotions. Votre adresse e-mail ne sera pas utilisée à d'autres fins, et vous pouvez vous désabonner à tout moment.

Raccourcis

Partager