06/08/2026
𝗟’𝗮𝘂𝘁𝗼𝗺𝗻𝗲 𝗰𝗵𝗶𝗻𝗼𝗶𝘀 : 𝗮𝗽𝗽𝗿𝗲𝗻𝗱𝗿𝗲 𝗮̀ 𝗹𝗮𝗶𝘀𝘀𝗲𝗿 𝗽𝗮𝗿𝘁𝗶𝗿
𝗗𝘂 𝗠𝗲́𝘁𝗮𝗹 𝗮𝘂 𝗣𝗼𝘂𝗺𝗼𝗻, 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗿𝗲𝘀𝗽𝗶𝗿𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗮𝘂 𝗱𝗲́𝘁𝗮𝗰𝗵𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 : 𝗰𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝗹𝗮 𝘀𝗮𝗶𝘀𝗼𝗻 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗲𝗻𝘀𝗲𝗶𝗴𝗻𝗲 𝘀𝘂𝗿 𝗻𝗼𝘁𝗿𝗲 𝗽𝗿𝗮𝘁𝗶𝗾𝘂𝗲 𝗱𝘂 𝗦𝗵𝗶𝗮𝘁𝘀𝘂, 𝗱𝘂 𝗤𝗶 𝗚𝗼𝗻𝗴 𝗲𝘁 𝗱𝘂 𝗧𝗮𝗼
𝗗𝗲𝗺𝗮𝗶𝗻, 𝗹’𝗮𝘂𝘁𝗼𝗺𝗻𝗲 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲𝗻𝗰𝗲.
Et pourtant, dehors, l’été est encore bien présent.
Le soleil chauffe encore la terre, les journées restent longues et la nature semble continuer son mouvement d’expansion.
Alors pourquoi, dans la tradition chinoise, l’automne commence-t-il déjà ?
Parce que l’automne chinois n’est pas simplement une affaire de température ou de météo.
Il correspond à un changement de mouvement du Qi.
Quelque chose commence à se modifier.
La nature ne s'arrête pas brutalement. Elle commence progressivement à se contracter, à descendre, à se recentrer et à conserver ses ressources.
L'été était le temps de l'expansion.
L'automne devient celui du retour.
Et peut-être est-ce justement ce que cette saison peut nous enseigner : nous ne sommes pas obligés de continuer à nous étendre lorsque le moment est venu de revenir vers nous-mêmes.
𝗟’𝗮𝘂𝘁𝗼𝗺𝗻𝗲 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗮𝘃𝗮𝗻𝘁 𝗾𝘂𝗲 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗹𝗲 𝘃𝗼𝘆𝗶𝗼𝗻𝘀
Dans la tradition chinoise, l'année est organisée autour de vingt-quatre termes solaires.
Le premier terme de l'automne est appelé Li Qiu (立秋), littéralement « établissement de l'automne ».
Il ne signifie pas que l'été disparaît soudainement.
Il indique plutôt que le cycle commence à changer de direction.
C'est une nuance essentielle.
Dans la nature, les grandes transformations commencent souvent alors qu'elles sont encore invisibles.
La feuille ne tombe pas le jour où l'arbre décide de commencer l'automne.
Le mouvement a commencé bien avant.
De la même manière, nous pouvons parfois sentir intérieurement qu'une période de notre vie arrive à son terme alors que, extérieurement, rien n'a encore changé.
Un projet est encore là.
Une relation existe encore.
Une habitude continue.
Mais quelque chose, à l'intérieur, commence déjà à se retirer.
L'automne est peut-être précisément ce moment :
celui où le changement commence avant de devenir visible.
𝗗𝗲 𝗹’𝗲𝘅𝗽𝗮𝗻𝘀𝗶𝗼𝗻 𝗮𝘂 𝗿𝗲𝘁𝗼𝘂𝗿
L'été est associé au maximum de l'énergie Yang.
C'est la saison de l'ouverture, de la croissance, de la lumière, de l'activité et de l'expression.
Nous sortons davantage.
Nous rencontrons.
Nous voyageons.
Nous bougeons.
Nous sommes naturellement attirés vers l'extérieur.
Puis vient l'automne.
Le mouvement commence progressivement à s'inverser.
L'énergie qui montait et se dispersait commence à revenir vers l'intérieur.
On passe symboliquement :
de l'extérieur vers l'intérieur,
de l'expansion vers la contraction,
de l'accumulation vers le tri,
du mouvement vers la conservation.
Ce mouvement est profondément naturel.
Pourtant, notre société nous pousse souvent à faire exactement l'inverse.
Continuer.
Produire.
Accumuler.
Ajouter.
Commencer un nouveau projet avant même d'avoir terminé le précédent.
L'automne nous propose une autre question :
Et si nous avions parfois davantage besoin de retirer que d'ajouter ?
𝗟𝗲 𝗠𝗲́𝘁𝗮𝗹 : 𝗹𝗮 𝗰𝗮𝗽𝗮𝗰𝗶𝘁𝗲́ 𝗮̀ 𝗱𝗶𝘀𝗰𝗲𝗿𝗻𝗲𝗿
Dans la théorie traditionnelle des cinq mouvements, l'automne correspond au Métal.
Le Métal est souvent associé à quelque chose de dur, froid ou tranchant.
Mais sa symbolique est beaucoup plus subtile.
Le Métal possède notamment une fonction de discernement.
Une lame sépare.
Elle distingue.
Elle tranche.
Elle permet de déterminer ce qui doit rester et ce qui doit être retiré.
C'est une magnifique image pour l'automne.
Car l'automne est une saison du tri.
Dans la nature, l'arbre ne conserve pas toutes ses feuilles.
Il ne cherche pas à maintenir indéfiniment ce qui a été utile pendant l'été.
Il laisse tomber ce qui n'est plus nécessaire.
Et si nous faisions la même chose dans notre vie ?
Qu'est-ce qui mérite encore notre énergie ?
Qu'est-ce qui nous nourrit réellement ?
Qu'est-ce qui est devenu inutile ?
Qu'est-ce que nous conservons simplement parce que nous avons peur de nous en séparer ?
L'automne nous invite à exercer notre propre fonction de discernement.
𝗟𝗲 𝗣𝗼𝘂𝗺𝗼𝗻 : 𝗿𝗲𝗰𝗲𝘃𝗼𝗶𝗿 𝗲𝘁 𝗹𝗮𝗶𝘀𝘀𝗲𝗿 𝗿𝗲𝗽𝗮𝗿𝘁𝗶𝗿
Le Métal est associé au Poumon et au Gros Intestin.
Le Poumon entretient une relation évidente avec l'automne :
la respiration.
Respirer est un mouvement extraordinaire.
Nous recevons.
Puis nous laissons repartir.
Nous inspirons.
Puis nous expirons.
À chaque instant, notre existence repose sur cette alternance.
Et pourtant, symboliquement, nous sommes souvent beaucoup plus doués pour inspirer que pour expirer.
Nous voulons prendre.
Accumuler.
Comprendre.
Posséder.
Conserver.
Mais savons-nous encore laisser partir ?
La respiration nous rappelle une chose essentielle :
Ce qui entre doit pouvoir ressortir.
Une inspiration permanente serait impossible.
La vie elle-même est un échange.
Recevoir et restituer.
Prendre et laisser partir.
S'ouvrir et revenir.
𝗟’𝗲𝘅𝗽𝗶𝗿𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲 𝗲𝗻𝘀𝗲𝗶𝗴𝗻𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁
Prenons quelques instants pour observer notre respiration.
Sans chercher à la modifier.
Simplement observer.
L'air entre.
Puis il ressort.
L'inspiration ouvre.
L'expiration relâche.
Et dans l'expiration, quelque chose descend.
Les épaules peuvent se détendre.
Le diaphragme se libère.
Le corps revient progressivement vers son centre.
C'est pourquoi la respiration peut devenir une véritable pratique d'automne.
À chaque expiration, nous pouvons imaginer que nous déposons quelque chose.
Une tension.
Une fatigue.
Une préoccupation.
Une attente.
Une vieille habitude.
Une histoire que nous continuons à raconter.
Non pas parce que nous voulons nous débarrasser de nous-mêmes.
Mais parce que nous acceptons de ne plus porter ce qui n'a plus besoin de l'être.
𝗟𝗲 𝗚𝗿𝗼𝘀 𝗜𝗻𝘁𝗲𝘀𝘁𝗶𝗻 : 𝗰𝗲 𝗾𝘂𝗶 𝗱𝗼𝗶𝘁 𝗲̂𝘁𝗿𝗲 𝗲́𝗹𝗶𝗺𝗶𝗻𝗲́
La tradition chinoise associe également l'automne au Gros Intestin.
Cette association prend alors tout son sens.
Le Gros Intestin participe symboliquement à une fonction fondamentale :
faire le tri entre ce qui doit être conservé et ce qui doit être éliminé.
Cette fonction physiologique devient également une belle métaphore de notre vie.
Nous avons besoin de faire circuler.
Nous avons besoin de transformer.
Nous avons besoin de laisser partir.
Ce que nous retenons inutilement finit par nous encombrer.
Et cette idée dépasse largement la seule dimension physique.
Nous pouvons retenir :
• des objets ;
• des souvenirs ;
• des habitudes ;
• des rancœurs ;
• des obligations ;
• des croyances ;
• des projets ;
• des émotions ;
• des attentes.
L'automne pose alors une question simple :
Qu'est-ce que je continue à retenir alors que je pourrais le laisser partir ?
𝗟𝗮 𝘁𝗿𝗶𝘀𝘁𝗲𝘀𝘀𝗲 𝗱𝗲 𝗹’𝗮𝘂𝘁𝗼𝗺𝗻𝗲
L'émotion traditionnellement associée au Poumon est la tristesse.
Cette association mérite d'être abordée avec beaucoup de nuance.
La tristesse n'est pas nécessairement une pathologie.
Elle peut être une réponse parfaitement humaine à la perte, au changement ou au passage du temps.
L'automne est la saison où la nature commence à perdre quelque chose.
Les feuilles tombent.
La lumière diminue progressivement.
Les jours raccourcissent.
La chaleur commence à se retirer.
Quelque chose s'achève.
Et nous pouvons ressentir cette mélancolie.
Mais peut-être que cette émotion n'a pas besoin d'être combattue.
Elle peut simplement être écoutée.
La tristesse nous rappelle parfois que quelque chose avait de la valeur.
Elle nous permet de reconnaître ce qui a été.
Puis, progressivement, de le laisser prendre sa place dans notre histoire.
L'automne ne nous demande donc pas d'être tristes.
Il nous apprend plutôt que le détachement fait partie de la vie.
𝗟𝗮 𝗳𝗲𝘂𝗶𝗹𝗹𝗲 𝗾𝘂𝗶 𝘁𝗼𝗺𝗯𝗲 𝗻𝗲 𝗺𝗲𝘂𝗿𝘁 𝗽𝗮𝘀 𝗶𝗻𝘂𝘁𝗶𝗹𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁
Regardons un arbre en automne.
La feuille tombe.
Nous pourrions considérer cette chute comme une perte.
Mais pour l'arbre, c'est aussi une forme d'intelligence.
Il économise ses ressources.
Il se prépare.
Il protège ce qui doit traverser l'hiver.
La feuille ne représente donc pas simplement quelque chose qui disparaît.
Elle représente aussi une énergie qui revient vers l'essentiel.
Peut-être pouvons-nous appliquer cette image à notre propre existence.
Il existe des moments où nous devons faire moins.
Dire non.
Annuler.
Ralentir.
Terminer.
Ranger.
Simplifier.
Renoncer.
Non pas parce que nous avons échoué.
Mais parce que notre énergie doit désormais être consacrée à autre chose.
𝗤𝘂𝗲 𝗽𝗲𝘂𝘁 𝗰𝗵𝗮𝗻𝗴𝗲𝗿 𝗹’𝗮𝘂𝘁𝗼𝗺𝗻𝗲 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗻𝗼𝘁𝗿𝗲 𝗽𝗿𝗮𝘁𝗶𝗾𝘂𝗲 𝗱𝘂 𝗦𝗵𝗶𝗮𝘁𝘀𝘂 ?
Pour le praticien Shiatsu, cette saison peut également modifier subtilement notre manière de travailler.
L'été invite naturellement à une certaine ouverture et à une dynamique plus expansive.
Avec l'automne, nous pouvons progressivement rechercher davantage :
• la profondeur ;
• la stabilité ;
• la respiration ;
• le relâchement ;
• le retour au Hara ;
• la descente du Qi ;
• la qualité du contact ;
• l'écoute plutôt que l'action.
Le toucher peut devenir moins dispersé.
Plus posé.
Plus profond.
Plus silencieux.
Le praticien n'a pas nécessairement besoin de « faire davantage ».
Au contraire.
Il peut parfois accompagner davantage avec moins.
Cela rejoint une idée essentielle dans toute pratique énergétique :
La qualité du contact ne dépend pas uniquement de ce que nous faisons, mais de la qualité de présence avec laquelle nous le faisons.
L'automne peut donc devenir une saison particulièrement intéressante pour travailler notre non-faire.
𝗘𝘁 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗹𝗲 𝗤𝗶 𝗚𝗼𝗻𝗴 ?
Le Qi Gong peut lui aussi accompagner cette transition.
Nous pouvons privilégier des mouvements plus lents, plus centrés et davantage orientés vers la respiration.
Un exercice très simple peut être pratiqué debout.
Les pieds sont posés naturellement sur le sol.
Les genoux sont souples.
Le bassin détendu.
Les épaules relâchées.
Les mains reposent devant le Hara.
À l'inspiration, les bras s'ouvrent doucement.
À l'expiration, ils reviennent progressivement vers le centre.
Rien à forcer.
Rien à chercher.
Simplement accompagner le mouvement naturel de la respiration.
Puis, à la fin de la pratique, poser les mains sur le bas-ventre.
Rester quelques instants.
Et observer.
Peut-être pouvons-nous alors associer chaque expiration à une intention très simple :
Je laisse partir ce qui n'a plus besoin d'être retenu.
𝗟’𝗮𝘂𝘁𝗼𝗺𝗻𝗲 𝗻’𝗲𝘀𝘁 𝗽𝗮𝘀 𝘂𝗻𝗲 𝘀𝗮𝗶𝘀𝗼𝗻 𝗱𝗲 𝗽𝗲𝗿𝘁𝗲
C'est peut-être finalement le message essentiel.
Nous avons souvent tendance à considérer l'automne comme une saison de déclin.
Les feuilles tombent.
La lumière diminue.
La nature semble ralentir.
Mais la tradition chinoise nous propose une autre lecture.
L'automne n'est pas seulement le temps de la disparition.
C'est le temps du retour vers l'essentiel.
La nature se prépare à l'hiver.
Elle concentre ses ressources.
Elle abandonne le superflu.
Elle se tourne progressivement vers l'intérieur.
Et nous pouvons faire de même.
𝗨𝗻𝗲 𝗾𝘂𝗲𝘀𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲𝗿 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗹’𝗮𝘂𝘁𝗼𝗺𝗻𝗲
Alors que commence cette nouvelle saison, plutôt que de nous demander :
« Que vais-je faire de plus ? »
nous pourrions essayer une autre question :
« Qu'est-ce que je peux laisser partir ? »
Une habitude ?
Un engagement ?
Un objet ?
Une tension ?
Une croyance ?
Une peur ?
Une attente ?
Une ancienne version de moi-même ?
Il n'est pas nécessaire d'avoir immédiatement la réponse.
Il suffit parfois de poser la question.
Car comme dans la nature, le changement commence souvent bien avant que nous le voyions.
𝗘𝗻𝘁𝗿𝗲𝗿 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗹’𝗮𝘂𝘁𝗼𝗺𝗻𝗲
L'automne chinois nous invite finalement à un mouvement très simple :
inspirer…
puis expirer.
recevoir…
puis laisser repartir.
s'ouvrir…
puis revenir au centre.
vivre…
puis accepter que certaines choses prennent fin.
Ce n'est pas renoncer à la vie.
C'est apprendre à respecter son mouvement.
La feuille ne tombe pas parce que l'arbre a échoué.
Elle tombe parce que son temps est venu.
Et peut-être que certaines choses dans notre propre vie demandent simplement la même écoute.
L'automne nous enseigne alors une forme particulière de sagesse :
savoir ce que nous devons conserver,
savoir ce que nous devons laisser partir,
et trouver suffisamment de silence pour entendre la différence.
𝗣𝗿𝗮𝘁𝗶𝗾𝘂𝗲 𝗱𝗲 𝘀𝗮𝗶𝘀𝗼𝗻
Cette semaine, prenez cinq minutes.
Asseyez-vous ou restez debout.
Posez une main sur la poitrine et l'autre sur le bas-ventre.
Respirez naturellement.
À chaque inspiration, accueillez.
À chaque expiration, relâchez.
Puis posez-vous intérieurement cette seule question :
« Qu'est-ce qui, aujourd'hui, n'a plus besoin d'être porté ? »
Ne cherchez pas nécessairement une réponse.
Laissez simplement la question respirer avec vous.
C'est peut-être cela, entrer véritablement dans l'automne.