12/01/2026
Texte magnifique d'Arnaud Riou sur la mort.
Mon frère Louis Sylvain Riou a quitté son corps. Son cœur s’est arrêté de battre, au milieu de la nuit, dans sa soixantième année.
Il ne s’est pas réveillé.
Ce ‘’diagnostic’’ tellement violent sonne comme un mauvais prétexte et je peine à le croire. État de choc, sidération, l’impression d’être dans un mauvais rêve.
On prétexte qu’on ne s’est pas réveillé quand on veut sécher l’école, ou justifier d’un re**rd à un rendez-vous. Mais ne pas se réveiller alors qu’on s’apprête à célébrer une victoire, celle du combat d’une année, à rompre d’une dépendance aux substances qui noircissait sa vie. C’est tellement étonnant ! Et pourtant ! Il s’en était sorti et pouvait enfin se dire et nous dire ‘’Je suis fier de moi’’ Et nous étions fiers de lui, nous ses proches, sa famille, ses amis.
La vérité, sèche et brutale. Il est vraiment parti. Il n’est plus dans cette dimension. Je n’entendrai plus son rire ni ses accords de guitare. Le passé, les mémoires d’enfance se bousculent dans mon cœur et me font perdre pieds…
Cinq jours de sidération pendant lesquels je choisis de maintenir mes engagements professionnels. Pendant cinq jours, j’anime un stage de chamanisme, j’y mets tout mon cœur. Puis j’enregistre vingt-cinq épisodes de mes chroniques. Maintenir sa vitesse pour ne pas perdre l’équilibre. Rester debout coûte que coûte pour ne pas m’effondrer. Honorer le souffle. Plus fort que la mort, la vie continue. Le soir, je médite, je prie. Je sens sa présence. La nuit, je voyage. Je sens que la vie est partout où est la conscience, même quand le cœur a cessé de battre. C’est une initiation. C’est une certitude.
Je ne crois pas dans la mort de l’âme. Je n’y ai jamais cru. Nous quittons notre corps quand celui-ci est usé et nous continuons le chemin sur d’autres plans. C’est une conviction tellement ancrée. Trente ans de pratiques de méditation, de rituels bouddhistes, chamaniques, d’accompagnement des défunts n’enlèvent rien au chagrin d’un frère et d’un homme mais donnent un autre sens au grand départ et aiguise la force du maître qui sommeille en chacun de nous.
Au milieu de la tempête le phare de la conscience me rappelle que ce qu’on appelle la mort n’est qu’un passage. C’est une initiation à laquelle on peut se préparer.
‘’Comment donner du sens à sa vie’’ ‘’Comment réussir sa vie ?’’ me demande t’on régulièrement ? Ma réponse est immuable : En vivant chaque jour comme s’il pouvait être le dernier. Vivre chaque sourire, chaque lever du soleil comme une bénédiction. Vivre chaque seconde dans la gratitude et dans la plénitude du moment présent. Faire de son mieux pour prendre soin du monde. Être en lien avec notre cœur, notre générosité, notre authenticité. S’émerveiller. En se rappelant l’inéluctable loi de l’impermanence. C’est ce qui nous rend plus vivant et plus conscient que la vie est un passage tellement éphémère…
Ce soir, j’ai le cœur dévasté. Je me sens effondré, tellement vulnérable et pourtant, je ne me suis jamais senti si fort, si inspiré, vrai et si vivant.
Nous perdons tant de temps à des futilités, à des mensonges, à regarder, critiquer ou envier la vie des autres plutôt que de vivre pleinement la nôtre qui est lumière et amour et à nous consacrer à l’essentiel.
Cette semaine, j’ai perdu mon frère. Ma personnalité est dévastée, mais mon âme est sereine et mon cœur est ouvert comme jamais.
Je partage ce texte et mes pensées d’amour, à tous mes amis, mes lecteurs qui ont eux aussi perdu un proche, un parent, un ami, un enfant, ou un frère. Que nos prières s’unissent dans l’amour.
Ce soir, j’en ai la certitude. Tout ce qui n’est pas de l’éternité retrouvée est du temps perdu.