25/03/2020
Eve Berger nous propose :..Sous le coup d’une interdiction de sortie jusqu’à nouvel ordre, comment maintenir la liberté de cette danse du dedans/dehors, loi naturelle de notre corps et dont nous avons besoin ? Comment vaincre les impatiences, le sentiment d’enfermement ou d’oppression, la surchauffe mentale et émotionnelle ?....
Bonne journée à tous !
J9 – Rester chez soi : quand l’extérieur nous manque…
En haut à droite de nos écrans télé, dans toutes les bouches qui comptent, cet impératif : Restez chez vous ! Ce fut d’abord un conseil, puis une recommandation, c’est maintenant un ordre des politiques et une imploration des soignants. Un slogan que nous devons faire nôtre.
Problème : pour le corps, c’est très difficile à comprendre. Parce que dans sa dynamique physiologique, il est conçu (et nous avec) pour alterner à intervalles réguliers des mouvements vers l’intérieur et d’autres vers l’extérieur, dans l’environnement naturel et humain dont il fait partie et qu’il perçoit par chacune de ses fibres.
Au-dedans il sécrète et abrite les variations et renouvellements du milieu cellulaire, nos sensations et émotions les plus profondes, nos changements d’humeur et d’états, nos élans, nos envies de changement, les impacts de nos contextes…
Au-dehors, il déroule nos gestes quotidiens, sportifs, professionnels, artistiques, il met en œuvre nos actions de toute sorte, maniements d’objets, déplacements dans l’espace. Il exprime nos liens aux autres et au monde, il se relie aux autres corps pour produire les actions collectives et les mouvements de foule.
Tourné vers le dehors et vers le dedans à la fois, le corps est un double univers qui fait sans cesse le lien entre ces deux mondes ; à travers lui ils se regardent, interagissent et s’influencent, se transforment mutuellement. Le monde extérieur est le reflet de mon monde intérieur, et vice versa. D’ailleurs, combien d’entre nous se reconnectent à leur intériorité justement grâce au lien avec la nature et ses grands espaces ? C’est bien cela qui est difficile en ce moment… Quand le monde extérieur se réduit, nous pouvons avoir l’impression que notre monde intérieur se rétrécit aussi, s’étouffe.
Sous le coup d’une interdiction de sortie jusqu’à nouvel ordre, comment maintenir la liberté de cette danse du dedans/dehors, loi naturelle de notre corps et dont nous avons besoin ? Comment vaincre les impatiences, le sentiment d’enfermement ou d’oppression, la surchauffe mentale et émotionnelle ? Les conditions de vie de chacun jouent ici un grand rôle : non, nous ne sommes pas tous égaux face au Covid, ni physiquement, ni matériellement, ni culturellement.
Une chose est toujours possible : se relier régulièrement à la dynamique interne de notre corps qui, elle, se joue des murs qui nous confinent. Notre présence corporelle connaît le secret du quai 9 ¾ : elle sait voyager au-delà des frontières de nos maisons, aux confins (tiens donc !) des grands espaces. Ça ne remplace pas une balade en forêt, mais ça rassure notre intériorité corporelle et tout ce qui de nous y vit. C’est une manière de nous donner de l’air autrement, et d’entretenir nos capacités de déploiement. Nous allons en avoir besoin…
Installez-vous confortablement sur une chaise, fermez les yeux, déposez-vous en vous-même. Choisissez le mouvement de flexion/extension de la tête (le mouvement du ‘oui’), mais au lieu de pencher la tête en avant puis de la redresser comme vous le faites d’habitude (d’habitude vous ne vous rendez d’ailleurs même pas compte de ce que vous faites quand vous dites oui, car le geste est totalement automatique), suivez cette proposition : laissez votre visage et votre gorge monter verticalement vers le plafond et, en même temps, laissez descendre l’arrière de votre tête (depuis la nuque jusqu’au sommet) verticalement vers le sol, comme deux ascenseurs glissant en sens inverse et se croisant au milieu du trajet. Puis inversez les orientations pour effectuer le mouvement retour d’intériorisation.
Ajoutez trois ingrédients : d’une part l’intention de parcourir le minimum de déplacement en un maximum de temps (exactement l’inverse de la course de vitesse) ; d’autre part, l’intention non de ‘faire’ ces mouvements, mais de les laisser se faire, comme s’ils se déroulaient de leur propre initiative, et que votre tête se contentait de se laisser porter par cette volonté propre de votre corps ; enfin, dans la phase où votre visage s’ouvre et de déploie, laissez votre présence se déployer aussi loin qu’elle le souhaite, aussi loin que vous en avez besoin pour avoir la sensation de vous déplier, de vous déployer au-dehors.
Réalisez 3 allers-retours de ce mouvement ; la répétition accentue le changement de perception, amplifie vos sensations, chaque phase d’intériorisation vous emmènera plus loin dans le déploiement suivant.
Quand vous avez compris le principe vous pouvez progresser en engageant davantage de votre corps dans ce mouvement : tout votre tronc par exemple, voire l’ensemble de votre corps si vous pratiquez en position debout*.
* Exercice issu de la pratique de la Gymnastique Sensorielle.