15/02/2024
True Story
Je reçois une maman qui vient me rencontrer pour me parler des difficultés qu'elle rencontre avec son fils. Sa sensibilité est palpable, le regard teinté de larmes.
Elle me confie que son enfant possède de bonnes compétences académiques mais rencontre néanmoins quelques difficultés sociales à l’école.
En rentrant à la maison, il est très agité, pleure, se sent incompris, et donne ses explications par rapport aux litiges à l’école, paraissant souvent victime des situations qu’il subit.
Évidemment, la mère n’est pas sur place, elle ne possède que les éléments que son enfant lui fournit.
La maîtresse actuelle a constaté qu’il existait des tensions mais n’arrive pas à déterminer ce qu'il se passe vraiment.
Lorsqu’elle intervient, il existe toujours plusieurs versions. On hausse la voix, on le punit. La famille ressent qu’il développe un mal-être.
🏫 L’aventure à Little School 2b
Cet enfant vient à l’école avec son bagage d'expériences. L’équipe pédagogique se tient prête à l’accueillir, elle est briefée sur le contexte.
Pendant plusieurs semaines, nous avons une vigilance accrue avec notre nouveau Little Schoolien.
Les récréations sont intenses, les disputes se succèdent.
Nous nous rendons compte que l’enfant refuse de reconnaître ses torts, justifie son comportement, est dans le déni.
Nous accueillons ses émotions.
Bien que nous constations les mensonges, nous percevons une grande sensibilité, les larmes montent lorsque nous nous adressons à lui.
À cet instant précis, l’enfant est en pic émotionnel, il n’est pas en mesure de raisonner, de pouvoir nous entendre. Nous l’invitons donc à boire un verre d’eau, s’asseoir pour prendre un livre, et dans quelques minutes, il pourra revenir vers nous, lorsqu’il sera prêt.
L’élève revient vers nous après quelques minutes. Nous décidons de lui parler.
Malheureusement, il se braque dès que nous le confrontons à des faits : “Nous t’avons vu”, “Nous t’avons entendu”, “Plusieurs de tes camarades nous ont raconté la même version”.
Nous lui expliquons que nous ne le jugeons pas, nous avons confiance en lui, nous savons que c’est difficile mais qu’il est capable de dépasser ça.
Sa personne ne se résume pas non plus à ses problèmes, nous soulevons tous ses points forts et nous regrettons qu’il ne puisse pas profiter du bonheur d’être auprès de ses camarades.
Mais cela peut changer à condition qu’il fasse des efforts dans la maîtrise de soi. Nous lui donnons des outils lorsqu’il est agacé ou qu’on lui demande d’arrêter un comportement gênant.
L’enfant refuse de communiquer, lorsque nous lui posons des questions il est dans le mutisme.
Nous lui laissons le temps d’infuser ses informations. Plusieurs jours durant, nous sommes confrontés au même problème, nous tenons le même discours.
Néanmoins, à chaque fois, nous le gardons de plus en plus longtemps avec nous.
Puis nous le prévenons que dorénavant nous allons le sanctionner. Il devra lire, écrire, se mettre au calme.
L’enfant est sanctionné à quelques reprises. Il entend qu’il ne peut imposer ce comportement aux autres.
Nous avons tous des limites.
On peut faire des erreurs mais les répéter constamment est un choix.
Finalement, il comprend notre inflexibilité, il est conscient qu’il perd systématiquement du temps de récréation à chaque fois que nous le prenons en charge.
Puis enfin, il commence à reconnaître ses torts, à s’exprimer. Nous l’avons alors immédiatement félicité.
Il faut du courage pour admettre ses erreurs, nous le remercions pour sa confiance, son honnêteté et on lui permet de repartir immédiatement auprès de ses camarades.
Les situations se reproduisent, mais l’enfant communique de plus en plus, il commence à dire la vérité. Il entend tous les jours qu’il fait des progrès, qu’il est honnête, quelqu’un de confiance.
Puis, les tensions s’espacent jusqu’à devenir ponctuelles comme avec n’importe quel enfant.
Évidemment, nous avons entretemps communiqué avec la maman. Elle nous a fait confiance et avait le même discours que nous à la maison.
Ce qui l’a frappée en premier lieu dès la première semaine d’intégration, c’est de récupérer son fils après l’école, apaisé, le changement de comportement était significatif alors que le problème n'était pas réglé.
Il s’est simplement senti apprécié, entendu, légitime dans ses émotions. Il n’a pas été jugé par l’équipe pédagogique, qui s’est montrée indulgente, compréhensive, néanmoins de plus en plus ferme au fil du temps.
Aujourd’hui, il est épanoui, la famille reconnaît le petit garçon de toujours, vif et souriant.
Oui, il a fallu du temps, beaucoup de patience à l’équipe pédagogique pour que cet enfant se comprenne et comprenne les enjeux et les codes sociaux.
Son expérience lui avait appris qu'il se retrouvait puni régulièrement et que par le mensonge il pouvait échapper aux sanctions une fois sur deux.
Peut-on lui en vouloir d’adopter ce genre de comportement pour s’épargner ce moment pénible? Les regards sur lui ont souvent été durs, les mots accusateurs. Lui laisse-t-on la chance d'être autrement?
On ne lui donne pas d’outils, ni les valeurs qu’il peut incarner pour se sentir bien dans sa peau.
Little School 2b n’est pas une école magique, elle accompagne les enfants de façon holistique. L’enfant n’est pas une tête à remplir mais avant tout un être humain qui cherche sa place, à s'épanouir dans un monde complexe. 🎓