06/05/2023
Le souffle
Sur la respiration, depuis 30 ans (j’approche des 60 ans aujourd’hui), j’ai lu et entendu tellement de choses… Entre Giuseppe Giacomini qui me disait de pousser le ventre, et Giorgio Zancanaro qui me disait de rentrer le ventre.....Qu'est ce que j'ai pu souffrir des contradictions, et même pleurer !! La respiration souvent enseignée dans les écoles de chant est la respiration costo-diaphragmatique. Cette technique fait intervenir beaucoup l’élargissement des côtes. Je me suis aperçu, avec l’expérience, et ceci sur des dizaines d'élèves, que le fait de vouloir lui faire ouvrir volontairement les côtes avant l’attaque du son, créait de nombreux blocages, car l’élève n’est plus à l’écoute de ses sensations, il recherche quelque chose « de théorique », il contrarie le corps, car il n’est pas dans le ressenti, dans le naturel, dans le primaire, mais dans le « vouloir ». Il finit par tellement être obsédé par l’ouverture des cotes, qu’il empêche le fonctionnement normal de la respiration. Pour ma part, dans l’éducation de l’appoggio, c'est-à-dire, l’accompagnement permanent du son par le support du souffle, je considère trois étapes.
- La première, la découverte et l’expérimentation.
- La deuxième, l’expérimentation et le développement
- La troisième, le développement et le perfectionnement
Avant de développer, il faut découvrir, ressentir une première fois. On ne peut reproduire ou décrire une couleur, sans l’avoir vu au moins une fois !! Sans cette étape, on joue à colin Maillard, on risque de partir dans une mauvaise direction et de perdre des années. Cette première étape peut-être longue, tout dépends de l’histoire de l’éleve.
Est-ce que l’on fait quelque chose de spécial pour parler ? Pour crier ? NON !!! Réfléchit-on à sa respiration quand on se dispute avec sa femme et que les assiettes volent dans la cuisine ?? Non. Le bébé qui pleure durant des heures sur des contre ut, réfléchit il à ouvrir ses cotes avant de brailler ? Non. Les muscles fonctionnent pareil quand on parle, ou quand on chante. La seule différence, est l’énergie et la force nécessaire de la globalité musculaire abdominale. Dans le chant à forte intensité, les muscles transverses, obliques et grands droits (je résume !!), compriment l’air dans les poumons, sous les cordes vocales qui sont un sphincter. Les cordes vocales ondulent sous la pression de l’air qui passe à travers, c’est ce que l’on appelle le phénomène de Bernoulli. Plus on monte dans l’aigu, plus l’ondulation est rapide, plus la contraction musculaire abdominale qui se fait grandie. C’est un fait scientifique incontestable. Un des moyens que j’utilise (La toux), pour faire "constater" à l’élève ce qui se passe, est un outil que j’aime. A l’attaque, l’impulsion (beaucoup plus douce dans la phonation que dans la toux, bien sûr) est souvent ressentie en bas, des fois dans les reins, avec la "constatation" que les cotes s’ouvrent, ou plutôt, se maintiennent ouvertes. Si vous gonflez un ballon de baudruche, les muscles abdominaux se contractent. Il faut être à l’écoute et observer, car chaque élève est différent, non au niveau du résultat, mais au niveau du ressenti. Mais si on pense, avant l’attaque du son, à ouvrir les côtes exagérément, on risque de perturber l’intention primaire du corps. La volonté prend place sur le réactif, le geste primale, et c’est la porte ouverte à des tensions parasites. Pire, on associe parfois ce geste avec la volonté de rentrer le ventre exagérément, et la, c’est l’échec assuré. L’abdomen fini par rentrer, car les poumons se vident. La encore, réaction. L’inspiration doit se faire en lâchant le bas ventre, dans une détente du périnée, comme une pierre qui tombe au fond d’un puits. Ce lâcher engendre une rentrée de l’air automatique, la nature ayant horreur du vide. On lâche, le souffle s’engouffre de lui-même dans une grande détente, la bouche ouverte. L’air caresse le fond de la gorge. Dans une détente absolue du fond. Ce travail préliminaire lorsqu’il est compris, de manière très naturelle, annule toutes les tensions du haut du corps et est un remède d’une redoutable efficacité contre les nombreux cas de respiration inversée que j’ai pu rencontrer.
L’expiration, l’enclenchement de l’appoggio se fait de manière inverse, l’air ressort, comprimé. C’est cette réaction, lorsque, par exemple, on tousse, ou que l’on fait : HHATTCCCCCHHHAAAAA……. En gardant le CHHH, en sentant que l’on s’assoit sur le souffle, il s’appuie sur les reins, mais attention, sans effondrer la poitrine. Si rien ne s’affaisse, alors les cotes restent ouvertes. On doit garder tout le temps, une attitude fière, une verticalité « courtoise », qui s’oppose à ce qui se dit dans beaucoup d’écoles, ou l’on tire sur les cheveux vers le haut, ce qui engendre aussi des tensions. D’une manière générale, les exagérations créent les tensions.
Par la suite, cet appoggio qui peu parfois au début sembler violent, se nuance, s’apprivoise et se domine. Bref, au fur et à mesure que le chanteur devient artiste, il affine son geste, le développe, apprend à jouer avec son corps, à ouvrir parfois davantage le haut du corps et les cotes flottantes pour la vocalisation virtuose, à utiliser davantage le dos..... Mais ceci se fera alors que l’appoggio de base sera là, sera ressenti, assimilé, et cela ne sera qu’une continuité et une extension du geste primaire dans notre corps. Les mémoires musculaires auront assimilé doucement avec le temps. On travaillera alors les attaques douces, par exemple avec la surprise, pour des attaques d’un rendement optimal, mais, et ceci est capital, l’élève aura conscientisé depuis le début de ses études, le geste, il aura compris très vite à situer ou cela se passe. Il n’aura pas perdu de temps à bruler les étapes, et à créer des blocages.
Il n’y a donc aucune contradiction dans les méthodes, simplement une question de timing afin de laisser l’inconscient devenir conscient et s’installer en toute sécurité sans perte de temps ni désillusions.
Je ne développerai pas ici le problème de la langue, qui, si elle est mal positionnée, empêche le soutient normal du son et l’arrivée du son dans la voute retentissante. La langue est la clé du passage de la voix en tête, et de sa position juste, dépend l'appui correct du souffle.
Je n’aborde pas non plus, ceci faisant l’objet d’un autre texte, l’impédance ramenée. Ceci correspond à la nécessité absolue d’installer une contre pression à la pression sous glottique. C’est, simplement, ce que les anciens appelaient la couverture du son.
Je n’aborde pas non plus la résonnance, qui quand elle est optimale, soulage l’appoggio, le rendement de l’instrument devenant optimale. Car au lieu de donner 10 pour obtenir 10 ou parfois moins, on donne 6 ou 7 pour obtenir 20 !
Tout cela rejoint ce que disaient les grands maitres d’autrefois : « Chante bien, et tu respireras bien". Sans aller à ce que Fernando De Lucia disait à Georges Thill : « Respire comme tu pourras, et Basta !! », le chant développe le chant. La nécessité crée l’outil. L’appoggio est une réaction, et non une savante théorie qui ne fait que plus personne ne comprend quoi que ce soit. Si nous avons un ballon de baudruche devant nous, posé sur la table, si nous appuyons dessus par le haut, les cotés sortent. Si nous appuyons dessus par les cotés, le dessus et le dessous sortent. Ce qui implique, que lorsque les muscles abdominaux compressent, par le besoin vitale, l’air dans les poumons sous les plis vocaux, ou cordes vocales, quelque soit notre sensation, une pression se fait et un son peut être produit. Ceci explique la contradiction des explications qui m'avaient été faites par Giacomini et Zancanaro, qui, en fait, n'en étaient pas. Leur science et leur persévérance dans le travail, avait fait qu'ils avaient poussés au suprême leur science du contrôle de la pression sous glottique, ce qui avait fait d'eux, les stars internationales que nous connaissons.
L’enseignement du chant est un terrible jonglage entre tous ces paramètres, qui doivent rester propriété du professeur pour ne pas affoler l’élève, le royaume de l’élève devant être la simplicité !!
Pascal Aubert