07/06/2026
Plaidoyer pour Lyhanna et pour tous les enfants que nous n'avons pas su protéger
Il existe des silences qui blessent.
Des silences administratifs.
Des silences institutionnels.
Des silences collectifs.
Et puis il existe des absences qui ne devraient jamais exister.
L'absence d'un enfant.
Aujourd'hui, le nom de Lyhanna résonne dans le cœur de milliers de personnes. Une enfant. Un sourire. Une vie en devenir. Des rêves, des éclats de rire, des moments de tendresse, des projets qui n'auront jamais le temps de grandir.
Face à un tel drame, les mots semblent dérisoires.
Aucune phrase ne pourra soulager la souffrance de sa famille.
Aucune déclaration ne pourra effacer le vide laissé par son absence.
Aucune décision ne pourra rendre ce qui a été perdu.
Mais nous avons le devoir de parler.
Nous avons le devoir de refuser que l'émotion d'aujourd'hui devienne l'oubli de demain.
Car derrière chaque enfant victime, il y a souvent des alertes.
Des inquiétudes.
Des signalements.
Des paroles prononcées à voix basse.
Des victimes qui ont parlé.
Des professionnels qui ont alerté.
Des proches qui se sont interrogés.
Et trop souvent, ces signaux se perdent dans les méandres de procédures complexes, de moyens insuffisants ou d'une réponse qui arrive trop t**d.
Une société se juge à la manière dont elle protège les plus vulnérables.
Et parmi tous les êtres vulnérables, les enfants occupent une place particulière.
Ils n'ont ni la force des adultes, ni leur expérience, ni leur capacité à se défendre seuls.
Ils nous sont confiés.
Ă€ nous, parents.
À nous, éducateurs.
Ă€ nous, enseignants.
Ă€ nous, magistrats.
Ă€ nous, policiers.
Ă€ nous, travailleurs sociaux.
Ă€ nous, citoyens.
La protection de l'enfance n'est pas la responsabilité d'un seul acteur.
C'est un pacte collectif.
Lorsque ce pacte échoue, ce n'est pas seulement une famille qui est brisée.
C'est toute la société qui est blessée.
Alors oui, la justice doit évoluer.
Non pas sous le coup de la vengeance.
Non pas sous l'emprise de la colère.
Mais avec lucidité.
Avec courage.
Avec exigence.
Les signalements doivent ĂŞtre entendus.
Les victimes doivent être crues et accompagnées.
Les enquêtes doivent disposer des moyens nécessaires.
Les informations préoccupantes doivent être traitées avec toute la rigueur qu'elles exigent.
Les professionnels doivent pouvoir travailler avec des ressources adaptées à l'ampleur de leur mission.
Nous devons avoir l'humilité de reconnaître que chaque drame doit nous interroger.
Non pour désigner des coupables à la hâte.
Mais pour identifier les failles.
Comprendre ce qui n'a pas fonctionné.
Corriger ce qui doit l'ĂŞtre.
Parce qu'aucune société digne de ce nom ne devrait attendre qu'un enfant perde la vie pour agir.
Aujourd'hui, je pense Ă Lyhanna.
Mais je pense aussi à tous les enfants disparus, agressés, maltraités, ignorés.
Ă€ tous ceux dont les noms ont fait la une quelques jours avant de sombrer dans l'oubli.
Ă€ tous ceux qui n'ont jamais fait la une.
Ă€ toutes les familles qui vivent avec une chaise vide autour de la table.
À tous les frères et sœurs qui grandissent avec une absence dans le cœur.
À tous les parents qui continueront de chercher des réponses jusqu'à leur dernier souffle.
Nous leur devons davantage que notre émotion.
Nous leur devons des actes.
Nous leur devons une vigilance de chaque instant.
Nous leur devons une justice forte, humaine et protectrice.
Nous leur devons une société capable d'entendre les alertes avant qu'elles ne deviennent des tragédies.
Et nous devons Ă nos enfants une promesse simple :
celle de ne jamais détourner le regard.
Repose en paix, Lyhanna.
Que ton nom nous rappelle, aujourd'hui et demain, que la protection des enfants ne doit jamais être une priorité parmi d'autres.
Elle doit être notre priorité absolue.
Parce qu'un enfant n'est pas seulement une vie.
Il est tout ce que l'avenir peut encore devenir.
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