29/09/2026
Le judo d’origine : Voie et souplesse
Par Yvon Renelleau 6e dan
Après de nombreuses années de pratique et de recherches sur le judo, j’ai éprouvé le besoin de faire connaître ce qui m’a été donné d’apprendre pour le partager avec le plus grand nombre. Mes motivations sont de deux ordres, expliquer l’efficacité selon les préceptes de Jigoro Kano et comment pratiquer le judo pour qu’il soit profitable à tous les pratiquants sur le plan de leur santé.
Pour ce faire, je me suis appuyé sur une étude sur le JUNO-KATA, faite par Jigoro Kano et Hideichi Nagaoka dans les années 1930.
L’enseignement du judo est-il immuable ? Est-il possible de lui adjoindre des éléments traditionnels supplémentaires qui pourraient le rendre plus efficace.
Tout d’abord, j’insiste sur le rôle très important joué par notre centre de gravité que les japonais situent dans le ventre et qu’ils appellent « tanden « ». D’après les maîtres Japonais le tanden est à la base de tous nos déplacements et de toutes nos actions. Mais ce tanden est pour eux plus que cela, il est le réceptacle d’une énergie qu’ils nomment le KI.
Les Samouraïs pour mettre fin à leur jour utilisaient une façon de se donner la mort qui peut expliquer le rôle important qu’ils accordaient à leur tanden. Ce su***de a pour nom seppuku (hara-kiri). Il désigne un rituel et une procédure traditionnelle pour se donner la mort qui consiste à se trancher le ventre transversalement avec un sabre court (wakizashi) ou un poignard (tantö) avant d’être décapité par un samouraï.
A mon avis s’ils détruisaient en priorité leur tanden avant d’être décapité, c’est qu’ils donnaient beaucoup d’importance à leur centre vital qui est pour eux le réceptacle de leur KI. Ils voulaient certainement le détruire en pleine conscience avant de perdre la vie.
Si le tanden et le Ki ne sont pas étudié, les judokas ne peuvent pas bénéficier de tous les avantages que ces deux éléments apportent dans la pratique des arts martiaux.
C’est pourquoi, afin d’identifier notre tanden, j’incorpore dans l’enseignement du judo une façon de respirer différente qui consiste à inverser les mouvements respiratoires habituels. Avec l’entraînement cette respiration, pratiquée par les taoïstes, nous fera prendre conscience de notre tanden et du KI. Elle renforce l’union du bas et du haut du corps. Notre ceinture pelvienne ainsi que nos lombaires se trouvent sanglés avec le haut du corps. Petit à petit avec l’entraînement notre attitude change et nos déplacements se trouvent liés au rythme de notre respiration. Cette respiration en s’harmonisant avec les circonstances du combat permet de réagir immédiatement aux moindres actions adverses. Si on y ajoute le déséquilibre vertical et le déplacement en tsugi-ashi nous avons les grandes lignes de cet enseignement qu’il est facile d’adapter petit à petit à l’enseignement actuel. En étudiant les principes que Jigoro Kano nous a laissés avec son étude du juno-kata, on s’aperçoit vite des bienfaits qu’ils procurent personnellement mais aussi dans le cadre de l’enseignement du judo.
J’ai écrit un livre ou j’explique le déroulement de sept mouvements tirés de l’étude du fondateur sur le juno-kata et à la compréhension des principes d’efficacités. Que sept mouvements, diront certains, mais dans les faits c’est un travail colossal. J’ai dépassé les 91 ans, j’ai passé énormément de temps à essayer de comprendre pourquoi le judo dit traditionnel n’a pas supplanté le judo dit sportif. Aujourd’hui j’ai des réponses. Par exemple, dès le départ nous nous sommes fourvoyés. En effet dès que nous enseignons une technique debout nous sommes en contradiction avec les explications faites par les maîtres japonais qui disaient avec beaucoup de convictions :
« Uke est celui qui attaque Tori, c’est pourquoi il est battu ».
Si bien que celui, qui explique et démontre une technique en tirant ou en poussant son partenaire, soi-disant pour le déséquilibrer, attaque sa stabilité. Et cela bien avant d’être placé pour le projeter. Il devient donc automatiquement Uke, et doit être battu.
En effet si le partenaire n’est pas complaisant et connait les règles du juno-kata décrites dans l’étude faite par Jigoro KANO, le démonstrateur est effectivement en réel danger. J’en ai fait l’expérience avec Jean-Bernard GARDEBIEN 6e dan il y a déjà de nombreuses années. Nous avons travaillé longtemps ensemble sans relâche, si bien qu’il a acquis le tanden et le KI. Si bien qu’un jour, alors que je démontrais une technique en agissant sur sa stabilité avant d’être placé pour le projeter. Il m’a projeté consécutivement par deux fois, au début de la démonstration technique, sans que je comprenne ce qui m’arrivait. J’ai réagi en lui disant qu’à partir de maintenant nous allions continuer ensemble mais d’égal à égal.
Pendant l’explication d’une technique, si le partenaire Uke reprend son rôle de combattant et plutôt que d’être passif, alors qu’il est programmé pour réaliser une belle chute, il peut agir en projetant immédiatement le démonstrateur qui le tire ou le pousse statiquement ou en déplacement.
En effet par son action sur Uke Tori inverse les rôles en attaquant le premier et passe de Tori à celui de Uke il devient dans l’instant très vulnérable.
Concernant ce travail, j’ai fait éditer, à titre personnel, un livre que vous pouvez vous procurer en m’en faisant la demande sur mon mail : [email protected]
Je vous répondrai et traiterai personnellement son envoi jusqu’à chez vous.
Pour terminer cet article je vous propose un extrait du livre d’Yves Cadot qui a pour titre :
« KANÖ Jigoro DU JÛDÔ et sa valeur éducative comme pédagogique ».
Voici ce que KANO Jigoro dit à la page 172 :
« … c’est qu’il arrive souvent que l’homme, accordant a priori trop de confiance à sa propre pensée, ne se contente pas de ne pas adopter une idée nouvellement apparue, mais n’essaie même pas d’en distinguer les avantages et les inconvénients. Il s’agit là d’un travers dans lequel il est facile de tomber à propos de la théorie des techniques de projection ou du contrôle du jùdô. »
Yvon RENELLEAU C.N. 6e dan,
Auteur de nombreux articles sur Facebook et du livre :
LE JUDO VOIE ET SOUPLESSE