18/07/2026
Pour moi, le structuralisme linguistique, en érigeant « l’arbitraire du signe » en dogme absolu, commet une erreur fondamentale : il coupe la langue de son ancrage vital et social. Ferdinand de Saussure conçoit la langue comme une structure rigide, une mécanique froide, opposée à la parole qui est pourtant l'être vivant de la communication.
Dans cette vision, l'ancrage du signe dans sa dichotomie signifié (le concept) / signifiant (l'image acoustique ou graphique) est comparable à une étiquette collée artificiellement sur un produit dans un étalage. Rien ne lierait intrinsèquement le signifié à son signifiant, car tout serait le pur produit d’une convention sociale. Une voiture est appelée "voiture" uniquement parce que la convention en a décidé ainsi ; rien dans la graphie ni dans la phonie du mot ne suggère une relation avec l’objet réel.
Cette vision détrône la sémiotique interprétative et l’énonciation pour s’accrocher à la structure pure. C’est une approche émanant d’une logique positiviste rigide qui cherche à mathématiser le langage. Cependant, elle omet franchement la dimension sociale et historique de la langue, qui n’est pas qu’une structure close, mais une interaction humaine continue.
L'alphabet phénicien est l'exemple le plus concret de cette faille structuraliste.
Il émane directement des structures réelles de l’environnement du locuteur de l'époque. La calligraphie de la première lettre, l'Aleph (𐤀), n'est pas un choix abstrait : elle dessine explicitement la tête d'un bœuf (symbole de force et de travail). De même, le Bet (𐤁) représente graphiquement le plan d'une maison (l'habitat). La calligraphie faisait du bœuf, de l'œil, et des différents aspects de l'environnement une relation linguistique patente. L'origine du signe n'est donc pas arbitraire, elle est profondément motivée par le réel et le vécu social.
Dr KHADIR Nabil