28/04/2025
LE MINISTÈRE DU TOURISME : LABORATOIRE OFFICIEL DE L’IMMOBILISME CAMEROUNAIS
Il existe au Cameroun une institution dont la mission officielle est de vendre au monde entier des plages dorées, des chutes majestueuses, des paysages fabuleux et une culture d'une richesse inouïe. Mais dans la pratique, le Ministère du Tourisme semble avoir choisi une autre vocation : contempler l'échec avec sérénité.
Étrangement bien doté en budget pour un si maigre rendement, ce ministère est devenu un expert en tourisme immobile. Pendant que les plages de Kribi se noient sous les ordures, que les routes menant aux merveilles naturelles comme les plages de yoyo près de Dizangue, deviennent des parcours du combattant, et que les festivals culturels se meurent dans l'anonymat, on préfère organiser, dans l'air conditionné des grands hôtels, des "assises de réflexion stratégique" où la seule chose qui voyage, ce sont les plateaux-repas.
Aux commandes de ce paquebot échoué, on trouve Bello Bouba Maigari, 78 ans ancien Premier ministre recyclé en ministre de la stagnation, et président de l'UNDP, ce parti longtemps présenté comme d'opposition mais aujourd'hui réduit au rang de succursale loyale du RDPC. Sous sa direction, le Ministère du Tourisme incarne parfaitement la politique du faux mouvement, où chaque réunion, chaque séminaire donne l'illusion de l'action, pendant que la réalité reste désespérément vide.
Depuis des années, la stratégie semble d’une efficacité diabolique : ne surtout rien promouvoir, mais toujours bien se promouvoir soi-même. Les bilans sont vides, les ambitions sont floues, mais les banderoles sont impeccables et les discours solennels débités avec la foi d'un pèlerin politique en mission d'auto-survie.
Le Cameroun, pourtant béni par la nature, continue d’être invisible sur la carte du tourisme mondial. Mais qu’importe : ici, l’essentiel est que le ministère existe. Un ministère de façade pour un tourisme de mirage, fidèle reflet d’un système où l’apparence vaut plus que la performance.
Pendant ce temps, ailleurs en Afrique, des pays sans plages ni montagnes battent des records d’affluence touristique. Ici, on préfère garder nos merveilles secrètes, comme si le pays avait honte de ses propres richesses.
À quoi bon faire rêver le monde, quand on peut continuer à endormir la nation?
Par Charles Chacot CHIME, journaliste